Souvent critiqué pour la faiblesse, voire l'absence de son impôt sur les sociétés en France au regard de ses énormes bénéfices mondiaux, TotalEnergies met en avant sa contribution à l'économie internationale, mais demeure au cœur du débat sur la taxation des "super-profits".
Son PDG Patrick Pouyanné était auditionné mercredi par la commission des finances de l'Assemblée nationale sur la fiscalité des multinationales et leurs bénéfices.
TotalEnergies paie-t-il des impôts?
Oui. TotalEnergies le martèle, il paie beaucoup d'impôts dans le monde, environ 25 milliards de dollars en moyenne annuelle d'impôts sur les sociétés et taxes à la production entre 2022 et 2025, d'après la direction du géant pétro-gazier, qui fait un chiffre d'affaires d'environ 200 milliards de dollars par an.
En 2024, les pays à qui il devait le plus d'impôts sur les sociétés étaient principalement des États producteurs d'hydrocarbures : Norvège (3,5 milliards de dollars), Nigeria (1,34 milliard), Royaume-Uni (1,3 milliard) et Angola (698 millions), selon sa documentation financière.
Et en France?
Selon le groupe, la France est le troisième pays où ses prélèvements obligatoires sont les plus élevés, derrière la Norvège et les Emirats Arabes Unis: 2,1 milliards de dollars en 2024, dont 1 milliard de charges patronales, plus des taxes diverses, selon le PDG.
Patrick Pouyanné, le patron de TotalEnergies, à Washington le 13 avril 2026
Mandel NGAN - AFP/Archives
Mais sa contribution à l'impôt sur les sociétés (IS) est modeste au regard de son statut de 4e capitalisation du CAC40: 95 millions de dollars d'IS en 2024.
En comparaison, le patron de LVMH Bernard Arnault déclarait devant une commission sénatoriale avoir déboursé 6 milliards d'euros d'IS dont "près de la moitié en France" en 2024.
Depuis 2015, TotalEnergies aura payé l'IS à 6 reprises, indique la direction à l'AFP, sans préciser le total.
Pourquoi si peu?
TotalEnergies déclare payer "ses impôts dans les pays où elle réalise des bénéfices, majoritairement dans les pays producteurs où elle produit de l'énergie", à des taux parfois situés "entre 50% et 80%". Le principe de territorialité empêche une double imposition.
En France, TotalEnergies ne produit pas de pétrole, mais exploite "des activités de raffinage et de distribution (...) structurellement peu rentables", explique à l'AFP Thomas Grjebine, économiste au Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii).
Fin 2025, la filiale Raffinage-chimie France y affichait un déficit cumulé de 5,5 milliards d'euros.
TotalEnergies fait-il de l'optimisation?
Le groupe qui fait l'essentiel de sa rentabilité dans l'exploration-production met en avant son taux d'IS moyen mondial de 43 % depuis 2022, supérieur au taux français de 25%, pour réfuter toute optimisation agressive.
Manifestation à l'appel d'organisations écologistes à l'occasion de la publication des résultats de TotalEnergies, le 29 avril 2026 à Paris
Martin LELIEVRE - AFP/Archives
Mais parmi les voix critiques, l'Observatoire des multinationales, un média associatif, a récemment relevé la présence de "filiales très lucratives" liées au négoce (ou "trading") dans des pays comme la Suisse ou Singapour, qui ne produisent pas d'hydrocarbures, mais où la fiscalité est "très avantageuse".
TotalEnergies soutient qu'il est imposé à 15% dans ces pays, soit le taux de taxation mondiale minimal prévu par un accord de l'OCDE.
Le groupe détaille dans son rapport annuel de "transparence" ses impôts et bénéfices dans environ 70 États, mais ces deux pays entrent dans une catégorie "reste du monde", jugée opaque par certains économistes.
"Vous avez déclaré 5,9 milliards de profits", soit un quart de ses bénéfices 2024 avant impôts "dans ce +reste du monde+ à la fiscalité si douce qui comprend la Suisse", a commenté l'économiste Gabriel Zucman sur "X".
Le PDG balaye toute dissimulation: le taux effectif de cette catégorie est de 18%, donc au-dessus du minimum, et TotalEnergies n'a pas à "révéler des données commerciales" alors que ses "concurrents ne le font pas".
Quid des prix de transfert?
L'observatoire des multinationales soupçonne que "la faiblesse récurrente des bénéfices" de TotalEnergies en France soit liée à une manipulation des "prix de transfert" - soit les prix auxquels sont vendus les produits et services entre les entités d'un groupe.
Autrement dit, les raffineries seraient "organisées pour ne rien" rapporter en impôts français, accuse la députée LFI Shéhérazade Bentorki.
"C'est totalement faux", assène le PDG de TotalEnergies, assurant que sa filiale suisse de trading vend le brut à ses raffineries, au cours international, et non à des prix artificiellement hauts.
"C'est surveillé, attesté, audité par le fisc français", a-t-il ajouté.
Contacté par l'AFP, la DGFiP assure examiner "tout mécanisme fiscal qui permet, légalement, de réduire le bénéfice imposable en France".
Par Nathalie ALONSO / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP