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Menacé de mort par la DZ Mafia, le maire d’Alès témoigne : "Il faut rester debout, sinon c’est la République qui perd"

INTERVIEW SUD RADIO - Menacé par la DZ Mafia, Le maire d’Alès, Christophe Rivenq, affirme au micro de Sud Radio ne pas vouloir céder face aux intimidations.

Après avoir découvert dans sa boîte aux lettres une enveloppe contenant deux balles de calibre 9 mm accompagnées de tags injurieux signés par la DZ Mafia, Christophe Rivenq, maire d’Alès, revient sur Sud Radio sur ces menaces, son combat contre le trafic de stupéfiants et la nécessité, selon lui, de renforcer la lutte contre le narcotrafic.

Dans quel état d’esprit êtes-vous après ces menaces de mort ?

Christophe Rivenq : "On fait face. Ma priorité, c’est bien sûr ma famille, mon épouse, dont j’essaie de m’occuper parce qu’elle a été particulièrement traumatisée. Pour ma part, je pense avoir été un peu plus préparé à ce genre d’événements, même si on y pense peu.

Donc ça va, parce que je suis sûr de mon endroit, je suis sûr de l’action que je mène, je suis sûr que mon engagement au service d’une ville et de ses habitants aujourd’hui est plus fort que mon engagement personnel, même si ça pose un certain nombre de questions.

"On se demande si ce combat en vaut la chandelle"

Quand on se couche le soir, on se dit : 'est-ce que tout ça vaut la chandelle ? Est-ce qu’on ne pourrait pas être tranquille, faire un boulot un peu plus peinard ? Pour l’instant, la réponse pour moi est non. Il faut continuer, rester debout, sinon c’est la République qui perd."

Quelles actions menez-vous à Alès contre le trafic de stupéfiants ?

"Elles sont nombreuses et menées en liaison étroite avec le parquet d’Alès, avec son procureur, ses procureurs adjoints, avec la police et les autorités préfectorales.

Nous harcelons les dealers. J’engage la police municipale dans toutes les actions menées par la police nationale. On est au soutien. Nous avons un centre de vidéoprotection qui surveille la ville, des patrouilles qui interviennent nuit et jour au secours de la population.

Le maire est là pour gérer la sécurité du quotidien avec sa police municipale, lorsqu’il en a une, mais il est là aussi pour appuyer l’effort de sécurité intérieure de l’État. Ici, nous avons une coopération particulièrement remarquée par l’ensemble des autorités. C’est un engagement de long terme, parce que la tranquillité publique n’a pas de prix."

Ces menaces sont-elles, selon vous, la preuve que vos actions dérangent ?

"C’est ce qu’on se dit, c’est ce que le procureur m’a dit. Il m’a expliqué que, vu les résultats qui sont les nôtres, cela pouvait expliquer ces menaces.

Les chiffres sont assez impressionnants, notamment ces derniers mois, mais pas uniquement. Cela fait plus de deux ans qu’on a lancé une opération à travers le CISPD. J’avais souhaité mobiliser toutes les parties prenantes.

Nous avons un procureur très engagé, un commissaire très engagé, un préfet très volontaire. Il n’y a pas eu de mal à trouver l’envie d’aller fort et loin. Je crois qu’il faut qu’on fasse ça partout en France, parce que c’est uniquement comme ça qu’on fera reculer cette gangrène qu’est le narcotrafic."

"Le consommateur est responsable des points de narcotrafic"

Faut-il être plus sévère envers les consommateurs de drogue ?

"Moi, je le dis depuis longtemps : le consommateur est le responsable des points de narcotrafic. Pas de consommateur, pas de dealer.

J’ai même dit que j’étais prêt à faire des tests, même si on est dans l’intrusivité dans les vies privées. À un moment, il faut prouver que tous ceux qui veulent lutter contre le narcotrafic n’en abusent pas et n’en usent pas.

Il faut sanctionner celles et ceux qui vont acheter de la drogue, et en plus, la drogue, au-delà du fait qu’économiquement c’est une économie parallèle, en termes de santé publique, c’est un drame. Il faut partir à la base : pas de consommateur, pas de dealer."

"On ne peut pas avoir un discours médiatique et un discours privé différent"

Vous estimez que ce discours doit aussi s’appliquer aux responsables politiques ?

"Bien sûr. À un moment, on ne peut pas avoir deux discours. On ne peut pas avoir un discours médiatique et un discours privé différent. Il faut aujourd’hui prouver qu’on n’alimente pas ces réseaux et ces trafics. Sinon, ce n’est pas crédible vis-à-vis de la population.

Comment voulez-vous dire à un consommateur dans la rue de ne pas le faire quand on a le sentiment que d’autres le protègent ? C’est ce qui m’exaspère, et c’est une des raisons de mes engagements. Il faut faire ce que je dis, parce que je le fais également."

La lutte contre le narcotrafic passe-t-elle uniquement par les arrestations ?

"Il faut arrêter les dealers, bien sûr. On les met en prison, ils sont remplacés, on le sait. Mais ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas le faire. À un moment, le vivier s’épuise. Quand on aura trouvé tout le monde, il n’y aura plus la peur de l’incarcération. Donc il faut le faire.

Mais après, il faut lutter contre les causes. Sinon, on ne s’en sortira pas. C’est un problème mondial."

Quel message souhaitez-vous faire passer aux autres maires et aux élus locaux ?

"Je veux aussi, à travers ma voix, défendre les élus locaux et les maires, dont on s’aperçoit de l’importance. Ils sont partout sur le territoire, là où l’État ne peut pas être partout non plus.

"Défendez les maires et les élus locaux"

Défendez vos maires. Je ne parle pas de moi en l’occurrence. Je parle des 34 000 maires de France, dont nous avons besoin pour garder cette République debout, fière, et protéger nos habitants. Et si au moins ça sert à ça, j’aurai l’impression d’avoir servi un peu à quelque chose, malgré moi."

Vous pouvez retrouver son intervention complète ici.

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