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Chicandier, l’écorché vif : « j'ai passé ma vie à demander pardon »

INTERVIEW EXCLU SUD RADIO - Dans un entretien vérité accordé à Sud Radio, le célèbre saltimbanque Chicandier lève le voile sur son nouveau livre « Accro ». Loin de l'image de bon vivant des réseaux sociaux, l'humoriste se confesse avec une lucidité désarmante sur ses années d'addiction à l'alcool et aux drogues.

Au micro de Maxime Lledo sur Sud Radio, celui que le grand public a connu pour ses envolées éthyliques et sa gouaille rabelaisienne a laissé place à un homme d'une lucidité désarmante. Venu présenter son ouvrage « Accro », Jason Chicandier, ou simplement Chicandier, son nom de scène, livre un récit qui n'est ni celui d'un humoriste, ni celui d'un repenti, mais celui d'un « saltimbanque » en reconstruction.

Un « Saltimbanque » plutôt qu’un humoriste

Dès les premières minutes, Chicandier récuse l'étiquette d'humoriste qu'il juge « trop pompeuse, trop ronflante ». Il préfère se définir comme un héritier de Jean Yanne, son maître à penser : « J’aimais bien chez Yanne le fait que c’était un homme à la fois de scène, de cinéma, de télévision, de radio et d’écrit... une sorte de chansonnier un peu multicarte ». C'est cette polyvalence qui lui a permis de survivre lorsque son cerveau, « embué » par les substances, menaçait de s'éteindre.

La mécanique de l'enfer : « L'alcool fatigue »

Loin des clichés sur le faste du show-business, Chicandier décrit une addiction de « terrain ». Pour lui, la cocaïne n'est pas l'apanage des stars : « J’ai vu le plus de cocaïne avec des plaquistes, des plombiers, des garagistes... J’ai tapé de la cocaïne à l’aire des garages à Saint-Étienne plus que dans des boîtes de nuit avec des stars ».

Il explique avec précision le cycle infernal de la polyconsommation : « L’alcool fatigue. Et les gens prennent de la cocaïne pour boire plus, pour que ça se voit moins... Tout est dicté par la fatigue nerveuse, le stress et souvent la peur et la tristesse ». Un engrenage complété par les somnifères pour forcer le sommeil, créant un épuisement chronique au réveil qui appelle à nouveau la drogue.

Bipolarité de type 1 : La découverte du « double »

Le tournant majeur survient en 2024 lors d'un séjour de 23 jours en hôpital psychiatrique, où tombe le diagnostic : bipolarité de type 1. Chicandier décrit les phases maniaques comme une surexcitation naturelle terrifiante : « C’est comme si vous aviez pris cinq traces de cocaïne... vous êtes surexcité par vous-même, vous avez l’impression que vous pouvez tout faire ».

Cette pathologie n'est pas une nouveauté, mais une vieille compagne d'enfance ignorée : « À 12 ans, j’écrivais sur les murs "schizophrénia". J’avais un double qui s’appelait Victor qui me parlait... On me disait à l’époque "il fait son intéressant". Mais non, c’était déjà les prémisses ». Pour lui, l'alcool n'était qu'un moyen de « stopper cette tristesse » et de fuir ces phases délirantes.

« Je ne te juge pas... Moi, je m’en suis sorti »

L'écriture est devenue sa bouée de sauvetage dès son admission en psychiatrie : « Je n’étais pas dans ma chambre depuis une demi-heure que j’écrivais déjà. C'était un outil obligatoire ». Dans ce lieu qu'il appelle Saint-Victor, il découvre la « thérapie institutionnelle » au contact des autres patients, ces « destins brisés, fracassés ».

Il évoque notamment Fabien, un dentiste souffrant d'une addiction sexuelle, un cas qu'il traite avec une compassion mêlée d'humour noir : « Le mec est dentiste, on dirait Guillaume Canet dans Les Infidèles... Son addiction vient de son père mort trop jeune. Il cherchait l'odeur du chantier pour conserver l'image de son père ». À travers ces portraits, Chicandier lance un message à ses semblables : « Je ne te juge pas... Moi, je m’en suis sorti. Tu imagines mon copain ? ».

Rédemption et Renaissance

Aujourd'hui, Chicandier se dit plus vif que jamais grâce à son traitement (notamment le Lithium) : « C’est la première fois que mon cerveau est aussi vif autant que mon cerveau peut l’être ». S'il refuse toujours de parler à ses parents (« Je peux pas les blairer »), il rend un hommage vibrant à sa femme et sa fille qui l'ont « sauvé ».

« Ma femme a porté un fardeau qui était moi pendant des années... Je passe ma vie à demander pardon », confie-t-il. Nourri de milliers de références culturelles, sans jamais consulter Google ou l'IA qu'il exècre, il avance désormais avec la philosophie des Alcooliques Anonymes : « 24 heures à la fois ».

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