À l'hôpital, un soin du visage, un massage des mains ou un conseil pour soulager une peau fragilisée par les traitements peuvent sembler anecdotiques. Pourtant, ces gestes contribuent à restaurer l'image de soi, à apaiser les patients et à améliorer leur qualité de vie. C'est sur cette conviction que repose l'action des Centres de Beauté de CEW France, pionniers des soins de socio-esthétique en milieu hospitalier.
40.000 soins en 2024
Créée en 1992, cette initiative est née au sein de l'association CEW (Cosmetic Executive Women), réseau professionnel de l'industrie de la beauté. Aujourd'hui, les Centres de Beauté sont présents dans 43 établissements et 80 services hospitaliers, ainsi que dans plusieurs Maisons des Femmes, un centre de périnatalité et des structures accueillant des personnes âgées. En 2024, plus de 40.000 soins individuels ont été dispensés à près de 27.400 patients atteints de 29 pathologies différentes.
"Nous rencontrons ces femmes qui veulent mourir dignement, qui veulent sentir bon quand leur famille vient les embrasser"
Françoise Montenay, présidente des Centres de Beauté CEW, revient sur les origines de cette aventure. "Les centres de beauté datent de 1992. Mais tout a démarré en 1986 quand un groupe de femmes des métiers de la beauté s'est réuni pour lutter contre les critiques injustes faites sur les produits de beauté pas sérieux, les femmes qui faisaient n'importe quoi pour séduire etc. On a dit : 'nous travaillons dans des métiers sérieux, et nous allons le faire savoir'. Et il se trouve que nous avons créé le CEW (Cosmétique Executive Women). Nous étions une trentaine à l'époque, et nous avons fait des séminaires, des voyages d'études etc. Et, très franchement, on n'arrivait pas à faire changer quoi que ce soit de l'image de nos produits et de notre métier", raconte Françoise Montenay au micro de Sud Radio.
"Donc, l'une d'entre nous accompagnait à titre personnel des patients en phase terminale à Gustave Roussy. Et elle nous a dit : 'Vous savez, le seul moyen de prouver que la beauté est utile, c'est le terrain'. Donc, nous allons sur le terrain, à Gustave Roussy, nous rencontrons ces femmes qui veulent mourir dignement, qui veulent sentir bon quand leur famille vient les embrasser. Donc, on a décidé d'y aller avec la complicité des infirmières et des manipulatrices de radiothérapie. Voilà, on a commencé en 1992", poursuit à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
"Apprendre à travailler avec des soignants et avec des patients"
Au cœur du dispositif se trouvent les socio-esthéticiennes, des professionnelles spécialement formées pour intervenir auprès de personnes fragilisées par la maladie, les traitements ou certaines situations de détresse sociale. Au micro de Sud Radio, Françoise Montenay explique leur rôle : "C'est une esthéticienne qui a ses diplômes d'esthéticienne et qui fait en plus une année de spécialisation. Il y a deux formes de spécialisation : à l'hôpital ou en social. Et pendant cette année-là, elle apprend vraiment à travailler avec des soignants, à travailler avec des patients. Elle apprend les inconvénients de la plupart des thérapies. Parce qu'on n'est pas que dans le cancer. On est dans plus de 25 thérapies".
"Quand le moral n'est pas là, la personne est moins facile à soigner"
"Le principe pour nous, c'est que toutes nos socio-esthéticiennes et socio-coiffeuses sont des prestataires. On les met à la disposition des hôpitaux, et c'est l'hôpital qui gère. L'hôpital sait que telle ou telle patiente a besoin d'être vue par la socio-esthéticienne parce qu'elle n'a pas le moral aujourd'hui par exemple. La famille est très importante aussi dans la guérison des patients. Quand la maman, la femme ou l'épouse ne vient pas voir pendant 2, 3, 4 jours… le moral n'est pas là. Et en général, la personne est moins facile à soigner. Cela paraît un peu idiot, ce que je vous raconte, mais c'est la vraie vie dans les hôpitaux", poursuit Françoise Montenay à l'antenne de Sud Radio.
"On a un groupe de spécialistes scientifiques qui regardent les formules des produits"
Les soins proposés ne se limitent pas à l'aspect esthétique. Ils visent à soulager les effets secondaires des traitements, notamment les problèmes cutanés liés à la chimiothérapie ou à la radiothérapie, tout en offrant un moment d'écoute et de réconfort. Le choix des produits fait d'ailleurs l'objet d'une attention particulière.
"On fait un peu les difficiles parce qu'il nous faut des produits qui soient parfaitement adaptés aux thérapies. Donc, on a un groupe de spécialistes scientifiques qui regardent les formules et qui nous disent : 'ça, oui', 'ça, non', 'ça, surtout pas parce qu'il y a trop de ci ou ça'. Il ne faut pas de produits compliqués. L'hydratation, c'est le problème numéro un de l'hôpital. Donc, il faut des produits hydratants, des produits simples… et aussi des produits qui sentent bon. On me dit qu'il y a des produits sans odeur - non, le parfum et l'odeur font partie du confort", explique Françoise Montenay.
Un complément précieux aux traitements
Précurseurs, les Centres de Beauté CEW ont vu le jour treize ans avant que les soins esthétiques ne soient officiellement intégrés aux soins de support du Plan cancer. Leur action est aujourd'hui largement reconnue par les équipes médicales, qui considèrent ces interventions comme un complément précieux aux traitements. Financé principalement grâce au mécénat des entreprises du secteur de la beauté et au bénévolat de nombreux membres de l'association, le programme poursuit son développement avec une ambition intacte : démontrer, chaque jour, que la beauté n'est pas un luxe, mais un véritable levier de mieux-être pour les personnes les plus vulnérables.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Valérie Expert.