Le numérique s’est imposé comme une infrastructure essentielle des sociétés contemporaines. Communication instantanée, accès à l’information, dématérialisation des services : ses apports sont nombreux. Il permet de fluidifier les échanges, d’optimiser certaines activités et, dans certains cas, de limiter les déplacements physiques, contribuant ainsi à réduire certaines émissions.
La fabrication des équipements, premier poste d'impact du numérique
Cependant, cette transformation s’accompagne d’un coût environnemental significatif. Le numérique représente aujourd’hui environ 4% de l’empreinte carbone en France, une proportion appelée à croître avec l’augmentation des usages. Cette empreinte repose en grande partie sur la fabrication des équipements, qui mobilise des ressources naturelles importantes et génère des impacts souvent invisibles pour les utilisateurs.
Smartphones, ordinateurs, téléviseurs : la multiplication des terminaux constitue un facteur central. Leur renouvellement rapide accentue la pression sur les matières premières et les chaînes de production. À cela s’ajoute la montée en puissance des usages gourmands en données, comme le streaming vidéo ou le stockage dans le cloud, qui nécessitent des infrastructures énergivores, notamment les centres de données et les réseaux.
Entre documents numériques et physiques, le match n'est pas toujours en faveur du numérique
Dans ce contexte, l’idée selon laquelle le numérique serait systématiquement plus écologique que les pratiques traditionnelles est de plus en plus nuancée. Certains usages non numériques peuvent en effet se révéler moins consommateurs en ressources. Par exemple, la conservation d’un document papier sur une longue durée peut, dans certains cas, générer moins d’impact que son stockage numérique multiplié sur plusieurs serveurs.
"Cela dépend des usages. Un catalogue papier est beaucoup plus coûteux en carbone qu'un e-mailing. Pour les factures et les prospectus, c'est à peu près équivalent. Par contre, pour la publicité, un flyer va être moins coûteux, moins impactant au niveau environnemental qu'une vidéo envoyée par Internet", assure au micro de Sud Radio Mathilde Boitias, la directrice de La Fabrique Écologique.
"On a du mal à estimer le pourcentage de documents envoyés en numérique qui sont ensuite imprimés"
Mathilde Boitias rappelle surtout que l'empreinte carbone de tel ou tel moyen de communication ou de stockage dépendra in fine de toute une série de paramètres. "Il y a d'une part la phase d'utilisation du numérique, la dernière phase. Mais il y a tout l'aspect fabrication des appareils numériques. Ensuite, dans les calculs des émissions, il y a des éléments qu'on ne prend pas forcément en compte : ça va dépendre de la gestion des forêts, de la provenance du papier. Le papier, en France, il est surtout français, mais il y a quand même de la pâte à papier qui vient d'arbres du Brésil. Ensuite, ça va dépendre de l'électricité produite : si c'est en France, c'est décarboné, si c'est à l'étranger, ça ne l'est pas. Est-ce que la filière bois papier utilise des déchets, ce qui se fait de plus en plus aujourd'hui ?", poursuit la directrice de La Fabrique Écologique à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
"Par contre, il y a un autre critère qu'on ne prend pas en compte : c'est l'efficacité de la démarche. On a du mal à estimer le pourcentage de documents envoyés en numérique qui sont ensuite imprimés. On ne sait pas non plus ce qui est stocké : par exemple, si vous stockez vos factures d'électricité sur votre propre serveur, alors que votre fournisseur les stocke déjà, c'est un double stockage. Donc, il y a tous ces éléments-là qui sont à prendre en compte, en particulier la multiplication de vidéos, qui est lourde au niveau de l'espace de stockage requis, et donc au niveau du bilan carbone et du bilan eau", rappelle Mathilde Boitias au micro de Sud Radio.
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