Didier Lemaire : "Il n’y a pas de philosophes qui aient traité la nation"

"C’est un livre qui s’adresse à tous et pas uniquement aux spécialistes, c’est un livre facile que chacun pourra comprendre" a déclaré Didier Lemaire, ancien professeur de philosophie et écrivain, au sujet de son livre "Petite Philosophie de la nation" (Éditions Robert Laffont). Il était l'invité de "Bercoff dans tous ses états".

Didier Lemaire
Didier Lemaire, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

"Il y a une part de frustration en moi de ne plus pouvoir enseigner, de transmettre l’esprit. Vingt ans de bonheur à Trappes ! Faire ce travail avec ces élèves qui sont dans une situation sociale assez difficile, c’était assez gratifiant et pour eux, et pour moi", a confié Didier Lemaire, qui a quitté ses fonctions de professeur de philosophie dans un lycée de Trappes après avoir déclaré que les habitants de cette commune d'Île-de-France étaient "définitivement perdus" et "sous l'emprise des islamistes".

 

Didier Lemaire : "La définition de la nation en philosophie n’était pas du tout une évidence au départ"

Comme l'explique Didier Lemaire, la nation est une notion jusqu'ici très peu explorée en philosophie. "On traite de l’État, de la démocratie, mais il n’y a pas de philosophes qui aient traité la nation. Et même temps, en histoire, je me suis rendu compte qu’il y a peut-être une histoire des nationalismes à faire. Donc, en philosophie, je ne savais pas moi-même ce qu’était la nation, ce n’était pas du tout une évidence au départ. Tout au long de ce livre, je vais progresser dans la réflexion en m’appuyant sur l’acte de naissance de notre nation, la nation française, l’abbé Sieyès qui lui donne une première définition. Je dirais que la nation est une manière de construire l’unité politique d’une société à partir de l’individu et non pas à partir de groupes sociaux.

Et puis, je vais m’intéresser à l’individu, car il n’y a pas de nation sans individus. Et non seulement l’individu existe dans notre société, mais il est valorisé. Puis, je vais réfléchir au lien social, je vais m’appuyer sur la sociologie et l’anthropologie. Ceci dit, il y a une désagrégation du lien social, l’individu ne se sent plus engagé, plus responsable du monde commun. L’individu, je ne le définis pas comme un ego mais comme un être qui est reconnu comme étant unique", a déclaré Didier Lemaire.

"La construction européenne s’est accompagnée par un démantèlement des services publics au nom de l’Europe libérale"'

Comment cela se fait-il qu'on parle si peu de la nation ? "Ce terme de nation a été abandonné par la gauche, avec le passage d’une philosophie qui défendait l’égalité à une philosophie qui a défendu l’identité. Il y a la construction de l’Europe, qui est sans doute une très bonne chose pour la paix et notre développement et pour l’unité des peuples. Mais cette construction de l’Europe s’est faite aussi contre la nation ou, en tout cas, à côté d’elle. Et elle s’est accompagnée, dès les premières années de sa construction, par un démantèlement des services publics au nom de l’Europe libérale, d’une grande libéralisation qui était attendue par les services publics. En démantelant les services publics, on a par là même affaibli la conscience nationale et la nation. C’est pour cela qu’aujourd’hui, on ne sait pas très bien ce qu’est la nation", a répondu Didier Lemaire.

Comme l'explique Didier Lemaire, la loi n'est pas possible sans nation. "La nation donne à la loi un caractère public, il n’y a pas une loi pour tel groupe et telle autre loi pour tel autre groupe. Cela suppose que la loi soit faite par les citoyens, il y a un aspect démocratique dans la nation qui ne peut pas être supprimé, qui lui est essentiel. La loi n’est pas d’origine divine, la loi n’est pas un diktat du philosophe, comme chez Platon par exemple. C’est une loi faite par les hommes et pour les hommes. Et tout comme les hommes, elle est imparfaite."

 

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