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Thomas Gibert sur l'accord UE-Australie : "On nous utilise comme monnaie d’échange pour vendre des voitures !"

TÉMOIGNAGE SUD RADIO - Alors qu'un nouvel accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie suscite l’inquiétude des agriculteurs, Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération paysanne, partage ses craintes et pousse un coup de gueule au micro de Sud Radio

dpatop - 09 April 2024, Berlin: Ursula von der Leyen, President of the European Commission, gives a statement at the BDA Presidium meeting in the Haus der Deutschen Wirtschaft. Photo: Britta Pedersen/dpa (Photo by BRITTA PEDERSEN / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP)

Alors que le Mercosur s'apprête à être appliqué provisoirement à partir du 1er mai, la Commission européenne ne semble pas décidée à ralentir sur les accords de libre-échange. Elle est en effet en phase de finalisation d'un nouveau deal, cette fois-ci avec l’Australie.

Cet accord prévoit d'ouvrir le marché européen à la viande australienne. Le quota de bœuf sera multiplié par dix, atteignant 30 600 tonnes, dont 55 % sans droits de douane et le reste à droits réduits. La viande ovine et caprine australienne pourra également entrer à hauteur de 25 000 tonnes, progressivement sur sept ans.

Naturellement, tout laisse à penser que ce nouvel accord viendra à nouveau cristalliser la colère agricole. Les différents syndicats dénoncent déjà des concessions disproportionnées et un risque pour les producteurs européens. Le président de la Confédération paysanne, Thomas Gibert, a partagé ses craintes quant à ce nouvel accord dans le Grand Matin Sud Radio. Un témoignage recueilli par Mathéo Lamblot.

"Cet accord est catastrophique"

Ursula von der Leyen et le Premier ministre australien ont annoncé avoir finalisé des négociations pour l'accord de libre-échange Union européenne-Australie. Que vous inspire-t-il ?

Pour nous, cet accord est catastrophique, notamment pour la filière ovine. La filière des moutons sera la plus touchée avec plus de 25 000 tonnes de viande ovine qui vont arriver sur le territoire européen, ce qui représente 4 % de la consommation européenne, c’est énorme ! Cela va avoir un impact terrible sur les prix, alors que cette filière souffre déjà avec des revenus parmi les plus faibles et une prédation importante.

Quels autres facteurs aggravent la situation ?

Ces tractations interviennent alors que le monde agricole est confronté à une spéculation énorme sur les prix de l’énergie, notamment à cause de la hausse du pétrole. Cela augmente le coût de production et renforce nos colères. Pour nous, à la Confédération Paysanne, c'en est trop.

"Nous lançons un appel à la mobilisation !"

Que proposez-vous face à cette situation ?

Nous lançons un appel à mobilisation, car la Commission Européenne utilise l’agriculture comme monnaie d’échange pour vendre davantage de voitures allemandes, sans se soucier de nos cris d’alarme. Nos filières ne peuvent pas subir un frein économique supplémentaire et la souveraineté alimentaire est en jeu.

Ces importations de viande australienne représentent-elles une concurrence pour les agriculteurs français ?

Oui, tout à fait. Cet accord vient s’additionner à l’accord du Mercosur, qui sera appliqué de manière préventive. Toutes ces tonnes de viande ovine et bovine vont s’accumuler, traité de libre-échange après traité de libre-échange, alors que la Commission Européenne prend ses décisions sans consulter le Parlement européen. C’est une gestion antidémocratique qui ignore les intérêts agricoles, alors que la souveraineté alimentaire est stratégique.

"Nos fermes vont disparaître !"

Quels sont les enjeux stratégiques et environnementaux de cet accord ?

Délocaliser nos productions alimentaires à l’autre bout du monde n’a pas de sens, ni sur le plan stratégique ni sur le plan environnemental. L’heure est grave et il faut se mobiliser.

Selon la présidente de l’Union Européenne, l’objectif est d’augmenter les exportations de véhicules électriques et de voitures de luxe, sans lien avec l’agriculture. Mais l’alimentation n’est pas une marchandise et il est dangereux de jouer à ce jeu-là.

Que pensez-vous de la souveraineté alimentaire et des traités de libre-échange ?

Les dirigeants parlent de souveraineté alimentaire, mais il faut être vent debout contre ces traités qui mettent nos filières en concurrence sur le marché international, tirent les prix vers le bas et font disparaître des milliers de fermes.

On l’a déjà vu avec un traité avec la Nouvelle-Zélande sur la viande ovine qui a eu des conséquences dramatiques. Dans le Limousin, en Haute-Vienne, le nombre d’éleveurs a été divisé par trois en 15 ans. Ces traités auront donc un impact énorme.

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