Le Rugby Club Toulonnais est de retour sur la grande scène européenne. Une décennie après ses sacres, le RCT aborde une demi-finale face au Leinster (ce samedi à 16h, à suivre surSud Radio, la radio du rugby) avec un mélange d’incertitudes et d’ambitions. Portée par une dynamique printanière retrouvée et un supplément d’enthousiasme dans le jeu, l’équipe varoise semble avoir changé de visage au meilleur moment.
Face à elle, la machine irlandaise du Leinster, référence de constance et de rigueur depuis des années, représente un défi d’une tout autre nature que ne manque pas de décrypter Daniel Herrero, voix du rugby sur notre antenne. Invité de Jules Boscherini et Maxime Lledo dans Le Grand Matin week-end, il donne les clés de la rencontre.
Daniel, 11 ans après, Toulon retrouve le dernier carré européen. Mais est-ce que le RCT est prêt ?
Effectivement, après quelques heures de gloire où cette équipe avait conquis le titre européen trois fois d'affilée, Toulon a traversé une assez longue période, une dizaine d'années, un peu entre les figues et les raisins, entre le moyen et le pas trop mal, mais jamais dans le transcendant. Et puis là, va savoir que cette année, après une période automnale et hivernale plutôt moyenne, le Rugby Club Toulonnais se retrouve en ce début de printemps avec un regain de fraîcheur, on ne sait pas bien trop d'où ça vient. Un regain d'appétit, une modification un peu de sa structure collective, une équipe qui était assez en place, mais peut-être avec quelques signes d'usure.
Et puis, regain de printemps, jeu augmenté, sérénité dans le combat, et l'équipe de Toulon, sur ses valeurs historiques : la grande combativité et l'agressivité permanente, a ajouté aussi un peu de jeu et un peu d'enthousiasme à la construction. Et bien va t'en voir qu'ils sont en demi-finales de la coupe d'Europe, et qu'ils sont authentiquement, non pas favoris même pas des outsiders, mais ils sont des rivaux incontestables pour se qualifier pour la finale.
🏉Toulon a rendez-vous avec le Leinster pour une place en finale de la #ChampionsCup
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La grande histoire du RCT c'était il y a plus de 10 ans, aujourd'hui c'est une autre équipe qui va tenter d'écrire son histoire. Comment faut-il aborder ces Irlandais ?
Les choses, le temps, les hommes, les techniques, et même les modalités, j'allais dire, de préparation d'un collectif, ont évolué depuis une dizaine d'années. Les Irlandais ont une caractéristique, on ne peut pas dire des valeurs traditionnelles de la pratique sportive, qui est : on construit, on bâtit, et puis une fois qu'on a construit, qu'on bâtit, on profite de cette robustesse conquise par le travail.
L'équipe du Leinster, c'est-à-dire Dublin, la province de Dublin, elle est en place depuis maintenant une dizaine d'années, ou 7 ou 8 ans, de façon constante, régulière, rigoureuse. C'est quasiment à deux tiers l'équipe nationale d'Irlande. Ils sont extrêmement en place, méthodiques, rigoureux, appliqués, ils ont un type de jeu bien connu.
Simplement, ils fluctuent un petit peu avec, j'allais dire, les mécanismes de l'usure. Ils ont, dans les temps récents, la dernière année ou les deux dernières années, manifesté un petit repli, tu vois, sur la qualité de leur rugby. Et là, depuis quelques temps, depuis deux ou trois mois, ils retrouvent ce talent, cet enthousiasme qui fait de Dublin une équipe qui, chez elle, dans sa maison, sera quand même extrêmement redoutable. Parce qu'ils ont une méthode, une rigueur, une discipline très largement mises en place depuis des lustres, et en même temps, ils ont un appétit de jeu qui s'est renouvelé ou qui s'est réactivé dans les temps récents.
Toulon est en regain, le Leinster est en tradition, ça pourrait nous donner la demi-finale, certes extrêmement robuste, et peut-être même très enlevée.
Côté Leinster, il y a quelques absents de marque, on pense à Tadhg Furlong ou James Lowe. Est-ce que ça peut jouer en faveur de Toulon ?
