Quatorze ans de réclusion criminelle ont été requis jeudi contre un quadragénaire jugé devant la cour criminelle du Pas-de-Calais pour viols et violences, qu'il est accusé d'avoir exercés pendant deux décennies, sur fond de polygamie.
L'avocate générale a décrit un "système" mis en place par Jérôme P., 45 ans, basé sur "le contrôle, la manipulation et la dissimulation" de ses trois compagnes et de ses quatre enfants, des caractéristiques "poussées à l'extrême" dans ce dossier.
Elle a également requis la déchéance de l'autorité parentale de Jérôme P. sur ses deux enfants encore mineurs, âgés de neuf et seize ans.
L'aveu par l'accusé, mercredi, de violences sporadiques (fessée, gifles, réprimandes), "c'est tout ce qu'on a eu. Et pourtant je suis certaine que monsieur P. est coupable" de l'ensemble des faits qui lui sont reprochés, a martelé l'avocate générale.
Concernant les faits de viol sur l'une de ses compagnes, Jennifer C., les plus graves reprochés à l'accusé, il s'agissait de "rapports où elle ne pouvait pas dire non", de peur d'être confrontée à des violences psychologiques ou physiques.
A l'inverse, l'avocat de l'accusé, Me Sullyman Bouderba, a estimé que ces viols étaient "contestés et contestables".
Il s'est étonné que personne, dans l'entourage du foyer, n'ait fait de dénonciation, alors qus depuis l'ouverture du procès lundi un "récit effroyable" a été présenté : "20 années pendant lesquelles celui-ci étranglait les enfants, cassait des nez", a-t-il plaidé.
La cour s'est retirée vers 15H30 pour délibérer.
Jérôme P. est jugé pour viols sur Jennifer C. et pour violences sur ses trois compagnes et les quatre enfants qui vivaient avec eux à Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais).
"C'est du complot", a-t-il balayé jeudi matin avant les réquisitions.
- "Toute-puissance" -
Un expert psychiatre a présenté l'accusé comme un homme habité d'un "sentiment de toute-puissance", qui "renvoie plutôt la responsabilité sur autrui".
Mardi, la fille aînée de Jérôme P. a décrit un homme aux "deux facettes: le Jérôme aimant, celui qui protège ses enfants (...) et le monstre".
Photo de la salle d'audience de la cour criminelle au tribunal de Saint-Omer (Pas-de-Calais), le 8 juin 2026
Sameer Al-DOUMY - AFP/Archives
Un jour, s'est-elle souvenue, "il me met un coup de poing au visage, il me fait tomber au sol, je perds connaissance". Lorsqu'elle retrouve ses esprits, "pris de remords", il lui offre le dernier iPhone.
C'est justement grâce aux téléphones que Jérôme P. a, selon l'avocate générale, exercé un "contrôle coercitif" sur ses compagnes et enfants, géolocalisés quand ils étaient hors du domicile.
Dans la maison, il avait installé trois caméras de surveillance, continuellement allumées selon plusieurs témoignages.
Au-delà de l'accusé, c'est le fonctionnement de toute une famille qui a été décortiqué durant son procès. Une famille au sein de laquelle il est de coutume pour les hommes d'avoir plusieurs compagnes et d'exercer envers elles des violences physiques et sexuelles.
Les P. sont "une secte", a asséné lundi l'ex-compagne d'un des frères de l'accusé, mis en examen et placé en détention provisoire pour l'avoir violée, frappée et contrainte à se prostituer.
- "Survivantes" -
Un autre frère de l'accusé s'est suicidé en 2024 alors qu'il était placé en détention provisoire, mis en examen pour viols incestueux et viols sur conjoint. Un troisième frère a été accusé de viols mardi par la fille aînée de Jérôme P.
Fabienne Roy-Nansion (G), avocate des parties civiles, au tribunal de Saint-Omer (Pas-de-Calais), le 8 juin 2026
Sameer Al-DOUMY - AFP/Archives
Toutes les femmes "qui ont approché le clan P. sont des survivantes", a martelé lors de sa plaidoirie Me Fabienne Roy-Nansion, avocate des parties civiles.
L'audience a parfois été terriblement crue, notamment lorsque Jennifer C. a dû décrire les rapports sexuels qu'elle accuse Jérôme P. de lui avoir imposés avec leur berger allemand.
Mais les débats ont également laissé de la place à l'amour, celui que les deux filles aînées de Jérôme P. ressentent encore pour lui, malgré les coups et insultes dont elles l'accusent, et celui de Jennifer C. pour son fils, pourtant un farouche défenseur de son père.
Ce fils de 16 ans, placé chez ses grands-parents paternels, est "un mini-Jérôme" P., selon l'avocate générale. C'est "le dégât collatéral encore en cours" dans ce dossier, a aussi regretté Me Fabienne Roy-Nansion.
"Il reviendra, votre fils", a glissé l'avocate à Jennifer C.
"J'espère", a murmuré cette dernière, les larmes aux yeux.
Par Kenan AUGEARD / Saint-Omer (France) (AFP) / © 2026 AFP