Un Rafale s’approche de la perche d’un avion ravitailleur pour faire le plein de kérosène et étendre son rayon d’action, condition indispensable à une frappe nucléaire à longue distance...
Dans la nuit de lundi à mardi, l'armée de l'Air et de l'Espace a mené l'exercice Poker, destiné à entraîner ses forces aériennes stratégiques à un raid nucléaire, une manoeuvre exceptionnellement ouverte à quelques médias dont l'AFP.
Quarante avions Rafale, Mirage 2000, avion-radar Awacs et ravitailleurs A330 MRTT ont été mobilisés au-dessus d'une grande partie du territoire français tout au long de la nuit pour mener ce raid nucléaire fictif.
Un avion de chasse Rafale de l'armée de l'air française s'approche en vol de la perche d'un avion ravitailleur militaire A330 MRTT Phenix lors de l'exercice "Poker" au-dessus de la France, le 17 mars 2026
ALAIN JOCARD - AFP
L'intense mobilisation de l'armée de l'Air française sur d'autres théâtres, notamment en appui aux pays partenaires dans le Golfe sous le feu des drones iraniens, n'y change rien: Poker est répété quatre fois par an depuis la première prise d'alerte de la composante nucléaire aéroportée en octobre 1964.
"C'est un moyen de démontrer à notre adversaire notre capacité à exercer la mission" et donc d'assoir la "crédibilité opérationnelle" de la dissuasion française, explique le commandant en second des FAS, le général Etienne Gourdain, à l'occasion d'une rare ouverture de cet entraînement aux médias.
"On s'inscrit dans la dynamique du président de la République", chef des armées et unique détenteur du bouton nucléaire, commente-t-il.
Des pilotes à bord d'un avion ravitailleur militaire A330 MRTT Phenix lors de l'exercice "Poke" au-dessus de la France, le 17 mars 2026
ALAIN JOCARD - AFP
Dans un discours consacré début mars à la doctrine de dissuasion française, Emmanuel Macron a annoncé une augmentation à venir du nombre de têtes nucléaires face à l'accumulation des menaces et exposé le concept de "dissuasion avancée", associant huit pays européens mais "sans aucun partage de la décision ultime".
Cette dissuasion avancée offre "la possibilité pour les partenaires de participer aux exercices de la dissuasion" tels que Poker ou encore de "déploiements de circonstances" d'éléments des FAS dans les pays partenaires pour compliquer les calculs de l'adversaire, selon le chef de l'Etat.
Des responsables britanniques ont déjà pu, pour la première fois, assister au précédent Poker en décembre.
- "Éviter d'être accroché -
Rassemblé au coeur de la nuit au-dessus de la Bretagne, le raid d'avions Rafale censés porter le missile nucléaire et les chasseurs d'escorte descend la façade atlantique, longe les Pyrénées jusqu'à la Méditerranée.
Le logo de l'Armée de l'air stratégique sur la veste d'un pilote à bord d'un avion ravitailleur militaire A330 MRTT Phenix lors de l'exercice "Poker" au-dessus de la France, le 17 mars 2026
ALAIN JOCARD - AFP
"Si on déplie l'ensemble du profil de vol, cela correspond à la distance effectuée lors de l'opération Hamilton", un raid mené en 2018 depuis la France contre des sites d'armes chimiques en Syrie, relève le colonel Clément, membre des FAS dont le patronyme ne peut être révélé.
Au petit jour, huit chasseurs Rafale viennent se ravitailler tour à tour. Puis ils plongent à très basse altitude et grande vitesse vers le centre de la France pour effectuer un tir simulé du missile de plusieurs centaines de kilomètres de portée.
"On peut descendre à 50 mètres du sol en entraînement, moins en opération, on utilise le relief pour éviter d'être accroché" par les radars ennemis, détaille le colonel Clément.
La force adverse est constituée de chasseurs et de systèmes de défense aérienne réels ou simulés par des camions qui émettent des ondes électromagnétiques reproduisant, par exemple, les S-400 russes.
La navigation GPS et la liaison de données entre avions est brouillée, les liaisons radio perturbées.
Un avion de chasse Rafale de l'armée de l'air lors de l'exercice "Poker" au-dessus de la France, le 17 mars 2026
ALAIN JOCARD - AFP
Des tirs fictifs de missiles sont échangés. Il y a des pertes, tenues secrètes. "On envisage que tout le monde ne réussisse pas à atteindre l'objectif", se contente d'admettre le colonel Clément.
Poker sert à "tester notre capacité à agir en mode dégradé en très haute intensité" plaide le patron des FAS, le général Stéphane Virem, en visioconférence depuis son PC d'où il supervise le raid.
Tous les renseignements recueillis et analyses sont injectés dans les scénarios d'exercices pour "confronter les équipages à des tactiques adverses denses et réalistes", selon lui. "La seule chose que l'on n'est pas autorisé à faire, c'est le vol avec une arme nucléaire réelle".
Par Mathieu RABECHAULT / A bord d'un avion militaire (France) (AFP) / © 2026 AFP