La guerre au Moyen-Orient prouve chaque jour davantage combien notre industrie plastique était dépendante des hydrocarbures. Une grande partie des polymères est issue du pétrole et du gaz, dont une proportion significative transite ou est produite dans cette région du monde. Les perturbations logistiques, les hausses de prix de l’énergie et les incertitudes géopolitiques viennent ainsi perturber l’ensemble de la chaîne de valeur.
Une pénurie aux effets en cascade
"Il n'y a plus rien qui sort actuellement. On est en contact avec les producteurs et les pétroliers, et ils sont très inquiets. Je ne vais pas utiliser le même terme qu'ils ont employé, mais on va dire : 'on est foutus'. Donc, c'est très, très compliqué actuellement", témoigne au micro de Sud Radio Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance.
"La Chine et l'Inde sont sur le terrain de chasse des Européens"
"Et ce que Trump est actuellement en train de faire rajoute de la complication. Parce qu'on est partis d'un blocus d'un détroit d'Ormuz qui était partiellement fermé mais qui permettait d'alimenter la Chine et l'Inde. Parce que la Chine et l'Inde ont besoin d'énormément de plastique également pour leur activité… Avec un blocus américain qui empêche la Chine et l'Inde d'avoir ces produits. Donc, cela veut dire que la Chine et l'Inde sont en train d'aller chercher le plastique partout ailleurs où ils peuvent. Et en l'occurrence, ils sont sur le terrain de chasse des Européens aussi. Et donc on se retrouve en compétition avec eux. Et on n'a pas forcément les mêmes moyens financiers pour se concurrencer avec eux", poursuit Joseph Tayefeh à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Une volatilité des prix qui inquiète
Les conséquences potentielles d’une pénurie de plastiques sont vastes. L’industrie automobile, le bâtiment, l’emballage ou encore le secteur médical dépendent fortement de ces matériaux. Une raréfaction des résines pourrait entraîner des ralentissements de production, voire des arrêts temporaires dans certaines usines.
Au-delà de la disponibilité physique des matériaux, c’est aussi la volatilité des prix qui inquiète. Les coûts des matières premières pourraient grimper rapidement, fragilisant les entreprises, notamment les PME, moins capables d’absorber ces hausses. Dans un contexte économique déjà tendu, cette instabilité pourrait se répercuter sur les prix finaux pour les consommateurs. Par ailleurs, les délais d’approvisionnement risquent de s’allonger, perturbant les calendriers industriels. Certaines entreprises pourraient être contraintes de revoir leurs priorités ou de modifier leurs produits pour s’adapter aux matériaux disponibles.
"J'ai l'impression qu'on revit encore la même histoire que le Covid"
Cette situation met en lumière une dépendance structurelle de l’industrie européenne aux importations de matières premières pétrochimiques. Malgré les efforts engagés pour relocaliser certaines productions ou diversifier les sources d’approvisionnement, la transition reste lente.
"J'ai l'impression qu'on revit encore la même histoire que le Covid. Pendant le COVID, il manquait des masques. Les masques, c'est du plastique, c'était du polypropylène. Le gouvernement n'était pas prêt, n'avait pas fait de stock, et on s'est retrouvés en fin de compte à manquer de ce type de produits-là. Ce qui se passe actuellement, c'est Covid fois 100, parce que ce n'est pas que sur les masques. Vous avez des produits divers et variés. Il va y avoir des problèmes d'approvisionnement sur l'ensemble des produits d'emballage", raconte Joseph Tayefeh au micro de Sud Radio.
"Autre exemple : au Japon, la fabrication de baignoires est suspendue par le numéro un. Ils ne font plus de baignoires et de lavabos ! J'ai un adhérent sur des casques de chantier - il ne sait pas s'il pourra fournir des casques de chantier. Un tel, c'est pour de la tuyauterie. La famille des matériaux plastiques, c'est effectivement la seule famille de matériaux qui est présente dans tous les secteurs. Donc, à partir du moment où vous avez un renchérissement du prix… le prix, au final, augmente, mais le problème du prix, j'ai presque envie de dire : à la rigueur, c'est la meilleure des mauvaises nouvelles !", poursuit Joseph Tayefeh.
Les bioplastiques, une piste prometteuse mais encore marginale
Dans ce contexte, les plastiques biosourcés et les bioplastiques apparaissent comme une alternative potentielle. Issus de matières premières renouvelables telles que l’amidon, le sucre ou les huiles végétales, ces matériaux offrent l’avantage de réduire la dépendance aux ressources fossiles. Leur développement suscite un intérêt croissant, tant du côté des industriels que des pouvoirs publics. Certains secteurs, notamment l’emballage ou les produits à usage unique, ont déjà amorcé une transition vers ces solutions.
"Vous avez des plastiques qui sont d'origine biosourcée, qui ne sont pas faits à base de pétrole. D'ailleurs les premiers plastiques étaient faits par exemple à base de cellulose. On peut faire du plastique à base de pommes de terre, à base de canne à sucre, de bambou… Et vous avez certains plastiques qui peuvent être compostables ou biodégradables", raconte Joseph Tayefeh au micro de Sud Radio.
"Il ne faut pas refaire la même erreur qu'avec les voitures électriques"
Mais, attention : il ne s'agit pas de filières européennes qui existent. "Ça, c'est quand même à l'étranger. La France et l'Europe, on n'est pas très leaders sur la partie bioplastiques. L'Asie notamment domine ce sujet. Donc, si on doit promouvoir une nouvelle technologie, il ne faut pas refaire la même erreur qu'avec les voitures électriques, de donner la main à d'autres qui seraient meilleurs que nous. SABIC, par exemple, s'ils nous écoutent, ils ont retiré tous leurs investissements au niveau européen. En janvier 2026, ils avaient indiqué qu'ils ne voulaient plus garder leurs usines et qu'ils voulaient se concentrer sur le Moyen-Orient. Donc, vu les événements actuels, on pourrait peut-être se poser la question si c'était vraiment le bon choix. On pourrait dire ce qu'on veut de l'Europe. Mais d'un point de vue géopolitique, c'est quand même l'endroit le plus stable. Et aujourd'hui, je pense que ça n'a pas de prix pour pouvoir travailler", fait valoir Joseph Tayefeh.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.