Le 28 janvier, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a récupéré une quinzaine d’oiseaux morts, victimes de mazout. Les analyses sont confiées au Cedre, centre spécialisé basé à Brest, et révèlent que le fioul retrouvé provient très probablement de l’Erika.
Une épave toujours au fond, toujours à risque
L’Erika a coulé le 13 décembre 1999, au large de la Bretagne, avec 30 000 tonnes de mazout à son bord. Le pétrolier s’est brisé en deux. Ses deux morceaux reposent toujours à environ 120 mètres de profondeur, à une cinquantaine de kilomètres au sud de la pointe de Penmarc’h.
Après la catastrophe qui a pollué plus de 400 kilomètres de côtes et tué jusqu’à 300 000 oiseaux, des opérations de pompage ont été menées pour retirer le fioul restant. Mais l’épave n’a jamais été totalement vidée. À cette profondeur, certains compartiments restent difficiles d’accès et peuvent encore contenir des hydrocarbures.
Alain Bougrain-Dubourg : "Extrêmement émouvant et inquiétant"
Parmi les oiseaux retrouvés, tous présentent des traces de mazout sur les plumes. Les experts du Cedre s’appuient sur la signature chimique des hydrocarbures, une véritable empreinte du fioul.
La Bretagne ayant connu de nombreuses marées noires, le Cedre dispose d’une base de données très fournie. Résultat : le fioul retrouvé correspond très probablement à celui de l’Erika. Interrogé par Sud Radio, Alain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux fustige : "c'est extrêmement émouvant et inquiétant"
La faute aux récentes tempêtes ?
Pourquoi maintenant ? Les récentes tempêtes pourraient avoir joué un rôle déclencheur. Les courants marins, les mouvements de sédiments et le vieillissement de l’épave peuvent fragiliser certaines zones du navire et libérer du mazout resté coincé depuis des années. Pour Alain Bougrain-Dubourg, l’image est claire : "c'est un naufrage qui tue deux fois d'une certaine manière".
Il ne s’agit pas d’une marée noire massive, visible depuis la surface, mais d’une pollution diffuse. Suffisante toutefois pour contaminer des oiseaux et rappeler que le danger n’a jamais totalement disparu.