Kevin Naik - Éducateur en banlieue : "On a notre France à nous"

L'immigration a été placée au coeur de la campagne électorale pour la présidentielle avec le candidat Éric Zemmour. Ce dernier a notamment fait part de son inquiétude autour de l'embrasement des banlieues depuis des années, et sur la cécité du monde politique à ce sujet. Pour en parler, le général Emmanuel de Richoufftz et l'éducateur en banlieues Kevin Naik étaient les invités de “Bercoff dans tous ses états".

Le général Emmanuel de Richoufftz et l'éducateur en banlieues Kevin Naik
Le général Emmanuel de Richoufftz et l'éducateur en banlieues Kevin Naik, invités d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Il promettait de remettre de l’ordre dans les quartiers sensibles, et d’en finir avec une immigration incontrôlée. Éric Zemmour, qui a fait de l’immigration et des banlieues ses chevaux de bataille durant la dernière campagne électorale, a échoué à l’élection présidentielle. Depuis, le sujet semble oublié. L’essentiel de la classe politique n’en parle plus. À ne pas les entendre sur la question, on pourrait même penser qu’il n’existe aucun problème.

En banlieue, "on ne pérennise rien"

Ce n’est pas l’avis du général Emmanuel de Richoufftz et de l’éducateur en banlieues Kevin Naik. Pour eux, le problème est récurrent. Mais effectivement, personne n’en parle. "Aucun politique n’a pris position sur ce problème. Tout le monde en parle. Mais dans les banlieues, il y a des habitants qui vivent mal parce que la situation empire. […] Il faut aller dans nos banlieues avec un projet social et sécuritaire différent de ce qui a été fait jusqu’à présent. Depuis trente ans, on prend des mesurettes. Six ministères s’occupent des banlieues. Il y a des centaines d’associations. Mais in fine, quelles sont les retombées ?", s’interroge le général Emmanuel de Richoufftz.

Pour Kevin Naik, éducateur en banlieue, "il faut arrêter de parler des banlieues. Cela fait des années qu’on nous laisse nous autogérer. Aujourd’hui, on veut nous imposer une manière de fonctionner qui est en décalage avec la réalité. Quand j’ai rencontré le général, il est arrivé avec un gros projet, ambitieux. Mais qui a réussi. Je suis arrivé avec une dizaine de jeunes. Il leur a fait passer le permis, fait faire du sport. Et certains ont trouvé un emploi. Dans le fond, il y avait tout. Mais aujourd’hui, on ne pérennise rien".

Dans la banlieue, "il y a une détermination" pour survivre

Cela fait des années que des dizaines de milliards d’euros issus du contribuable sont injectés régulièrement dans ces quartiers. L’aveu pour certains que le problème existe bel et bien. À écouter Kevin Naik, tout l’argent promis n’est jamais arrivé à bon port. "On n’en voit pas la couleur", explique-t-il sur Sud Radio. Pourtant, rappelle-t-il, il y a eu de nombreux signaux. "Le rap, les émeutes en 2005. Personne ne savait quoi faire. J’ai beaucoup de respect pour l’armée, mais l’envoyer là-bas ne changera rien. Il y a une détermination dans ces quartiers. Ces jeunes veulent devenir quelqu’un. Et quand les portes de l’État et du travail se ferment, ils trouvent d’autres solutions pour survivre. Ce n’est pas de leur faute", plaide-t-il également.

"On considère les banlieues comme étant hors de la France. On les stigmatise, on parle de la France périphérique. Pour moi, la France est une et indivisible. Depuis 30 ans, il y a eu des plans banlieues, mais il n’y a pas de vision à 25 ans. On confie ça au quotidien à des ministères, six, et à diverses structures qui bénéficient des financements. Moralité, pas grand-chose n’arrive dans les quartiers. Il n’y a pas de vision globale, de fermeté, de volonté", ajoute à cela le général de Richoufftz.

Une vision à long terme à partir de l’éducation

Aujourd’hui, l’enjeu est de sortir de ce cercle vicieux. Pour Kevin Naik, la seule sortie de crise possible passera par l’éducation. "Celle des enfants, mais aussi des parents. Quand on fait des enfants, on les assume. C’est ce que je dis aux parents dans les quartiers", lance-t-il au micro d’André Bercoff. "Il faut un cursus intelligent. Vous prenez des jeunes de 13 à 16 ans pour faire du sport, avec des cours du soir, vous les amenez progressivement ailleurs pour qu’ils réalisent qu’à 20 ans, il y a un débouché", précise le général de Richoufftz.

Encore faut-il avoir l’impression de vivre dans le même pays. Pour le général de Richoufftz, on parle bien du même pays. Pour Kevin Naik, qui y vit au quotidien, "historiquement, c’est la même France. Sociologiquement, c’est différent. On a notre France à nous. On nous a laissé la construire. Macron est passé. Ça aurait été Marine Le Pen, ça aurait été pareil. Zemmour, pareil. Personne ne va nous bouger". Un discours froid et réaliste qui en dit long sur le chantier que tente de mener le général de Richoufftz dans ces quartiers.

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Retrouvez “Le face à face” d’André Bercoff chaque jour à 12h dans Bercoff dans tous ses états Sud Radio.