C'est peu dire que Lucas Pinheiro Braathen détone dans le monde du ski alpin: caractère bien trempé, talent multi-cartes, le Brésilien sera l'une des attractions des disciplines techniques des JO-2026 de Milan Cortina, bien décidé à laisser une trace sur les pistes et en dehors.
Il a beau avoir remporté la Coupe du monde de slalom en 2023 et décroché six succès sur le circuit mondial, Braathen est (pour le moment encore) plus connu du grand public pour sa personnalité haute en couleurs que pour ses résultats.
Impossible d'évoquer son parcours sans revenir sur les deux coups de théâtre qui ont marqué sa carrière: sa décision de raccrocher les skis en 2023 à seulement 23 ans et son "come-back" quelques mois plus tard après avoir tourné le dos à la Norvège pour représenter le Brésil, le pays de sa mère.
Et tant pis si cela veut dire qu'il n'a plus les mêmes moyens avec la petite Fédération brésilienne qu'avec la puissante Fédération norvégienne. Et même tant mieux, a-t-il expliqué lors d'un entretien à l'AFP en septembre dernier.
"Cela a toujours été mon rêve d'être celui qui trace ma propre route. Je sais qu'elle est différente de la plupart des autres skieurs", expliquait-il en marge de la Fashion week milanaise.
- "Metteur en scène de mon équipe" -
Le Brésilien Lucas Pinheiro Braathen lors de la première manche du slalom de Coupe du monde de Schladming le 28 janvier 2026
ERWIN SCHERIAU - APA/AFP/Archives
"Vous ne pouvez pas espérer un autre résultat si vous faites la même chose que tout le monde (...) C'est ma nouvelle réalité, je suis le metteur en scène de mon équipe, de nos valeurs, je fais partie de la conversation et je ne me conforme plus aux approches définies par d'autres personnes", s'est réjoui le skieur né il y a 25 ans à Oslo.
Et cette nouvelle approche fonctionne. Le 16 novembre dernier, il s'est adjugé le slalom de Levi (Finlande) pour devenir le premier Brésilien à remporter une épreuve de Coupe du monde de ski alpin.
Et il aborde le slalom géant des JO-2026 samedi et le slalom lundi à la 2e place du classement général de la Coupe du monde et avec le statut de N.2 mondial du slalom.
Son objectif est maintenant de décrocher un titre dans un grand rendez-vous, ce qu'il n'est jamais encore arrivé à faire en deux participations aux Mondiaux et aux JO (abandons en slalom et géant en 2022).
"Aux JO comme dans un championnat du monde, cela se joue à quelques détails qui font la différence et dans un contexte comme ça, tout est important et il me manquait la dernière pièce du puzzle", estime Braathen.
En se libérant des contraintes norvégiennes, le phénomène, icone de la mode très occupé aussi en dehors des pistes avec Octo, sa marque de produits de beauté qu'il vient de lancer, pense avoir trouvé cette pièce manquante.
Il a aussi trouvé un soutien, inattendu vu de loin, de tout un pays où le football est l'incontesté sport-roi.
- Première pour le Brésil ? -
"Peu importe le sport dans lequel vous évoluez, si vous portez leur drapeau et si vous pouvez viser des victoires, les Brésiliens sont derrière vous", s'enflamme celui qui, après le divorce de ses parents, a passé une partie de son enfance à Sao Paulo.
"C'est précisément au Brésil que mon amour pour le sport s'est développé, avec le football, quelque chose d'unique et c'est pour cela aussi que je suis un athlète compétitif au niveau mondial", assure-t-il.
L'enjeu est de taille: Braathen peut offrir au Brésil sa première médaille lors des Jeux d'hiver.
Et à en croire le président de la Fédération brésilienne des sports de neige, Anders Petterson, il n'y a pas que le Brésil qui suit avec intérêt son parcours.
"Lucas ne représente pas que le Brésil, il représente toute l'Amérique du Sud. Ce n'est pas comme en football où il y a la rivalité entre le Brésil et l'Argentine", assure à l'AFP M. Petterson.
Mais lorsqu'il sera dans le portillon de départ, Braathen n'aura qu'une personne en tête, lui-même: "Dès que je commence à penser aux résultats, statistiques ou à mon pays, je me perds, je dois juste skier pour moi et pour la personne que je suis".
Par Taimaz SZIRNIKS, avec le bureau de Rio de Janeiro / Milan (Italie) (AFP) / © 2026 AFP