"Le danger, c’est que World Rugby est en train de faire disparaître le carton rouge définitif"
Parmi les points de crispation figure le carton rouge de 20 minutes — rebaptisé « carton orange » en France — qui permet de remplacer un joueur exclu définitivement après vingt minutes. Un dispositif appliqué avec parcimonie en Top 14, où il n’a été utilisé qu’à six reprises en seize journées.
« L’exclusion de 20 minutes est aujourd’hui imposée par World Rugby à tous les pays, explique Raynal. En France, nous avons simplement changé la couleur pour plus de lisibilité. J’ai toujours dit que cette sanction intermédiaire pouvait être intéressante dans des situations très spécifiques, celles qui divisent l’opinion. Mais ces cas restent extrêmement rares. »
🏉 Mathieu Raynal, l'actuel responsable de la cellule de la haute performance de l'arbitrage français, est revenu, dans "Au Coeur de la Mêlée, sur l'utilisation du carton orange en France. pic.twitter.com/IgLsIHxwRx
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L’ancien arbitre alerte surtout sur une dérive inquiétante :
« Le danger, c’est que World Rugby est en train de faire disparaître le carton rouge définitif en basculant presque tout vers l’exclusion temporaire de 20 minutes. C’est dramatique. Aujourd’hui, leur logique est simple : morsures, coups de poing ou de pied entraînent une exclusion définitive, tout le reste devient temporaire. »
Une orientation contre laquelle la FFR a décidé de s’opposer frontalement, comme le souligne Raynal, aux côtés de Florian Grill, président de la Fédération, et d’Abdelatif Benazzi, vice-président délégué à l’international.
"Nous ne voulons pas subir des orientations dictées par des pays où les stades sont vides"
Autre sujet de préoccupation majeur : l’avenir de la mêlée.
« Cela fait 150 ans que les ballons sont introduits droits en mêlée, un principe essentiel pour l’équité. Ce n’est pas parce que la Nouvelle-Zélande ou l’Australie veulent aller plus vite qu’on doit accepter de mettre directement le ballon dans les pieds du numéro 8. La mêlée est un symbole de notre sport », insiste-t-il, doutant par ailleurs que sa disparition permette de remplir davantage les stades dans l’hémisphère sud.
🏉 Mathieu Raynal a évoqué, à sa manière, le conflit qui prédomine entre les nations de l’hémisphère Sud et la France en termes d’arbitrage, notamment concernant les introductions en mêlée. pic.twitter.com/6UgqDmN7DJ
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Pour Mathieu Raynal, la volonté de certaines nations de privilégier le spectacle se fait au détriment de l’ADN du rugby.
« Ce qu’ils recherchent, c’est plus de passes, plus d’essais, moins de temps passé sur les mauls et les mêlées. Mais ce sont des marqueurs forts de notre jeu. En France, notre championnat fonctionne, les stades sont pleins et le rugby est aujourd’hui plus regardé que le football. Nous ne voulons pas subir des orientations dictées par des pays où les stades sont vides. »
"En France, le rugby est aujourd’hui plus regardé que le football"
Le Catalan conclut en rappelant les principes qui doivent, selon lui, guider toute évolution des règles :
« Les règles doivent évoluer selon trois piliers : la sécurité, l’équité et la continuité du jeu. Aujourd’hui, certains placent la continuité au-dessus des deux autres, ce qui n’a jamais été le cas dans l’histoire du rugby. Nous défendons notre culture, nos racines et une certaine vision du jeu. »