Dès le matin, la circulation devient compliquée aux abords de la cité médiévale au milieu des vignobles.
Dans ce décor de carte postale, les autocars se succèdent pour déverser des flots de touristes venus savourer un verre de vin chaud, croquer quelques bretzels - des pâtisseries salées traditionnelles - ou se prendre en photo devant les maisons à colombages.
"Il y a de plus en plus de monde", estime Marc, un habitant de 70 ans. "Ceux qui vivent du tourisme sont bien contents, pour les autres c'est pas évident", témoigne-t-il.
Le raz-de-marée touristique donne parfois aux habitants "l'impression de ne plus être chez soi", reconnaît le maire de la commune, Daniel Klack. "Mais ça fait du bien aussi", nuance l'édile, se réjouissant de la "manne économique" apportée par les visiteurs.
L'enjeu, c'est que "chacun vive l'un avec l'autre", touriste et habitant, pendant ces six semaines d'intense activité touristique.
Alors, la mairie a innové. Une artère du centre-ville a été rebaptisée "rue du silence" pour permettre de "souffler un petit peu".
"Habitants au repos, merci de votre discrétion", "keep calm and eat bretzels", peut-on lire sur des petits panneaux accrochés dans cette ruelle où le niveau sonore est loin du brouhaha de la rue principale.
La mesure fait suite à une consultation citoyenne destinée à identifier les problèmes engendrés par le marché de Noël, et tacher d'y remédier.
Face aux difficultés de circulation et de stationnement, des navettes ont été mises en place et, pour améliorer la propreté, des cendriers de poche sont distribués gratuitement.
"On essaye de s'améliorer", expose le maire.
- "Contenter tout le monde " -
Pourtant, Riquewihr ne cherche plus à attirer les visiteurs, déjà nombreux à affluer des quatre coins de la France mais aussi d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne ou de Suisse.
"On ne fait plus de communication parce que les pics d'affluence sont toujours difficiles à gérer et ne sont pas toujours acceptés par les habitants", explique Laurianne Gross, directrice de l'office de tourisme local.
Elle tâche d'orienter les touristes vers "des marchés de Noël un peu plus confidentiels" dans les environs, et les invite à venir en semaine plutôt que le week-end, quand c'est possible.
Dans certains villages, le marché de Noël n'est ouvert qu'en fin de semaine pour limiter les flux.
"Je tiens comme à la prunelle de mes yeux à ce qu'il n'y ait pas de marché de Noël en dehors des vendredis, samedis, dimanche pour que les habitants puissent vivre normalement la semaine", explique Martine Schwartz, la maire de Kaysersberg Vignoble.
Le dispositif de sécurité, nécessaire face à la menace terroriste persistante, "est très contraignant: on a du mal à circuler, à se garer, à rentrer chez soi".
Kaysersberg et Riquewihr font partie des villages alsaciens les plus prisés des touristes. L'an dernier, près de 4 millions de personnes ont visité les marchés de Noël du département du Haut-Rhin.
C'est le troisième séjour pour Dany et Katie Guyot, un coupe de Français venu des Alpes (sud-est) de 50 et 54 ans, attirés par "la féérie et la beauté des villages".
"Il y a énormément de monde" constate Dany qui estime qu'il reste des progrès à faire en matière de stationnement. "Ca manque cruellement de places!"
Venue d'Argentan, en Normandie (ouest), pour quatre jours, Lisa Queruel, 37 ans, compte "visiter tous les petits villages de Noël autour de Colmar et Strasbourg"
"On ne s'attendait pas à autant d'affluence", admet la trentenaire qui s'adapte en partant "plutôt de bonne heure" et en faisant "des pauses de temps en temps, parce que c'est assez étouffant".
Mais elle ne regrette pas sa venue: décorations de Noël, illuminations... "on en prend plein les yeux!"