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Nicolas Pouvreau-Monti : "La politique familiale a été transformée en une simple politique sociale de redistribution"

ENTRETIEN SUD RADIO - Invité de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio, Nicolas Pouvreau-Monti, co-fondateur et directeur de l'Observatoire de l'Immigration & de la Démographie (OID), analyse les nouvelles projections démographiques de l’INSEE, qui confirment l’accélération du recul de la natalité en France.

Nicolas Pouvreau-Monti
Nicolas Pouvreau-Monti, invité de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états"

Selon lui, ces prévisions marquent une révision notable des scénarios établis il y a cinq ans et mettent en lumière un décrochage durable de la fécondité française, désormais inscrite dans une tendance observée dans l’ensemble des pays développés. Le directeur de l’OID alerte également sur les conséquences économiques et sociales du vieillissement de la population. Baisse du nombre d’actifs, progression du grand âge, pression accrue sur les retraites et le système de santé : il estime que la France entre dans une transformation démographique majeure à laquelle les pouvoirs publics se sont préparés trop tardivement, malgré des signaux visibles depuis plusieurs années.

Nicolas Pouvreau-Monti : "Les précédentes projections démographiques de l'INSEE avaient été d'un optimisme exagéré"

Périco Légasse : L'oiseau de mauvais augure que vous étiez, qui nous racontait des choses terribles, très inquiétantes sur la démographie et l'immigration… Finalement, l'INSEE vous donne un petit peu raison ?

Nicolas Pouvreau-Monti : Si on veut être complètement juste envers l'INSEE, par définition, les projections démographiques se trompent toujours, ça fait partie de leur nature. Il est vrai néanmoins que les dernières projections de l'INSEE qui avaient été publiées avant celle-ci, qui datent d'il y a 5 ans, avaient été très clairement d'un optimisme exagéré quant aux perspectives de la fécondité et de la natalité en France. D'où cette mise à jour, avec un scénario central dans lequel l'INSEE nous explique que l'indice de fécondité, c'est-à-dire le nombre moyen d'enfants par femme, descendrait autour de 1,45 enfant. Pour mémoire, on était encore à 2 enfants en France en 2010. Donc, il y a eu un décrochage très rapide : on était à 1,56 l'an dernier, et on serait à 1,45 demain.

"Il y a eu un décrochage très fort de la natalité depuis 2010"

Périco Légasse : Et en 1970 ?

Nicolas Pouvreau-Monti : En 1970, on était encore au-dessus des deux, mais on était sur la fin du baby boom, et on était au-delà du seuil de renouvellement. Et il y a eu un décrochage très fort de la natalité depuis 2010. Le décrochage en France, il s'inscrit dans une dynamique constatée dans tous les pays développés. Il y a vraiment une chute de la fécondité qui a des raisons structurelles, qui sont les mêmes un peu partout. Le report de l'âge au premier enfant : aujourd'hui, une femme a son premier enfant autour de 30 ans en moyenne, contre 24 ans dans les années 1970. Le changement des modes de vie, notamment le déclin de la conjugalité : comme on vit beaucoup moins fréquemment en couple dans tous les pays occidentaux, on a aussi moins de chances d'avoir des enfants. Il y a aussi des préférences individuelles liées au fait qu'on vit de plus en plus loin du lieu où on travaille.

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En revanche, c'est vrai qu'en France, on s'en sortait plutôt pas mal par rapport à nos voisins jusqu'aux alentours de l'an 2010. Et dans les années 2010, il y a eu un ensemble de choix politiques qui ont été mis en oeuvre, de rupture avec ce qui relevait du modèle français, de la politique familiale, avec notamment cette idée qu'on devait transformer la politique familiale en une simple politique sociale de redistribution. On a conditionnalisé les allocations familiales aux revenus. Et si ces mesures à elles seules n'expliquent pas le décrochage, il est évident qu'elles ont eu un impact. Un impact qui est d'ailleurs attesté par des études scientifiques menées dans la situation française. Et donc, la question de la responsabilité du politique sur un sujet qui est aussi culturel et intime, est très clairement posée.

"On a tardé à apporter des réponses politiques au renversement de la pyramide des âges"

Périco Légasse : D'après cette projection de l'INSEE, la France compterait dans 44 ans 65,9 d'habitants, soit 3,2 millions de moins qu'en 2026. Cela veut dire quoi, 3,2 millions d'habitants en moins ?

Nicolas Pouvreau-Monti : C'est une baisse qui serait absolument historique en temps de paix. Il y aurait à la fois cette baisse globale de la population que vous décrivez, mais il y aurait aussi un remaniement général de la pyramide des âges. C'est-à-dire que dans cette France redescendue à 66 millions d'habitants, la part des personnes âgées de 65 ans et plus serait beaucoup plus forte qu'aujourd'hui. Et ça pose évidemment un ensemble de questions pour la plupart de nos dispositifs de solidarité.

Périco Légasse : C'est même un taux de plus de 80 ans qui battrait tous les records…

Nicolas Pouvreau-Monti : Le très grand âge, tout à fait, parce que l'espérance de vie devrait continuer à augmenter. Et c'est évidemment plutôt une bonne nouvelle en soi. Mais il se trouve que nos systèmes sociaux ont été conçus à une époque où la pyramide des âges était vraiment une pyramide. C'est-à-dire avec un socle très large de jeunes et une petite pointe de gens qui arrivaient jusqu'à l'âge de la retraite. Aujourd'hui, on va plutôt vers une pyramide renversée, une sorte d'entonnoir avec de moins en moins de classes d'âge jeunes, de moins en moins de personnes qui entrent sur le marché du travail, qui entrent dans les classes d'âge actives. Et une population âgée de 65 ans et plus qui correspond globalement aujourd'hui à l'âge de la retraite, qui a vocation à continuer à croître. Donc, ça pose des questions pour le système des retraites. Ça pose aussi des questions pour le système de santé. Parce qu'une population plus âgée, c'est aussi une population qui consomme plus de soins, c'est normal. Et c'est vraiment une révolution à laquelle on a tardé à se préparer et à laquelle on a tardé à apporter des réponses politiques.

Cliquez ici pour écouter l’invité de Périco Légasse dans son intégralité en podcast.

Retrouvez “Le face à face” de Périco Légasse chaque jour à 13h dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio.

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