France Inter a révélé ce lundi que la justice s'était saisie de ce dossier à la suite de signalements concordants provenant de plusieurs sources internes aux services du Premier ministre. Au cœur de cette affaire : deux décès survenus en mars 2026, une troisième tentative de suicide sur le lieu de travail en octobre 2025, et le cas plus récent d'une agente qui a alerté la hiérarchie avant de tenter de mettre fin à ses jours.
Une plainte after une tentative de suicide en gare
C'est le 25 juin que Laura*, fonctionnaire au sein des services du Premier ministre, a déposé plainte pour harcèlement moral et mise en danger de la vie d'autrui. Cette démarche intervient après une tentative de suicide survenue fin avril dans une gare. Selon son avocate, Me Christelle Mazza, la trajectoire de sa cliente au sein de l'administration s'est dégradée progressivement : privée peu à peu de ses missions, écartée des réunions, puis reléguée dans un bureau en sous-sol.
L'avocate décrit une alerte qui n'a pas été entendue à temps. Laura aurait pourtant activé, selon elle, l'ensemble des dispositifs internes existants, y compris la cellule dédiée aux signalements de harcèlement moral. Me Mazza le résume sans détour : "Elle n'a eu aucun retour : à partir du moment où il y a ce type de signaux, il faut les entendre parce que là, l'addition est très salée".
Un signalement au procureur pour "gravité exceptionnelle"
C'est la tentative de suicide de Laura qui a poussé, en juin, un représentant du personnel à actionner l'article 40 du code de procédure pénale. Une disposition qui oblige tout fonctionnaire ayant connaissance d'un crime ou d'un délit à en informer le procureur de la République. Dans son signalement, ce représentant évoque des éléments d'une "gravité exceptionnelle", révélatrice selon lui d'une souffrance au travail bien plus large que le seul cas de Laura : les deux suicides de mars 2026 et la tentative d'octobre 2025 viennent étayer ce constat.
Le parquet de Paris a confirmé l'ouverture d'une enquête préliminaire concernant la plainte de Laura. En parallèle, trois enquêtes internes ont été diligentées à Matignon : deux portent sur les circonstances des suicides survenus en mars, la troisième sur les accusations de harcèlement formulées par Laura. Une source proche du dossier précise qu'une enquête plus large, consacrée cette fois aux risques psychosociaux au sein des services du Premier ministre, doit être lancée dans les prochains mois.
L'instabilité politique pointée du doigt par plusieurs agents
Plusieurs agents interrogés par France Inter font le lien entre cette dégradation des conditions de travail et l'instabilité gouvernementale des deux dernières années, marquée par quatre changements de Premier ministre. À cela s'ajoute une réforme de la Fonction publique qui, selon un agent, se traduit par une baisse des effectifs et une part croissante de contractuels.
Le renouvellement permanent des équipes dirigeantes pèserait particulièrement sur le quotidien des services. Un agent le formule ainsi : "À chaque fois, c'est une nouvelle armée qui débarque (…) et on doit se plier aux nouvelles exigences du nouveau patron". Un autre dénonce plus directement le climat managérial, évoquant une "radicalité dans le management".
Pour Me Christelle Mazza, ce climat s'inscrit dans une logique de compétition exacerbée entre agents, où la préservation de son poste primerait sur toute autre considération, générant selon elle une perte de repères chez certains fonctionnaires.
Une hausse des saisines du dispositif d'alerte interne
Sollicités par France Inter, les services du Premier ministre affirment que la prévention constitue une priorité. Ils indiquent que le dispositif interne Vigisouffrance, destiné à recueillir les alertes des agents en difficulté, a enregistré 66 saisines en 2025, contre 44 l'année précédente — une progression qui, si elle peut traduire une aggravation du mal-être au travail, peut aussi refléter une meilleure connaissance du dispositif par les agents.
Le prénom a été modifié.