Longtemps perçue depuis l’Europe comme un problème lointain, la désertification concerne désormais aussi la France. À mesure que les sécheresses s’installent, certaines pratiques éprouvées dans les régions arides pourraient inspirer une nouvelle façon de gérer l’eau et les territoires.
La désertification, un problème majeur sur notre planète
Le décor de cette COP17 est hautement symbolique. En Mongolie, près de 77% des terres sont dégradées. À l’échelle mondiale, environ 40% des terres émergées sont touchées par la dégradation, avec des conséquences directes sur l’agriculture, l’accès à l’eau et la sécurité alimentaire.
La France n’est plus extérieure au problème. Lors de la précédente COP, elle s’est déclarée "partie affectée par la désertification". Selon le ministère de la Transition écologique, 1% du territoire national est aujourd’hui affecté par ce phénomène. La COP17 entend notamment promouvoir une gestion intégrée de l’eau et des terres dans les zones arides et renforcer la capacité des paysages à retenir l’eau.
"Il y a de multiples méthodes pour empêcher la désertification"
Pour Jean-Daniel Cesaro, géographe au CIRAD et membre du Comité scientifique français de la désertification, les réponses ne reposent pas sur une solution miracle, mais sur un ensemble d’outils déjà expérimentés dans les territoires soumis depuis longtemps au manque d’eau. "Il y a à la fois de la technique. Donc, ça peut être effectivement des carottages, ça peut être des rétentions d’eau, ça peut être des mini-barrages. Ça peut être effectivement de la replantation de haies, de la reforestation, de l’agroforesterie, de l’agriculture de conservation… il y a de multiples méthodes !"
Autant de pratiques qui résonnent avec les défis français : ralentir le ruissellement, améliorer l’infiltration, protéger les sols de l’érosion et préserver l’eau disponible. La COP17 consacre d’ailleurs une journée entière à cette ressource, alors que, selon les projections reprises par le gouvernement français, trois personnes sur quatre dans le monde pourraient être confrontées à la sécheresse d’ici 2050.
"Il faut que cela soit porté au niveau des territoires, que les gens discutent"
Mais la principale leçon des zones arides est peut-être moins technique que politique. Dans des territoires où chaque mètre cube compte, l’adaptation suppose d’organiser collectivement le partage d’une ressource limitée.
Toujours à l'antenne de Sud Radio, Jean-Daniel Cesaro insiste : "Mais l’idée, c’est qu’il ne faut pas que les gens le fassent individuellement. Il faut que cela soit porté au niveau des territoires, que les gens discutent. Parce que si l’on ne discute pas, chacun fait à sa manière. Et après, c’est là que l’on se retrouve avec un pompage qui est privatisé, ou des gens qui vont aller prendre plus de ressources que les autres. On est plusieurs utilisateurs à utiliser, par exemple, l’eau. Il n’y a pas que les agriculteurs qui l’utilisent, il y a aussi les gens qui la boivent. Et donc, il faut répartir la ressource future. C’est ça, l’idée".
Cette gouvernance collective est précisément l’un des enseignements des recherches menées dans les régions sèches, où le CIRAD souligne l’importance de raisonner à l’échelle des territoires et de faire dialoguer usagers, scientifiques et pouvoirs publics. Pour la France, apprendre des pays arides ne signifie donc pas copier leurs modèles. Il s’agit plutôt d’intégrer une réalité qu’ils connaissent depuis longtemps : quand l’eau devient rare et imprévisible, il faut à la fois mieux la retenir, mieux protéger les sols et, surtout, décider collectivement de son partage.
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