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Stéphane Layani : "Les étrangers savent qu'il y a un art de vivre en France"

INTERVIEW SUD RADIO - Entre défense du repas familial, critique de la malbouffe et appel à consommer français, Stéphane Layani, président du marché international de Rungis, invité de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états", alerte sur la dégradation progressive du rapport des Français à l’alimentation. Il pointe notamment les contraintes budgétaires et l’essor des produits ultra-transformés.

Stéphane Layani
Stéphane Layani

Face au succès d’enseignes comme Master Poulet et à la montée de la livraison via les dark kitchens, l'auteur du livre Le monde a faim - Nourrir les peuples, valoriser les producteurs, préserver la planète (Éditions du Cherche Midi) plaide pour un retour à une cuisine plus simple, plus locale et plus éthique, accessible selon lui à tous les budgets.

Stéphane Layani : "On rabiote sur l'alimentation"

Périco Légasse : Est-ce qu'aujourd'hui les consommateurs français, nos compatriotes, savent s'alimenter ? Ont-ils bien les codes, la connaissance pour choisir un bon repas ? Le consommateur est-il suffisamment informé et éduqué ?

Stéphane Layani : On est encore les meilleurs, nous, les Français. Et, d'ailleurs, à chaque fois que j'ai des étrangers, - des Américains, des Allemands qui viennent en France, - ils savent qu'il y a vraiment un art de vivre. Mais en même temps, c'est doucement en train de se dégrader. Et ce, pour des tas de raisons. Je pense qu'il y a une distanciation de plus en plus grande qui crée de la crise et de la défiance entre le produit et le consommateur. Et ça, c'est lié sans doute à nos modes de vie, au fait que le budget des ménages est très contraint, que dans les grandes métropoles, le budget logement est en expansion. Et donc, on rabiote sur l'alimentation. Les familles sont plus éclatées qu'avant, plus déstructurées qu'avant. On arrive encore à défendre le repas familial du dimanche midi, mais c'est un truc dans les familles monoparentales, de divorcés, recomposées…

"On n'est pas obligés dans ce pays d'acheter du poulet pré-découpé"

Périco Légasse : Récemment, une polémique a opposé le maire socialiste de Saint-Denis, Monsieur Bagayoko, avec un élu de La France Insoumise, Éric Coquerel, sur Master Poulet. Master Poulet, c'est une enseigne de distribution de volaille. C'est du poulet ukrainien probablement passé par la Pologne. Et comme il est reconditionné en Pologne, il est découpé en Pologne, il a l'estampille "Union européenne". Là, on a un problème avec la législation européenne, qui identifie avec des normes européennes des produits qui ne sont pas européens. Ensuite, qu'est-ce qu'on peut faire ? Non pas pour condamner les gens qui vont chez Master Poulet, parce qu'ils n'ont pas d'argent pour payer plus… Est-ce qu'il y a moyen de contourner Master Poulet et de dire aux consommateurs français : "vous n'êtes pas condamnés à la malbouffe" ? "Avec votre budget actuel, il y a moyen de vous alimenter normalement, de façon suffisamment qualitative, tout en faisant travailler l'agriculture française."

Stéphane Layani : Il y a un gros sujet. Premièrement, on n'est pas obligé dans ce pays, où on vend encore des volailles entières, d'acheter du poulet pré-découpé. Allez, bon sang, sur votre marché, chez vos bouchers, chez vos volaillers, vous vous ferez plaisir ! Et vous allez faire des économies. Parce que quand on fait la cuisine, on passe un bon moment en famille, on rigole, on mange des bonnes choses, et c'est moins cher.

"Quand vous faites travailler quelqu'un au Brésil ou en Ukraine, vous faites un acte moral en faisant ça"

Périco Légasse : On fait soi-même ce que l'industrie agroalimentaire nous facture dans la transformation de produits qui proviennent souvent d'endroits qu'on n'a pas envie d'avoir, ou des formes alimentaires qu'on n'a pas envie de pratiquer. Alors, on transforme le produit chez soi - c'est moins cher, c'est meilleur, et on partage un bon moment de bonheur.

Stéphane Layani : Il y a une considération éthique. Quand vous faites travailler quelqu'un qui est déclaré, qui paie ses charges sociales, ses impôts… Et quand, à des milliers de kilomètres, au Brésil ou dans des pays qui sont moins favorisés, comme l'Ukraine en ce moment, il y a des gens qui sont dans des situations contestables… vous faites un acte moral en faisant ça.

J'ai pris conscience de ça un soir où j'étais à la maison. Et j'ai vu mon fils se lever, répondre à la sonnerie… et qui est-ce que je vois ? Je vois un même jeune de son âge qui montait l'escalier, lui livrait à manger, du tout fait, qui a été fait dans une dark kitchen. Et je me suis dit : "c'est deux mondes, et c'est deux mondes tels que je ne veux pas les voir". Et donc, évidemment, je respecte les gens qui sont obligés de travailler comme ça et je leur dis "chapeau !". Mais c'est un modèle que je ne veux pas développer dans mon pays. Je préfère qu'on ait des gens qu'on connaisse et que les jeunes se mettent à manger des produits qu'ils savent nommer, pas des trucs qu'ils ont commandés sur Internet.

https://www.youtube.com/watch?v=RX0f5q6H9c0&t=1421s

Cliquez ici pour écouter l’invité de Périco Légasse dans son intégralité en podcast.

Retrouvez “Le face à face” de Périco Légasse chaque jour à 13h dans "La France dans tous ses états" sur Sud Radio.

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