Richard Ferrand, le compagnon de route au Conseil constitutionnel
Ancien socialiste, Richard Ferrand a rejoint Emmanuel Macron en 2016 comme secrétaire général d'En Marche ! Il a ensuite présidé l'Assemblée nationale de 2018 à 2022. Proposé par le chef de l'État pour succéder à Laurent Fabius, il a été confirmé le 19 février 2025 par les commissions des lois des deux chambres, à une voix près, sans que le Parlement parvienne à réunir la majorité nécessaire pour s'y opposer.
Le suspense a tenu à l'abstention des députés du Rassemblement national, que ses adversaires ont immédiatement dénoncée. Toute la gauche et les élus Les Républicains de la commission des lois s'étaient annoncés contre. Le président du Conseil constitutionnel sera en poste jusqu'en 2034, bien après la fin du mandat de celui qui l'a choisi.
Amélie de Montchalin, de Bercy à la Cour des comptes
Ministre de l'Action et des Comptes publics de décembre 2024 à février 2026, Amélie de Montchalin a été nommée première présidente de la Cour des comptes en conseil des ministres le 11 février dernier, pour succéder à Pierre Moscovici. À 40 ans, elle devient la première femme à diriger l'institution, à un poste dont le titulaire reste inamovible jusqu'à la retraite, fixée à 68 ans. Autrement dit, elle pourrait y rester en poste jusqu'en 2054 !
Cette nomination n'a pas eu à passer devant le Parlement puisqu'elle relève uniquement du chef de l’État. Mais elle n'a pas manqué de susciter une vive polémique. L'opposition a dénoncé un conflit d'intérêts : celle qui avait piloté le budget 2026 devait, à la Cour, se prononcer sur la sincérité et l'exécution de budgets qu'elle avait elle-même élaborés. Le gouvernement a répondu que la collégialité des décisions garantit l'impartialité de la juridiction financière, et qu'un ministre en exercice avait déjà été nommé à ce poste par le passé.
Emmanuel Moulin, de l'Élysée à la Banque de France
Haut fonctionnaire passé par de nombreux cabinets du gouvernement sous Nicolas Sarkozy puis sous Emmanuel Macron, Emmanuel Moulin a dirigé les cabinets de Bruno Le Maire à Bercy puis de Gabriel Attal à Matignon. Il est devenu secrétaire général de l'Élysée en avril 2025. Il a ensuite quitté son poste au printemps dernier pour être proposé à la tête de la Banque de France.
C'est la nomination qui a le plus fait débat au Parlement. LFI et le RN ont annoncé qu'ils voteraient contre, tandis que le ministre de l'Économie, Roland Lescure, jugeait ce choix comme « tout sauf un recasage ». Le 20 mai, les commissions des finances de l'Assemblée et du Sénat ont rendu un avis défavorable en nombre de voix, mais sans atteindre la majorité des trois cinquièmes de voix défavorables, seuil requis pour bloquer la nomination. Il officie donc pour un mandat de six ans.
Marc Guillaume, du gouvernement au Conseil d'État
Secrétaire général du gouvernement de 2015 à 2020, Marc Guillaume a servi sous François Hollande puis a été maintenu sous Emmanuel Macron, notamment auprès d'Édouard Philippe. Il est ensuite devenu préfet de la région Île-de-France et de Paris.
Nommé en conseil des ministres, il a pris la tête du Conseil d'État le 21 mai. Le poste de vice-président fait de lui le véritable dirigeant de l’institution, puisque la présidence revient symboliquement au Premier ministre. Ses détracteurs rappellent notamment que des accusations de comportement sexiste lui avaient valu en 2020 des mises en cause de la part d'anciennes collaboratrices.
Anne-Claire Legendre, la diplomate de l'Élysée à l'Institut du monde arabe
Le cas d'Anne-Claire Legendre est plus atypique, car l'Institut du monde arabe est une institution culturelle et diplomatique et pas un pilier constitutionnel. Diplomate arabophone, passée par Sciences Po, ancienne porte-parole du Quai d'Orsay, elle était conseillère du président chargée de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient depuis fin 2023.
Elle a été proposée en février par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, pour remplacer Jack Lang après sa mise en cause dans les dossiers de l'affaire Epstein. Le conseil d'administration l'a élue à l'unanimité de ses 14 membres, dont sept représentants de pays arabes. Elle devient également la première femme à présider l'institution.
Une pratique courante sous Mitterrand, Chirac ou Hollande
Si le sujet fait polémique, il n'a rien d'inédit. Chaque président a, en fin de mandat ou en cours de route, placé des « proches » à la tête d'institutions. François Mitterrand a nommé en 1995 Roland Dumas, son ancien ministre des Affaires étrangères, à la présidence du Conseil constitutionnel, et Pierre Joxe, autre ancien ministre, à la tête de la Cour des comptes en 1993.
Jacques Chirac a confié la Cour des comptes à Philippe Séguin en 2004, puis le Conseil constitutionnel à Jean-Louis Debré en 2007, deux anciens présidents de l'Assemblée nationale issus de sa famille politique. François Hollande a lui désigné Laurent Fabius, ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de son quinquennat, au Conseil constitutionnel en 2016.