Depuis plusieurs semaines, ils sont des centaines de manifestants français à télécharger Bitchat, une application de messagerie créée en 2025 par Jack Dorsey, cofondateur de X, ancien Twitter. Cette appli permet d’échanger des messages sans Internet ni réseau mobile, en faisant circuler les communications de téléphone en téléphone grâce au Bluetooth.
Une messagerie sans réseau central
Contrairement aux autres messageries du groupe Méta comme WhatsApp, Telegram ou Signal, la nouvelle application ne dépend pas d’un serveur central. Elle utilise le Bluetooth basse consommation pour former un « réseau maillé ». Concrètement, chaque utilisateur qui active Bitchat devient un relais, capable de transmettre les messages aux téléphones voisins. La portée directe entre deux appareils, est estimée à environ 100 à 300 mètres, mais elle augmente avec la densité d’utilisateurs.
Plus nombreux sont les utilisateurs, plus la vitesse et la propagation des messages sont efficaces. Un avantage notable dans une manifestation ou dans une zone urbaine déjà saturée par les milliards d’ondes et signaux de communication. L’application ne demande ni compte, ni numéro de téléphone, ni adresse e-mail. Elle propose même des messages privés chiffrés, canaux publics et des salons de discussion.
Un outil précieux en cas d’évènement social ou catastrophe majeure
Indonésie, Madagascar, Inde, Ouganda, avant la France : Bitchat avait déjà été adoptée dans plusieurs pays touchés par des restrictions numériques. La messagerie a servi lors de manifestations ou blocages Internet du gouvernement. En Iran, pays confronté à des coupures généralisées et à une forte répression en ligne, elle est devenue pour de nombreux citoyens, un moyen de communication au quotidien, autant qu’un outil de mobilisation.
Au Népal, Bitchat a été téléchargée plus de 50 000 fois en un seul jour au début des manifestations « de la Gen Z » en septembre 2025. La messagerie est devenue populaire dans les mouvements sociaux parce qu’elle répond à 3 problèmes « classiques » en manifestation : les réseaux mobiles saturés par la foule, les coupures volontaires d’Internet et la dépendance à des plateformes centralisées.
Une parade face à l’interdiction au réseaux sociaux en France ?
Première application de la catégorie « Réseaux sociaux » sur l’App Store français depuis la mobilisation du 17 octobre 2026 : Bitchat est même entrée dans le top 10 général des applications gratuites. Les Français sont toujours plus nombreux à se connecter.
Des appels ont circulé avant les manifestations du 24 octobre, alors que les responsables politiques évoquaient des blocages temporaires de réseaux sociaux dans les zones de troubles. La panne nationale du réseau Orange ce 21 octobre, a renforcé l’importance d’une « solution de secours. »
Over 700 bitchat users are online in the France geohash. A bitchatter might be closer than you think. https://t.co/wZEuP0aLzZ
— Bitchat Community (@BitchatMe_) October 23, 2026
Une messagerie surveillée de près par les États du monde entier
Mais Bitchat n’est pas une solution magique. Sa force repose sur le collectif : sans suffisamment d’utilisateurs proches, avec Bluetooth activé, les messages ne peuvent pas circuler. Sa portée réelle dépend donc fortement de la densité de la foule et de l’environnement.
Et puis, la messagerie sans wifi fait l’objet de restrictions étatiques. En Inde, Apple et Google l’ont retirée de leurs boutiques après une demande du gouvernement. Bitchat n’est plus disponible non plus dans l’App Store chinoise. Enfin, comme tout outil de communication, elle ne garantit pas l’anonymat total ni une sécurité absolue : son efficacité dépend du bon usage, des appareils et du contexte. Un utilisateur « infiltré » peut se connecter au Bluetooth et court-circuiter ou détourner des informations.