Bernard Bourdin : "La Nation, ce frein qu’il faut faire sauter"

Qu’est-ce que la Nation ? Au sens philosophique du terme ? Et en France, qu’en a-t-on fait ? Peut-on même encore parler de Nation française ? Pour en parler, Bernard Bourdin, professeur de philosophie politique, était l’invité de “Bercoff dans tous ses états" pour son livre "La Nation : une ressource d’avenir" (éd. Artège).

Bernard Bourdin
Bernard Bourdin, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Chef d’œuvre en péril, monstre du Loch Ness ? Qu’est devenu cet animal venu d’ailleurs au goût étranger, la Nation ? Un livre vient de paraître, La Nation : une ressource d’avenir (éd. Artège) signé Philippe d’Iribarne et Bernard Bourdin. Un livre succinct mais nécessaire, pour rappeler le contexte que l'on vit depuis des siècles, pour rappeler comment la France s’est dégagée de l’Empire, des Églises. Un livre qui rappelle enfin les principes fondateurs de notre système politique.

La Nation française mise à mal

Que sont devenus ces principes ? C’est pour tenter de répondre à cette question que l’un des co-auteurs du livre, Bernard Bourdin, est l’invité de Sud Radio mardi 24 mai. Professeur de philosophie politique et auteur, Bernard Bourdin rappelle face à André Bercoff, qu’étymologiquement, la Nation, "c’est là où on est né". "Au cours des siècles, la notion a été très évolutive, et plutôt que d’en faire une notion rigide, à tort, qui se ramènerait au nationalisme identitaire, en réalité, c’est une notion très flexible qui a pris plusieurs significations au cours de l’Histoire et en fonction des pays", explique-t-il.

En France, précise Bernard Bourdin, la définition d’origine de Nation française est mise à mal. "C’est l’ensemble du peuple qui fait partie de la Nation. Il y a une fusion peuple et Nation avec la Révolution française. Peuple et Nation sont des notions indissociables", rappelle le professeur de philosophie politique. Des notions mises à mal. Dès lors, il devient beaucoup plus difficile aujourd’hui de définir la Nation française. "On entre alors dans une définition archipellisante. C’est un terme de convenance, mais la Nation est devenue assez indéfinissable. L’objectif de notre livre est de la redéfinir", précise Bernard Bourdin.

Dernier obstacle aux désirs personnels ?

"Ce phénomène existe depuis 1968. On a un discours sur les droits de l’homme qui est moins une philosophie qu’une idéologie d’émancipation. Et donc la Nation apparaît comme le dernier frein qu’il faut faire sauter", analyse le professeur de philosophie politique. La Nation devient trop particularisante face à des individus qui recherchent la satisfaction de leurs désirs personnels, qui revêtent ainsi une forme universelle. Et Bernard Bourdin de citer l’exemple de l’immigration : "les Nations deviennent des autoroutes puisque de toute manière, la Terre est à tous".

Face à cela, on sent aujourd’hui un réveil des Nations. L’exemple le plus flagrant et le plus actuel, c’est l’Ukraine. Et la Russie auparavant. "Il y a une conscience nationale collective très claire. Mais le mot n’a pas le même sens. Il se couple, dans le cas de la Russie et de la Chine, avec le vieux mythe impérial. C’est la Nation-empire. L’Ukraine est un cas intéressant. C’est un pays qui parle sa propre langue depuis une dizaine d’années. Et on voit la montée en puissance d’une conscience nationale. On voit bien la Nation comme facteur d’émancipation", explique Bernard Bourdin.

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