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Guerre contre l'Iran : les Gardiens de la révolution toujours debout

Par Anthony Martins-Misse

ANALYSE SUD RADIO - Malgré les pertes matérielles immenses en Iran, les Gardiens de la Révolution conservent leur pouvoir de nuisance et restent la colonne vertébrale, politique et financière de la République islamique.

Les Gardiens de la Révolution veillent toujours sur l'Iran
Les Gardiens de la Révolution veillent toujours sur l'Iran

C’est une armée qui ne dit pas son nom, mais qui dicte le pouls de la nation. Depuis sa création en 1979, au lendemain de la révolution islamique, le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC en anglais) n'a cessé de muter. Né de la défiance de l'ayatollah Khomeini envers une armée régulière héritée du Chah, ce corps d'élite avait une mission originelle claire : être le rempart idéologique du nouveau pouvoir. Quarante-sept ans plus tard, les « pasdaran » ne se contentent plus de défendre les frontières : ils sont devenus la colonne vertébrale, politique et financière de la République islamique.

Plus de 200.000 hommes

Le gigantisme de l’organisation défie les statistiques officielles. Si les analystes occidentaux estiment le noyau dur militaire à environ 125 000 hommes, ce chiffre ne reflète que la partie émergée de l'iceberg. À ce dispositif s'ajoute le Basij, cette force paramilitaire de 90 000 actifs capable de mobiliser des millions de réservistes. Dans les universités, les administrations ou les coins de rue, les Gardiens sont partout.

« L'IRGC n'est pas seulement une force militaire, c'est une structure sociopolitique conçue pour neutraliser l’intérieur autant que pour dissuader l’extérieur », résumait récemment un rapport du renseignement européen. Cette omniprésence garantissait à l’ancien Guide suprême, Ali Khamenei, une loyauté sans faille, là où les institutions civiles pourraient vaciller.

Un titan économique et tentaculaire

Le véritable pouvoir des Gardiens réside peut-être moins dans leurs fusils que dans leurs coffres-forts. À travers leur bras armé industriel, le conglomérat Khatam al-Anbiya, ils contrôlent les chantiers de construction, les métros et les infrastructures gazières du pays. Selon les données compilées par Reuters, le complexe militaro-industriel et les fondations religieuses (bonyads) contrôleraient entre un tiers et la moitié du PIB iranien.

Plus important encore, l'emprise sur l'or noir s'est durcie. Une enquête publiée en décembre 2024 révèle que l'IRGC capterait désormais jusqu’à 50 % des exportations de pétrole via une « flotte fantôme » de tankers aux pavillons opaques. Ce circuit parallèle permet au régime de financer ses opérations régionales malgré les sanctions internationales, transformant le pétrole en une arme de survie institutionnelle. Une méthode qui n’est pas sans rappeler celle des Russes, eux aussi sous sanctions internationales depuis le conflit en Ukraine. 

« On ne détruit pas une idéologie avec des missiles de croisière »

L'attrition est pourtant réelle. Depuis le 28 février, les Gardiens font face à une offensive massive. Le Pentagone et le Parlement britannique font état de plus de 10 000 frappes ciblant les centres de commandement et les sites de lancement. Mais l'organisation a été bâtie pour la survie.

« On ne détruit pas une idéologie avec des missiles de croisière », tempère un diplomate en poste dans la région. L'attention des services de renseignement se porte désormais sur les « cités souterraines », ces complexes enfouis sous des centaines de mètres de roche où sont stockés les missiles balistiques.

Malgré les pertes matérielles, les Gardiens conservent leur pouvoir de nuisance. Pour eux, le blocage d'Ormuz n'est pas qu'une manœuvre militaire, c'est un levier géopolitique total. En tenant le robinet de l'énergie mondiale, ils rappellent à la communauté internationale que leur survie est indissociable de la stabilité des marchés mondiaux. Un pari risqué, où l'économie mondiale est prise en otage d'une survie confessionnelle.

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