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Sansal explique son départ de Gallimard par une "divergence" de stratégie durant sa détention

Un divorce lié à une "divergence" sur sa détention en Algérie: l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a justifié mardi son départ de Gallimard pour Grasset par la stratégie choisie par son éditeur historique pour le faire libérer.

ROMEO BOETZLE - AFP/Archives

Un divorce lié à une "divergence" sur sa détention en Algérie: l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a justifié mardi son départ de Gallimard pour Grasset par la stratégie choisie par son éditeur historique pour le faire libérer.

Après un an de prison et de longues démarches diplomatiques initiées par l'éditeur Gallimard et le monde de l'édition, l'écrivain avait été gracié en novembre dernier par le président algérien Abdelmadjid Tebboune.

"Antoine Gallimard a privilégié, pour me défendre, une démarche diplomatique que je comprends et respecte. Mais elle ne correspond pas à la ligne de résistance que j'ai fermement assumée face au régime violent et cruel d'Abdelmadjid Tebboune", écrit l'écrivain de 81 ans dans une tribune publiée par Le Monde.

L'annonce de ce transfert dans le monde de l'édition s'était faite vendredi, à l'occasion de la célébration à Paris du 200e anniversaire d'Hachette Livre, à laquelle appartient Grasset. Numéro un français de l'édition, Hachette Livre figure dans le portefeuille des sociétés du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

"La divergence qui explique aujourd'hui mon départ est née pendant ma détention en Algérie. Entre Gallimard et moi s'est interposée cette épreuve", poursuit Boualem Sansal, défendant une "position de principe: pas de soumission, pas de négociation. Quitte à rester en prison".

- "Inacceptable" -

Le fait d'avoir été gracié à la suite de démarches diplomatiques est pour lui "profondément insatisfaisant".

Le patron de la maison d'édition Gallimard, Antoine Gallimard, le 11 avril 2025 à Paris

Le patron de la maison d'édition Gallimard, Antoine Gallimard, le 11 avril 2025 à Paris

Ludovic MARIN - POOL/AFP/Archives

"Face au régime qui m'a emprisonné, ma conviction était simple: dire les choses clairement, nommer la dictature et refuser toute logique de négociation qui aurait fait de moi une monnaie d'échange", ajoute l'octogénaire. "Au lieu d'un acquittement clair qui aurait reconnu mon innocence, j'ai été gracié. Autrement dit, je suis libre de fait mais juridiquement condamné à cinq années de prison".

L'auteur d'une trentaine de livres, élu en janvier à l'Académie française, se dit aujourd'hui "exilé de mon pays, privé de ma nationalité algérienne et empêché d'y retourner", une situation qu'il juge "moralement et juridiquement inacceptable".

Pour ces raisons, l'écrivain naturalisé français en 2024 a donc préféré quitter son éditeur historique.

"Au moment de nous séparer, Antoine Gallimard et moi nous sommes serré la main en nous disant +sans rancune+, comme deux gentlemen qui se respectent", raconte-t-il dans sa tribune.

L'éditeur avait réagi avec "tristesse et déception" à l'annonce de son départ.

"On est face à un homme qui a vécu probablement les pires choses qu'on puisse imaginer et qui donc vraiment a décidé de tirer un trait, si je puis dire, sur son passé", avait estimé vendredi Arnaud Lagardère, le PDG de Hachette Livre, en annonçant le transfert de l'écrivain chez Grasset.

- "Ligne de résistance" -

Pendant plusieurs mois, Gallimard et le monde de l'édition s'étaient mobilisés pour obtenir la libération de M. Sansal, condamné par Alger à cinq ans de prison pour "atteinte à l'unité nationale".

L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, le 4 décembre 2025 à Paris

L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, le 4 décembre 2025 à Paris

BERTRAND GUAY - AFP/Archives

Dans sa tribune au Monde, il explique pourquoi son prochain ouvrage, qui racontera "cette épreuve" de la détention et les choix qu'elle lui a "imposés", ne peut pas être édité chez Gallimard.

"Mon livre est un livre de combat. Il assume clairement la ligne de résistance que j'ai choisie face au pouvoir d'Alger. Publier un tel texte dans une maison qui, durant ma détention, avait privilégié une démarche différente aurait introduit une ambiguïté", justifie-t-il, estimant que Grasset partage sa "ligne de clarté et de combat".

"C'est dans cet esprit que s'est faite ma rencontre" avec ce futur partenaire, poursuit-il, ajoutant vouloir "dénoncer ceux qui instrumentalisent (son) changement d'éditeur pour viser Vincent Bolloré dans des querelles qui ne (le) concernent pas".

"Je ne le connais pas et ne l'ai jamais rencontré", insiste l'écrivain dissident, admirateur de Camus et Orwell, polémiste révéré par les droites françaises. "Aujourd'hui, je m'efforce de me reconstruire et de recouvrer pleinement ma liberté".

Par Laure BRUMONT / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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