À Marseille, les lieux branchés jalonnent la rue d’Aubagne sans effacer le délabrement du quartier, où huit personnes ont péri en 2018 dans l'effondrement d'immeubles. Combat de longue haleine, la résorption de l'habitat indigne est freinée par d'interminables procédures et la pénurie de logement.
À partir de lundi, le procès en appel de ces effondrements, drame emblématique du fléau des logements insalubres dans la deuxième ville de France, verra de nouveau les familles des victimes affronter une quinzaine de prévenus parmi lesquels un ex-adjoint au maire, un expert-architecte, des propriétaires des appartements dégradés...
À la place du trou béant laissé rue d'Aubagne par cette catastrophe, "un lieu ressources" a été inauguré début octobre en présence des proches des victimes.
La façade du "centre ressources" construit à l’emplacement où deux immeubles d’habitation se sont effondrés en 2018 rue d’Aubagne, le 7 octobre 2026 à Marseille
Miguel MEDINA - AFP/Archives
Ces derniers ont souhaité, aux numéros 63, 65, 67, un endroit où "puissent naître des activités, du dynamisme, de la solidarité et surtout des rires", confie Liliana Lalonde qui a perdu son fils Julien le 5 novembre 2018.
Sa façade ajourée ouvre sur le quartier populaire de Noailles, où cafés, restaurants et brocantes prisés des touristes côtoient des dizaines d'immeubles soutenus par des étais aux fenêtres murées de parpaings.
Cette cohabitation entre vitrines branchées et habitats dégradés se retrouve aussi dans d’autres quartiers de la cité phocéenne comme au Panier ou à la Belle-de-Mai.
- 950 immeubles à risque -
Un rapport de 2015 évaluait à environ 40.000 le nombre de logements indignes à Marseille. "Mille immeubles sont sortis du péril en six ans", dit à l'AFP l'adjointe au maire chargée du logement, Audrey Garino.
"L'action de la ville commence à donner des résultats, mais ce n'est pas encore massif", reconnaît l'élue communiste.
Des immeubles condamnés à Marseille, le 23 février 2021
NICOLAS TUCAT - AFP/Archives
"Les gens sont plus attentifs à l'état de leur logement et font des signalements qu'ils n'auraient peut-être pas faits il y a 10 ans parce qu'on n'avait pas une conscience collective aussi forte", avance Mme Garino. Actuellement, 950 immeubles présentant des risques sont sous arrêté et 472 personnes ont dû être délogées dont 389 prises en charge par la ville, qui se substitue aux propriétaires défaillants.
Après vingt ans de mandat de Jean-Claude Gaudin, dont un élu possédait un des logements effondrés, la municipalité divers gauche de Benoît Payan a créé une direction dédiée à la lutte contre l'habitat indigne, avec près de 200 agents.
Mais cette volonté se "heurte à des délais légaux très longs", note l'adjointe. Les travaux de la rue d'Aubagne débutent à peine "parce qu'il a fallu engager des procédures d’expropriation et la loi protège les droits des propriétaires. Ce ne sont pas tous des voyous, certains sont dans la difficulté réelle".
La pénurie de logements sociaux aggrave la situation. Marseille en compte "à peine" 22 %, alors que la loi en impose 25 % et que "80 % des habitants (de la ville, ndlr) y sont éligibles", poursuit Mme Garino. "On a 56.000 demandes de logement social en souffrance."
- "Travail de dentelle" -
Sur la rue d’Aubagne comme dans près de 180 immeubles "très dégradés" du centre-ville, les chantiers sont pilotés par la SPLA-IN (société publique locale d’aménagement d’intérêt national). Elle rachète et réhabilite les bâtiments, dont 70 % doivent être convertis en logement social.
Des barrières de sécurité installées autour d’un immeuble sur le point de s’effondrer dans le centre de Marseille,le 23 février 2021
NICOLAS TUCAT - AFP/Archives
"Ces immeubles plus que centenaires, c’est un truc de fou ! Ils ont tous des pathologies très différentes", insiste le directeur général de la SPLAN-IN, Franck Caro. En juin, les planchers des cinq étages d’un immeuble en cours de rénovation, proche de la rue d’Aubagne, se sont effondrés. Plusieurs collectifs mettent en lien le décès d’un riverain âgé avec les poussières qu’il aurait respirées sur place.
Pour Kevin Vacher, membre du collectif du 5 novembre-Noailles en colère, "la municipalité n’a pas vraiment tiré les leçons de 2018" : " On réhabilite en mettant en danger la vie du voisinage", s’insurge le militant, qui plaide pour associer les quartiers aux décisions des acteurs publics.
Les chantiers sont "ultra complexes", se défend M. Caro qui parle d'un "travail de dentelle" car les immeubles peuvent être connectés, "de sorte que si on touche à la structure d'un, on touche à tous". Il veut aussi préserver, autant que possible, l’architecture marseillaise dite des trois fenêtres, "magnifique, traversante et hyper robuste", tout en adaptant les logements aux nouvelles normes énergétiques.
Par Wafaa ESSALHI / Marseille (France) (AFP) / © 2026 AFP
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