Après des mois d’attentes, Marine Le Pen va enfin savoir aujourd’hui si la cour d'appel confirme ou non sa peine d'inéligibilité de cinq ans, ainsi que la peine de quatre ans de prison, dont une partie ferme, prononcée dans l'affaire des assistants parlementaires européens du FN. De cette décision dépend directement sa capacité à se présenter à la Présidentielle de 2027 et donc de savoir qui d’elle ou Jordan Bardella portera les couleurs du RN.
Marine Le Pen et Jordan Bardella sont « interchangeables »
Pourtant, à en croire les sondages, ce doute de premier ordre ne devrait pas avoir un impact sur la dynamique du RN, à minima au premier tour. Le politologue Brice Soccol n’est déterminant que sur le plan personnel pour Marine Le Pen. « Dans tous les sondages, que ce soit Marine Le Pen ou Jordan Bardella, ils sont aujourd'hui au-delà de 30 %, entre 33 % et 34 %. Et ils sont interchangeables », observe-t-il. « Il y a un vote d'adhésion d'une partie des Français au discours du RN », rappelle-t-il, ajoutant que cet électorat se distingue par sa fidélité aux idées du parti, davantage qu'à une personnalité.
Une interchangeabilité, documentée mois après mois par les baromètres Ifop-Fiducial pour Sud Radio, est précisément ce qui permet au RN d'aborder cette échéance judiciaire avec une forme de sérénité stratégique : quelle que soit l'issue pour Marine Le Pen, le socle électoral du parti, lui, ne semble pas menacé.
Une progression stable depuis l'automne
Les chiffres, suivis mois après mois par les baromètres Ifop-Fiducial pour Sud Radio, dessinent une trajectoire sans réelle inflexion. Dès le 2 décembre 2025, Jordan Bardella s'imposait en tête du classement des personnalités dont les Français souhaitent la candidature, avec 44 %, devant Marine Le Pen à 40 %. Derrière suivaient Édouard Philippe (37 %), Gabriel Attal (29 %) et Gérald Darmanin (26 %).
En mars, la tendance se confirme et s'accentue : Bardella progresse jusqu'à 36-38 % d'intentions de vote selon les hypothèses testées, quand Marine Le Pen passe de 33 % à 34-35 %, sous réserve d'une décision de justice qui lui serait favorable. Les deux dirigeants du RN creusent alors un écart net avec leur poursuivant le plus proche, Édouard Philippe, seul à apparaître en mesure de se hisser au second tour face à eux avec 16 à 19% des intentions de vote.
Une stabilité confirmée deux mois plus tard, en mai. Bardella conserve sa première place avec 44 % de souhaits de candidature, Le Pen se maintient à 39 %, Philippe recule légèrement à 36 %. Puis, le 29 mai, dernier baromètre en date avant le verdict, Bardella capte systématiquement entre 34 % et 35 % des intentions de vote au premier tour, dépassant même Marine Le Pen, elle-même créditée de 32 % à 33 %.
Des concurrents à la peine
L’avantage du Rassemblement National semble donc bien trop solide pour être fragilisé, même en cas d’inéligibilité de Marine Le Pen. D’autant que leurs concurrents font pâle figure face à eux. À droite et à l’extrême-droite, Bruno Retailleau peine à atteindre les 10% quand Dominique de Villepin, Nicolas Dupont-Aignan ou Éric Zemmour oscillent entre 1,5% et 5%.
Si Édouard Philippe et Gabriel Attal parvenaient à s’accorder sur un candidat unique, ils ne parviennent pas à dépasser les 20% d’intentions de votes (16-19% pour Philippe, 16% pour Attal). À noter qu’en cas d’union de la gauche hors LFI, Édouard Philippe bénéficierait d'un report de voix spectaculaire, grimpant jusqu'à 22 %.
À gauche et à l’extrême-gauche, Jean-Luc Mélenchon avance seul en tête, avec seulement 12,5 % à 15 % d’intentions de votes, loin devant Raphaël Glucksmann (9 % à 11 %), François Hollande (8 %), Olivier Faure (4 %) ou François Ruffin (3 %). Avec une candidature unique à gauche Glucksmann (12%) ou François Hollande (11%), resteraient derrière.