single.php

Dans les coulisses de Betclic et le secret des cotes pour la Coupe du monde

REPORTAGE SUD RADIO - Ce jeudi 11 juin, c'est le coup d'envoi de la Coupe du monde de football ! Mais en coulisses, une autre compétition se joue : celle des bookmakers. À Bordeaux, chez Betclic, des centaines de traders s'apprêtent à couvrir 104 matchs, des millions de paris et une nuit qui ne finira pas avant la mi-juillet. Plongée dans la mécanique secrète des côtes.

Dans les coulisses de Betclic et le secret des cotes pour la Coupe du monde
(Photo by Romain Gautier / Hans Lucas via AFP)

C’est le grand jour ! Après trois ans et demi d’attente, la Coupe du monde revient ce jeudi, au Stade Azteca de Mexico avec la match d'ouverture Mexique - Afrique du Sud, à 21h, heure française. Le coup d’envoi de 104 rencontres pour plus d’un mois de compétition où des millions de supporters vont parier ou se mettre à parier. Les bookmakers sont donc en ordre de bataille pour proposer des centaines de cotes à des parieurs néophytes ou confirmés. 

Mais oubliez l'image du bookmaker qui tire des chiffres au hasard. Derrière chaque cote proposée sur une plateforme de paris sportifs se cache un processus à mi-chemin entre l'analyse sportive, la statistique et la finance de marché. « Les côtes, on en propose des millions chaque jour, c'est lié à une probabilité », explique Martin Oudbin, directeur du développement commercial de Betclic. « Notre rôle, c'est de déterminer les bonnes probabilités pour que quelque chose arrive : l'équipe de France gagne ou s’il y aura un but d'un joueur majeur ».

Des algorithmes, des datas et des hommes

Thomas Lamory, directeur de l'offre paris sportifs chez Betclic, précise la mécanique à trois niveaux. La cote est d'abord la retranscription d'une probabilité sportive : plus une équipe est favorite, plus sa côte sera basse. Elle est ensuite ajustée en fonction des mises enregistrées sur la plateforme, pour équilibrer le risque global. Enfin, elle intègre une dimension concurrentielle. Betclic surveille en permanence les autres opérateurs du marché, et s'aligne ou se démarque selon sa stratégie. « On veut le meilleur pour nos joueurs, donc ça passe par les meilleures cotes », explique-t-il.

Mais qui décide vraiment d'une cote ? La réponse est plurielle. Chez Betclic, environ la moitié des cotes sont créées en interne, l'autre moitié achetée à des fournisseurs de données sportives spécialisés. Dans les deux cas, des modèles algorithmiques traitent des milliers de statistiques : historique des confrontations, forme récente des équipes, statistiques individuelles des joueurs, conditions météo, compositions probables, lieu de la rencontre, voire la dynamique des mises sur d'autres marchés internationaux.

Le rôle indispensable du trader

Mais l'algorithme seul ne suffit pas et c'est là qu'intervient le trader sportif. Ultra-spécialisé dans son sport (certains ne couvrent qu'une discipline), il surveille les marchés en temps réel et intervient dès qu'une information perturbe les prévisions du modèle. « Si on apprend que Mbappé ou Olise ne jouent pas en équipe de France, on va évidemment être amenés à changer les cotes », illustre Thomas Lamory. Ce réajustement peut survenir en quelques secondes. Sur un match en cours, les cotes évoluent deux à trois fois par minute en football, sur un match de tennis, les évolutions interviennent toutes les six ou sept secondes, au fil des points.

Le profil du trader est donc particulier. Il doit maîtriser son sport comme un analyste, raisonner en probabilités comme un mathématicien, et garder un sang-froid à toute épreuve. « C'est un métier qui demande une capacité de gestion de stress très importante, notamment dans les paris en direct », explique Thomas Lamory. À tel point que, même hors du bureau, les réflexes persistent : « Il est certain que les traders ont des réflexes quand ils sont off de se dire : quelle cote j'aurais pu mettre en regardant un match dans leur salon ».

104 matchs, 300 personnes, et des nuits blanches

Et pour la Coupe du monde 2026, la mise en place est inédite. Le tournoi passe pour la première fois à 48 équipes, contre 32 auparavant, portant le nombre de rencontres à 104, contre 64 lors des précédentes éditions. Et contrairement au Qatar en 2022, les matchs se joueront essentiellement aux heures américaines, souvent entre minuit et cinq heures du matin pour les parieurs européens.

Pour tenir le rythme, Betclic mobilise plus de 400 traders pendant toute la durée de la compétition, avec des équipes réparties sur tous les fuseaux horaires. « On aura jusqu'à 4 traders sur chacun des 104 matchs de la Coupe du Monde », précise Martin Oudbin. Un autre défi sera technologique, la plateforme traitant déjà 1,3 milliard de transactions par mois en temps normal. Lors des soirées majeures, comme pour les matchs de l’équipe de France, elle devra répondre en quelques secondes à un afflux de connexions immense. Sur chacun des 104 matchs, Betclic proposera environ 600 possibilités de paris allant des résultats d’équipes aux performances individuelles en passant par le nombre de buts. Le tout sans compter les paris en direct, qui évoluent en continu.

Les Français misent sur les Bleus, pas sur les favoris

À quelques heures du coup d'envoi, les données révèlent également la sociologie du parieur français qui a tendance à suivre son cœur plus que les algorithmes. En effet, sur Betclic, 50 % des mises sur le vainqueur de la compétition vont à l'équipe de France, cotée à 6,00. Pourtant, dans les modèles des traders, c'est l'Espagne qui est désignée comme favorite, avec la cote la plus basse du marché, entre 5,00 et 5,50 selon les opérateurs.

Deuxième équipe la plus jouée sur Betclic : le Portugal, qui concentre environ 35 % des paris, alors qu'il n'est que quatrième dans la hiérarchie des cotes. Ce décalage entre la rationalité statistique et les comportements de mise est précisément ce que les traders doivent intégrer dans leur gestion des risques : si tout le monde mise sur la France, la cote française baisse mécaniquement, et celle de ses adversaires monte.

Un milliard d'euros en jeu !

Enfin, à noter que pour la première fois lors d'une compétition sportive, le montant total des mises devrait dépasser le milliard d’euros. De plus, plus de 40 % des Français qui suivront le tournoi envisagent de parier. Betclic anticipe l'arrivée d'environ un million de nouveaux joueurs pendant la compétition, soit 20 % de clients supplémentaires.

Mais le véritable enjeu n'est pas tant le chiffre d'affaires généré pendant les cinq semaines du tournoi puisque la Coupe du monde ne représente que 6 % du CA annuel du groupe. L’objectif pour les bookmakers et avant tout de convertir ces nouveaux venus en clients réguliers. « C'est une vitrine, un enjeu d'acquisition », conclu alors Martin Oudbin.

L'info en continu
14H
13H
12H
Revenir
au direct

À Suivre
/