Face à la montée des usages détournés du protoxyde d’azote, Laurent Nuñez a présenté les grandes lignes de son projet de loi dite Ripost, censée créer un “choc d’autorité”. Plusieurs mesures ciblent directement le “gaz hilarant", avec un durcissement des sanctions :
- Inhaler du protoxyde d’azote deviendra un délit puni d’un an de prison et de 3.750 euros d’amende
- Transporter le produit sans motif légitime sera passible de 2 ans de prison et 7.500 euros d’amende
- Conduire sous son emprise pourra entraîner jusqu’à 3 ans de prison et 9.000 euros d’amende
Une promesse politique loin de répondre aux urgences du terrain pour les parents de Mathis, le jeune homme de 19 ans qui avait été tué à Lille après avoir été percuté par un automobiliste sous l’emprise du protoxyde d’azote.
"une grande déception pour les parents de Mathis”
“Les annonces du ministre de l'Intérieur sont une grande déception pour les parents de Mathis”, lâche Antoine Régley, avocat des parents de Mathis, au micro de Sud Radio. Derrière cette réaction, une attente forte : celle d’un véritable tournant législatif après un drame lié au protoxyde d’azote et une démocratisation de l’utilisation de “gaz hilarant”
Pour la famille, ces annonces devaient marquer une rupture claire avec une forme de tolérance autour de ce gaz, souvent perçu comme anodin. Mais au lieu d’un électrochoc, c’est un sentiment d’inachevé qui domine.
"Je crains qu'en réalité ce soit une étape pour rien”
Sur le papier, la loi Ripost durcit les sanctions. Mais dans les faits, leur application pose question. “C'est une première étape, mais je crains qu'en réalité ce soit une étape pour rien”, estime Antoine Regley.
Contrôler le transport sans motif légitime, prouver l’inhalation ou encore caractériser l’emprise du produit au volant : autant de situations qui pourraient s’avérer complexes pour les forces de l’ordre.
Résultat pour l’avocat, un dispositif qui risque de rester symbolique : “Donc si c'est pour annoncer des choses qui, un, ne peuvent pas être appliquées et qui ne font pas vraiment peur, je crains que l'effet soit contraire”. Derrière cette formule, une critique frontale : une loi trop faible ou inapplicable pourrait banaliser encore davantage l’usage du protoxyde d’azote, au lieu de le freiner.
"Le ministre Darmanin avait fait des annonces... il n'en est rien"
L’avocat rappelle que ce n’est pas la première fois que le gouvernement s’empare du sujet. Sous Gérald Darmanin, plusieurs promesses avaient avancées. “Le ministre Gérald Darmanin avait annoncé qu'il inscrirait sur la liste des produits stupéfiants le protoxyde d'azote, il n'en est rien. De même que les détenteurs verraient leur véhicule confisqué.” Autrement dit : beaucoup d’annonces, peu de traduction concrète. Un décalage qui nourrit aujourd’hui autant la méfiance que la déception des familles.