Frédéric Ploquin : L'OAS "c'était le combat de leur vie"

Frédéric Ploquin, journaliste d’investigation indépendant et co-auteur de Commando Delta, confessions d’un soldat de l’OAS et de Fils de Barbouze, les archives secrètes de la lutte contre l’OAS, tous deux à la maison d’éditions du nouveau monde, était l’invité d’André Bercoff le 29 octobre 2021 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-14h, "Bercoff dans tous ses états".

Frédéric Ploquin
Frédéric Ploquin invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Edmond Fraysse qui a signé avec Frédéric Ploquin Commando delta, confessions d’un soldat de l’OAS, était lui-même un soldat de l’OAS. "Il a 82 ans et il a écrit lui-même et rédigé ses propres mémoires", explique Frédéric Ploquin. "Alors que de l’autre côté effectivement c’est le fils d’un barbouze de la République", explique-t-il. Christian Hongrois a cosigné avec lui Fils de barbouze, les archives secrètes de la lutte contre l’OAS. "Un barbouze gaulliste, il qui a mené une véritable enquête sur son paternel qui est décédé aujourd’hui", raconte le journaliste d’investigation au micro de Sud Radio.

"J’ai grandi comme journaliste depuis le début des années 80", explique le journaliste. "Et dans les années 70-80-90, jusqu’à aujourd’hui, le mot barbouze est très négativement connoté. C’est quelque chose d'assez péjoratif en réalité", juge Frédéric Ploquin. "Moi j’ai toujours appris que les barbouzes étaient ceux qui avaient par exemple enlevé Ben Barka en plein Paris". "En fait on dit Barbouze", explique-t-il, car ce sont "des gens qui se mettent au service de l’État tout en n’étant pas membres des services de l’État. C’est-à-dire des civils, en général des voyous mais pas seulement justement".

 

Les barbouzes ont été créés "pour aller combattre l’OAS"

À l’époque cela a été "essentiellement des grands voyous, des grands bandits qui se sont mis au service de l’État", explique Frédéric Ploquin. Pour lui, "l’explosion des barbouzes, c’est l’époque de la guerre d’Algérie". "Après le putsch manqué de l’OAS qui voulait envoyer les parachutistes sur Paris", explique le journaliste, "à ce moment-là de Gaulle cherche de la chair fraîche, des hommes, des bras des jambes, pour aller combattre l’OAS qui malgré l’échec du putsch va continuer à s’enfoncer dans la guerre".

À ce moment-là, "on recrute un certain nombre de bons hommes et notamment ce Marcel Hongrois qui lui n’est pas un voyou", explique Frédéric Ploquin au micro de Sud Radio. "Marcel Hongrois, c’est assez particulier, c’est quelqu’un qui est un enfant de l’assistance publique, qui a grandi dans le Morvan", raconte le journaliste d’investigation. "Il s’est retrouvé dans le Morvan au moment de la seconde guerre mondiale, il s’était engagé dans la résistance. Puis, il entre dans les services de renseignement et débarque au Maghreb quand la guerre commence. Et après la guerre, il se lance dans la guerre clandestine contre l’OAS", explique-t-il.

 

"Ils étaient prêts (...) à aller tuer le général de Gaulle"

"De l’autre côté, l’OAS est une organisation armée secrète, c’est ça que ça veut dire", explique le journaliste indépendant. L’OAS "naît en 1961, précisément, au moment du putsch. Ce sont les mêmes acteurs. En fait c’est une organisation qui est lancée essentiellement par des militaires", raconte Frédéric Ploquin au micro de Sud Radio. L’OAS est même fondée par "des gradés de l’armée qui ne sont pas d’accord avec le revirement du général de Gaulle. Celui-ci avait laissé entendre dans un premier temps que l’Algérie resterait française. Et qui ensuite tranche et dit : non, maintenant on laisse l’Algérie aux algériens", explique le co-auteur de Commando Delta, confessions d’un ancien soldat de l’OAS. "Au sein de l’armée, au sein de l’appareil d’État français, ils se sont senti trahis. Ils ont créé cette organisation qui était éminemment jusqu’au-boutiste, c’est-à-dire que de toute façon, ils croyaient à leur combat", juge-t-il. "Ils croyaient en leur combat, ils étaient prêts même jusqu’au dernier moment à aller tuer éventuellement le général de Gaulle, pour espérer renverser l’opinion publique. C’était le combat de leur vie en fait", explique Frédéric Ploquin.

"Edmond Fraysse, lui, a 20 ans au moment du putsch. Ses ancêtres sont nés en Algérie, ses parents et ses grands-parents sont nés et enterrés en Algérie", explique Frédéric Ploquin. "Il a grandi là-bas. C’est son pays. Il estime que son père et son grand-père se sont battus pour en gros fertiliser ce pays, soigner les algériens, etc.", raconte-t-il. "Il a 20 ans, c’est la guerre, il est parachutiste, il est militaire et donc il est lancé dans cette guerre. Il a l’impression que l’armée française va gagner. D’ailleurs, l’armée française, selon son récit, gagne contre les forces du FLN dans un premier temps", explique le journaliste. "Au moment où le général de Gaulle décide de changer de direction, il fait partie de ses jeunes qui basculent complètement. Il commence, il est militaire. Il est couvert par ses chefs qui lui donnent un petit poste qui va lui permettre de mener des opérations militaires clandestines", explique-t-il. "Il démarre comme ça à l’OAS. C’est une espèce de bascule dans la haine et dans l’ultraviolence au fur et à mesure qu’il sent que le cause est perdue. Il va même quitter l’armée en désertant. Puis, il se retrouve avec les militaires qui sont au sein de l’OAS, qui ne sont plus de l’armée officielle mais de l’armée de l’ombre et il obéit", raconte-t-il au micro de Sud Radio.

 

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