Ce sont des équipes qui ont des collectifs de 25, 28, 30 joueurs, qui quand même tournent beaucoup depuis des lustres. Là, tu viens d'en citer deux ou trois, un pilier droit dans une équipe de rugby de haut niveau, c'est un poste très conséquent.
Furlong est un joueur extrêmement confirmé, robuste, et qui donne à tout le secteur de la mêlée de cette équipe du Leinster une confiance, une robustesse et même une potentialité d'ascendance. L'absence de ce joueur-là est quand même assez préjudiciable. Et James Lowe, qui lui est un trois-quart aile avec un remarquable jeu au pied.
Il me semble que dans les rotations constantes de ces collectifs-là, il n'y a pas de grande altération sur le contenu. Peut-être sur le brio d'un ou deux, mais sur le contenu, je ne crois guère. Toulon, à la limite, est un peu plus handicapé, un peu plus en modification, je dirais. Tu vois, 3 ou 4 joueurs à Toulon sont absents, je pense, au pilier gauche (Dany) Priso, je pense au jeune arrière (Marius) Domon, je pense même un peu à Gabin Villière, qui sont quand même des joueurs assez importants pour ne pas dire clés de ce système.
Mais je crois aujourd'hui, me semble-t-il, à cette période de l'année, quand on arrive en milieu de printemps, sur la dernière ligne droite, je crois que ces deux équipes sont au complet.
Oui, parce que même s'il y a quelques absents aussi à Toulon, ils enregistrent tout de même le retour d'Ollivon. À la mêlée, il va y avoir l'expérience de Ben White, qui est titulaire à la place de Serin. Il y a aussi Gael Dréan à l'aile. Finalement, elle a aussi beaucoup d'arguments, cette formation toulonnaise...
On peut dire que Toulon est une équipe qui s'est un petit peu cherchée. Ça veut dire qu'il y a eu, sur des postes clés, des rotations presque constantes. À Toulon, il y a deux demi-demi-mêlées remarquables, Baptiste Serin et Ben White, de l'équipe d'Ecosse. Ils ont tourné sur l'ensemble de la saison avec des degrés divers de réussite suivant leur forme et leur santé, leur période nationale et internationale. Sur ce secteur-là, Toulon est en place.
Je pense effectivement à ce que tu disais. Il y a quand même des attributs qui peuvent donner un potentiel brio. Et il est, sur Toulon, presque à l'exclusive autour de ce joueur qui s'appelle Gaël Dréan. Trois-quart aile extrêmement puncheur, qui a déjà maintenant deux saisons d'activité à un très haut niveau.
🏉Toulon joue sa place en finale de #ChampionsCup au Leinster cet après-midi
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Il a côtoyé l'équipe nationale et il a un potentiel exploit assez fort celui-là. C'est-à-dire que derrière le jeu collectif d'une équipe qui doit faire l'essentiel de la performance, tu as ce potentiel exploit de deux ou trois joueurs, notamment de Gaël Dréan et peut-être même de Melvyn Jaminet, avec une qualité de jeu au pied qui pourrait faire, si le match est très à l'équilibre, une potentielle différence.
On dit souvent que les grands matchs se jouent sur des détails. Sur quoi va se jouer cette demi-finale ?
Alors celle-là de question, elle est bonne, mais elle est délicate. Parce que ces deux équipes ont, je dirais, sur toutes les bases du jeu, quand même une grande robustesse qui leur donne ce niveau. Elles ne sont pas en demi-finales de la Coupe d'Europe par hasard.
La grande robustesse, ça veut dire que la conquête est bonne. Ces deux équipes qui sont bonnes en touche, qui sont bonnes en mêlée, qui sont plutôt bonnes sur les renvois, ça peut fluctuer à la marge.
Maintenant, on sait par exemple que, surtout l'aérien, c'est-à-dire les renvois, les récupérations de chandelles... Il se distribue dans un match entre 10 et 15 ballons. Ces deux équipes sont capables d'en prendre l'essentiel. Mais quand elles vont jouer l'une contre l'autre, ça peut se jouer à une répartition délicate.
Toutes les actions, notamment les actions à caractère potentiel de construction, c'est-à-dire quand tu as une mêlée proche de la ligne, peuvent s'avérer décisives. Je pense que le secteur de base, quand tu joues contre ces équipes, c'est l'extrême qualité de la conquête et la capacité à construire du jeu quand tu es dans des situations de domination.