Les documentaires consacrés au sport nous montrent souvent les coulisses de l'exploit, les secrets de vestiaires, la préparation vers les sommets ou encore l'envers du décor. Avec un storytelling résolument optimiste. On y découvre aussi des trajectoires cabossées, coupées dans leur élan mais qui repartent toujours de plus belle après une blessure ou un gros pépin physique. Dans la série résilience, un document sorti le mois dernier offre un éclairage rare sur la capacité des sportifs de haut niveau à rebondir à une vitesse aussi sidérante, après une casse mécanique qui vient, pourtant, de réduire à néant en un claquement de doigt une préparation de deux ans avec la victoire en ligne de mire.
Un « tournerbouler » violent, brutal et fatal pour la gagne
« Le jour où tout a basculé » raconte le chavirage survenu le 26 octobre dernier, moins de 24 heures après le départ des bateaux engagés dans la catégorie Ocean Fifty dans la Transat Café l'Or 2025, la course transatlantique en double de référence entre Le Havre et Fort-de-France. Alors qu’ils traçaient leur route à 38 noeuds (environ 70 km/h) dans le peloton de tête à la barre d'Inter Invest, Matthieu Perraut et Jean-Baptiste Gellée ont subitement chaviré au large des Abers, passant « de 4 à 65° en 6 secondes ». Un « tournerbouler » violent, brutal et fatal pour la gagne.

Une capacité psychologique sidérante à surmonter un authentique choc sportif
Balises de détresse, refuge dans la coque centrale du bateau, attente, coordination des secours maritimes de la SNSM, hélitreuillage. En un peu plus d'une heure, les deux skippers sont récupérés. Le trimaran, lui, la « tête » et l'électronique dans l'eau, est sécurisé, remorqué vers le port de Brest, puis remis à l'endroit avant de rejoindre Le Croisic en Loire-Atlantique en un temps express pour être dessaler, assécher et remis au plus vite en état. La capacité psychologique sidérante des deux hommes à surmonter cet authentique choc traumatique et sportif va alors opérer. Dès le retour sur la terre ferme, Matthieu Perraut « switche » dans sa tête et lâche, alors que la concurrence vogue vers la Guadeloupe : « L'objectif ne change pas : viser la Route du Rhum (en novembre prochain). Chaque minute compte, le compte à rebours est lancé. On a raté une course mais on est capables de rebondir. »
« Le mot ''résilience'' résonne beaucoup dans notre sport »
« On a fait face à un échec mais derrière, il fallait très vite rebondir et tirer le bilan parce qu'on savait qu'on savait que ça nous laissait peu de temps pour remettre le bateau en état et pour démarrer le circuit qui va démarrer au mois d'avril en hiver, explique Jean-Baptiste Gellée. A part un petit coup derrière la tête, on n'avait vraiment aucun bobo. On s'est donc tourné très vite vers le bateau. Le mot ''résilience'' résonne beaucoup dans notre sport parce qu'on a quand même des gros ascenseurs émotionnels. Il faut tout le temps essayer de voir de l'avant et se dire qu'on apprend aussi de ses erreurs. On apprend d'un chavirage comme on apprend d'une casse de flotteur et derrière, on s'en sort juste plus forts. »

« Nous avons entamé un travail avec nos préparateurs mentaux »
Malgré cet art du rebond et cette capacité à s'être lancé finalement dans une autre course parallèle, Jean-Baptiste Gellée reconnaît avoir subi un « contre-coup qui est arrivé assez vite parce que pour moi, le plus dur a été de voir les concurrents continuer la course, faire une très belle course avec une arrivée et un finish assez sensationnels car on ne savait pas qui allait gagner. Donc voir qu'eux ont pu se régaler et vivre ces moments, alors que nous on s'est préparés quand même pendant deux ans et que cette aventure s'est arrêtée au bout de 24 heures, c'est très dur mentalement. Pour justement essayer de gommer et ne pas garder de traces psychologiques de cette aventure, Mathieu comme moi avons entamé un travail avec nos préparateurs mentaux. Mais on a quand même très hâte de remonter sur les bateaux, de retrouver ces sensations-là et de renouer avec notre monture. »
De retour dès avril, objectif Route du Rhum en novembre
Trois mois après, le duo soutenu, aidé et appuyé par toute l'équipe technique a abattu un travail colossal et remis sur pied son multicoque de 15,24 mètres sur 15,24 mètres. « Le bateau est quasiment retapé, on a encore quelques finitions mais il va être remis à l'eau dans un gros mois, détaille Jean-Baptiste Gellée. On continuera à naviguer de toute manière à 100% et avec toujours l'objectif d'aller chercher des victoires. On va donc partir en Méditerranée au mois d'avril pour une première course qui aura lieu à Sainte-Maxime (du 29 au 2 mai), on enchaînera le week-end d'après avec un Grand Prix à Ajaccio. Notre bateau prendra ensuite le chemin de la Bretagne à partir de la mi-mai, pour enchaîner plutôt des courses en solitaire, notamment la Dream Cup et les 24 heures Ultim, septembre. Avant bien sûr, la Route du Rhum qui partira début novembre. » Le chaos est dans le rétro. En avant, toutes !