L’information a de quoi faire grincer des dents au sommet de l’État, et rire de l'extérieur. Selon Le Monde, un militaire français a permis, malgré lui, de localiser le porte-avions Charles-de-Gaulle en mission au Moyen-Orient. En cause : un profil public sur Strava. Le 13 mars à 10h35, un marin a enregistré un footing de 7 kilomètres.
Une activité banale en apparence, mais dont les données, croisées avec des images satellitaires, ont permis à n’importe qui dans le monde de situer précisément le navire au nord-ouest de Chypre. Si la présence du Charles De Gaulle en Méditerranée était connue depuis l’annonce d’Emmanuel Macron, sa localisation en temps réel est, en revanche, bien plus fluctuante et relève du secret défense.
Une restriction d’emploi variable des objets connectés
Au-delà de l’anecdote, l’épisode met en lumière une problématique bien plus large : celle de « l’hygiène numérique du combattant », faisant partie des « prérequis avant tout déploiement » d’après l’état-major des armées. Car ce n’est pas un incident isolé. Le même profil permettait déjà de retracer l’itinéraire du porte-avions sur plusieurs semaines, de la Manche à la mer Baltique. Au-delà de la localisation, d’autres profils publics ont été identifiés sur lesquels des photos du pont, de certains militaires et d’équipements sont visibles.
L’état-major des armées reconnaît également que « cette diffusion sur Strava n’est pas conforme aux consignes en vigueur », rappelant que « les marins sont régulièrement sensibilisés ». Il ajoute que « pour éviter toute divulgation d’information relative à un navire, différents niveaux de restriction d’emploi des objets connectés sont appliqués au sein de la Marine nationale. Ces niveaux de restriction sont à la main du commandement et sont pris en fonction du niveau de menace ».
Des précédents déjà alarmants à l’international
À noter que le phénomène n’est pas nouveau. Certains gardes du corps français, russes ou américains ont également été localisés par le passé grâce à cette même application. Dès 2018, la publication d’une carte mondiale des activités sur Strava avait même permis de révéler l’emplacement de bases militaires américaines en Irak, en Afghanistan ou en Syrie. À l’époque, certains tracés de jogging laissaient apparaître des zones d’activité au milieu de déserts. « Les ennemis pourraient utiliser ces informations pour voir jusqu’où les coureurs s’aventurent », expliquait alors un expert. Seule différence, les données sont aujourd’hui plus précises, plus nombreuses, et surtout plus facilement exploitables en temps réel.
Ce fut notamment le cas en 2023, quand Stanislav Rzhitsky, ancien commandant russe, avait été abattu lors de son jogging à Krasnodar. Ses habitudes sportives avaient été suivies grâce à ses données Strava.« Le tueur a attendu dans le parc, près du complexe sportif, où il faisait très régulièrement ses joggings matinaux », expliquaient les médias locaux.