Le 6 octobre 1978, l’ayatollah Khomeini, principal opposant au shah d’Iran, est accueilli en France. Il s’installe à Neauphle-le-Château (en région parisienne) où le rejoignent plusieurs de ses disciples. Moins de quatre mois plus tard, un avion d'Air France atterrit à Téhéran avec à son bord une cinquantaine de collaborateurs du futur guide suprême de la révolution islamique. Khomeini est accueilli en héros, c'est l'acte fondateur de la République Islamique d'Iran. Un point de bascule que de nombreux Iraniens reprochent aujourd'hui encore à la France, avec le sentiment profond d'avoir trahi Mohammad Reza Pahlavi.
Grand reporter, spécialiste du Moyen-Orient et co-auteur avec Jean-Marie Montali de "Paris-Téhéran : Le grand dévoilement 50 ans de falsification française sur l'Iran", Emmanuel Razavi revient sur cet épisode au micro de Sud Radio, avec comme question en toile de fond : la France est-elle encore et toujours complaisante avec la dictature iranienne ?
"Michel Foucault qualifiait Khomenei de ''saint" alors qu'il annonçait très clairement une dictature islamique"
"Avec Jean-Marie Montali, nous avons fait notre enquête. On a relu les papiers d’intellectuels et de journalistes français de gauche qui ont couvert la révolution islamique de 1978-1979, raconte Emmanuel Razavi. Et ce qu’on voit est accablant : des textes écrits sans connaissance sérieuse de l’Iran, avec des faits non vérifiés, et une lecture idéologique. À l’époque, les intellectuels s’étaient engagés parce que c’était une révolution. C’était une gauche révolutionnaire en France. Je rappelle que Sartre et Foucault ont soutenu l’Ayatollah Khomeini en 1978. Il était accueilli en région parisienne. Son retour à bord d’un avion Air France était un vrai symbole."
"L’ayatollah Khomeini écrivait sur les homosexuels qu’il fallait les décapiter à l’épée"
À l’époque, Michel Foucault le qualifiait de "saint" qui allait ramener une forme de démocratie en Iran, alors que son projet est déjà lisible. Il annonce très clairement une dictature islamique. Il écrit noir sur blanc des choses d’une violence idéologique extrême, notamment sur la mise à mort des homosexuels. Il suffisait de faire traduire, puis de lire. À la même époque, l’ayatollah Khomeini écrivait sur les homosexuels qu’il fallait les décapiter à l’épée, les jeter d’un endroit élevé mains et jambes attachées ou les brûler. Sartre et Foucault n’avaient pas lu ces textes ? Sartre était un des co-fondateurs de Libération. Il avait une fascination pour Ali Shariati, considéré comme l’un des inspirateurs de la révolution islamique. Il fonde une organisation qui s’appelle «les adorateurs socialistes d’Allah».
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"Je ne suis pas en train de blanchir le Shah, juste de rappeler des faits"
"Cet aveuglement se poursuit pendant des années. Avec ce refus de voir que des islamistes «opprimés» peuvent devenir des bourreaux. Je ne suis pas en train de blanchir le Shah, juste de rappeler des faits. C’était un roi, certes autoritaire. Mais à quoi le compare-t-on ? À un régime théocratique corrompu de haut en bas et responsable de centaines d’attentats terroristes via ses proxys. Les mêmes mécanismes se poursuivent. On répète des éléments de langage du régime iranien, et on invisibilise l’opposition. Reza Pahlavi est sans cesse discrédité, présenté comme un pantin des Occidentaux. On tape sur lui avec de faux arguments : «il n’a pas de programme». C’est faux. Il a publié un programme d’une centaine de pages, avec un projet démocratique et d’union nationale. «C’est un fantasme de la diaspora, personne n’en veut en Iran» : c’est faux."
"89% des Iraniens veulent la démocratie"
"Un rapport datant de 2024 de l’institut Gamaan sur les préférences politiques des Iraniens (de l’intérieur du pays) indique que 31% soutenaient Reza Pahlavi, et que 89% veulent la démocratie. Autre exemple : on entend beaucoup qu’il n’y aurait «pas d’opposition iranienne». La menace d’un «scénario à l’irakienne» est souvent rappelée. Cela ressemble davantage à un élément de langage du régime qu’à une réalité : «si on tombe, ce sera le chaos». C’est faux. Il y a plus d’une vingtaine de mouvements d’opposition. La sociologie iranienne n’a rien à voir avec l’Irak, la Syrie ou la Libye. L’Iran est très éduqué, et possède une élite solide, y compris dans les oppositions ethniques kurdes, azéries, baloutches ou turkmènes.”
"Mais plus de cinquante ans plus tard, le regard sur l’Iran est-il toujours biaisé ? "Bien sûr, vous avez aujourd’hui des gens qui, à longueur de journée, invoquent le droit international pour expliquer qu’il ne fallait pas d’intervention. Mais la réalité est que les mollahs ont massacré des dizaines de milliers d’iraniens, au moins 35000, les 8 et 9 janvier derniers. C’est un massacre de masse, un crime contre l’humanité."
"Les Gardiens de la révolution n’ont rien à envier aux SS"
"Sur les plateaux de télévision, on a complètement invisibilisé l’opposition iranienne, poursuit Emmanuel Razavi, grand reporter et spécialiste du Moyen-Orient, co-auteur avec Jean-Marie Montali deParis-Téhéran : Le grand dévoilement, 50 ans de falsification française sur l'Iran.”(Editions du Cerf). On dit que Reza Palhavi n’a pas de programme. Il n’y aurait pas d’opposition kurde ou baloutche. Nos politiques de gauche et d’extrême-gauche sont toujours complaisants avec ce régime totalitaire. Dominique de Villepin n’a pas de proche ou de famille en Iran. Il fait de belles phrases. Nos proches sont persécutés, massacrés. Si on l’écoute, il n’y aurait jamais eu de débarquement allié en France. C’est absolument idiot."
"Les Iraniens, une majeure partie et notamment de l’intérieur, veulent être libérés de ce régime qu’ils considèrent comme un régime d’occupation. Je suis d’origine iranienne. J’ai honte pour Villepin ou Mélenchon. Ces gens cherchent à faire campagne en tapant sur Israël. Le régime iranien est comparable au régime nazi. Les Gardiens de la révolution n’ont rien à envier aux SS."
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