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"De l'esclavage moderne !" : un éleveur de poulets dénonce une filière à "bout de souffle" après la canicule

Par Benjamin Glaise

ENTRETIEN SUD RADIO - Hausse des coûts, baisse des marges, canicule... Nicolas Jensou, éleveur de poulets fermiers, alerte sur les difficultés de la filière.

"De l'esclavage moderne !" : cet éleveur de poulets fermiers dénonce une filière à "bout de souffle"

"La canicule a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase !" : Nicolas Jensou, éleveur de poulets fermiers, témoigne des difficultés qui frappent la filière au micro de Sud Radio. Entre la hausse des coûts de production, la baisse des revenus et la canicule, son exploitation est considérablement fragilisée.

"J'ai perdu 160 volailles en une semaine !"

Quel bilan tirez-vous de cette canicule sur votre exploitation ?

"Au-delà des pertes économiques, j'ai perdu 160 volailles en une semaine. À cela s'ajoutent les conséquences de la sécheresse, qui affecte les autres cultures et les productions en cours. C'est préoccupant. L'arboriculture souffre également, tout comme les grandes cultures. C'est un problème généralisé qui impacte l'ensemble de l'exploitation. Et ce qui est particulièrement inquiétant, c'est que cet épisode de fortes chaleurs devrait se poursuivre la semaine prochaine et durer."

C'est un choc ?

"Oui, c'est un choc, moralement. La veille, quand on sait qu'ils annoncent de telles températures pour le lendemain, on travaille toute la nuit. On ne dort pas, on a mal au ventre. Je n'arrivais même pas à ouvrir la porte du bâtiment. C'est un jeune qui travaille avec moi qui l'a fait à ma place."

Au-delà de l'impact sur les animaux, quelles sont les conséquences financières ?

"Pendant l'épisode de fortes chaleurs, on entendait les animaux crier"

"Avant de penser à l'aspect financier, on pense au bien-être des animaux et à la souffrance qu'ils endurent. Pendant l'épisode de fortes chaleurs, on les entendait souffrir, on les entendait crier. C'est ce qui fait le plus mal au moral. Ensuite, bien sûr, il y a les conséquences financières. C'est notre métier, c'est ce qui nous permet de vivre."

"Quand on perd 150 à 160 poulets, cela représente l'équivalent d'un mois de salaire"

Au-delà de la canicule, vous avez aussi du mal à en vivre de votre élevage ?

"Oui, on pousse de plus en plus vers des productions industrielles. Il y a de moins en moins de production de qualité. Et puis on a ce qu'on appelle l'effet ciseau : les produits dits "de luxe" sont moins rémunérateurs, et en plus de ça, les charges explosent. On n'arrive plus à s'y retrouver.

Quand vous faites un peu moins de 300 000 euros de chiffre d’affaires sur ces productions, et qu'il vous reste 7 ou 8 000 euros de revenu en ayant des résultats cohérents, ce n'est pas logique."

"On fait de l'escalagisme moderne !"

"C'est aberrant ! C'est de l'escalagisme moderne ! Ils nous exploitent au maximum. Ils savent qu'on fait un métier de passion, avec dévouement, avec les tripes, avec le cœur. Et qu'au fil des années, on doit faire plus de volailles par an, plus de poids. Et qu'au final, il ne nous en reste presque rien."

Ce sont les coopératives que vous pointez du doigt ?

"Oui, coopératives et privés ! C'est surtout ce système-là où, quand on vend un poulet que le consommateur va payer entre 15 et 20 euros, nous, au final, il nous reste entre 10 et 20 centimes par poulet, au mieux, dans la poche !"

"L'espoir fait vivre"

Qu'est-ce qui vous fait tenir, la passion du métier ?

"Oui, on fait un métier de dévouement et de passion. Je me lève à 5 heures le matin, on se couche à minuit. Et malgré ces conditions, on fait ça toute l'année. Mais je ne suis pas le seul. J’ai le soutien de mes proches, de ma famille. Je suis un mordu de ça. Pour l'instant, tant que j'arrive à joindre les deux bouts, je reste dans ce métier, convaincu. On garde toujours l’espoir, l'espoir fait vivre, comme on dit."

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