Le 1er novembre 2025, vers 5 heures du matin, Mathis, étudiant de 19 ans, était fauché boulevard de la Liberté, à Lille, par un conducteur de 31 ans roulant à vive allure et suspecté d’avoir inhalé du protoxyde d’azote. Depuis, le « proto » est resté aussi facile à se procurer, et ses ravages sont désormais bien connus : perte de connaissance, atteintes neurologiques et troubles cardiovasculaires chez des consommateurs de plus en plus jeunes, mais aussi accidents sur la route, où la conduite sous emprise met en danger chacun.
Face à cette progression que rien ne semble freiner, arrêtés municipaux et campagnes de sensibilisation ne suffisent plus : les villes veulent aussi pouvoir contrôler et les collectivités locales ne souhaitent plus attendre pour agir.
De Cannes à Puteaux, en passant par Béziers et Bondy
Après Cannes, première ville de France à avoir équipé sa police municipale de détecteurs de protoxyde d’azote dans l’air expiré depuis la fin août, Béziers, Bondy, Mions, Coudekerque-Branche, Puteaux se sont à leur tour équipés d’outils de dépistage afin de se donner les moyens d’appliquer la loi « RIPOST ». Dans toutes ces villes, un même dispositif, utilisé comme un éthylotest : OCIN₂O, développé par la société française Olythe. « Nous anticipons la loi Ripost, avait déclaré cet été David Lisnard, maire de Cannes. À Cannes, j’ai pris la décision de privilégier la sécurité des usagers ». Grâce à ce test, le protoxyde d’azote reste détectable dans l’air expiré pendant au moins 60 minutes en cas de test positif, la confirmation devant être réalisée par une prise de sang.
« Les maires sont en première ligne, souligne Guillaume Nesa, cofondateur d’Olythe. Ce sont leurs polices municipales qui retrouvent les bonbonnes sur la voie publique et qui interviennent après les accidents. Qu’autant de villes, de tailles et de sensibilités différentes, s’équipent d’OCIN₂O sans attendre un cadre national montre qu’elles ont compris une chose : une interdiction sans moyen de vérifier reste difficile à faire respecter ».
Jusqu'à 3 mois d'emprisonnement
Définitivement adoptée cet été, la loi « RIPOST » prévoit jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 9 000 euros d’amende pour la conduite sous protoxyde d’azote, deux ans de prison et 7 500 euros d’amende pour la détention et le transport au-delà d’un certain seuil, et une interdiction de vente aux particuliers à compter du 1er février 2027. Mais sur la route, la conduite sous emprise doit être caractérisée de façon manifeste.
« Le cadre juridique ne prévoit pas encore une réponse judiciaire précise », reconnaît David Lisnard, qui assure néanmoins que « le dispositif est très fiable ». Une manière de prévenir dès aujourd’hui, en objectivant une consommation récente, avant que le cadre ne se précise.
Le Danemark, la Belgique et le Royaume-Uni aussi
En attendant, la France n’est pas la seule à franchir le pas. Au Danemark, où les signalements d’infractions routières liées au protoxyde d’azote sont passés de 57 en 2019 à 866 en 2025, la police des districts de Copenhague-Ouest et de Fionie teste depuis le 1er janvier 2026 un détecteur d’air expiré d’Olythe lors de contrôles routiers, chaque test positif étant confirmé par une prise de sang. En Belgique, les forces de l’ordre ont mené des essais jugés concluants, tandis que des évaluations sont en cours à Dublin et au Royaume-Uni.
« Le débat ne porte plus sur la possibilité de détecter une exposition récente au protoxyde d’azote, mais sur la manière de l’intégrer aux pratiques de terrain. Les villes qui s’équipent aujourd’hui contribuent à écrire ces procédures, avec leurs agents et leurs retours d’expérience », conclut Guillaume Nesa.