À l’arrivée des étapes, la lutte ne se joue plus seulement pour le maillot jaune ou la victoire. Après avoir affronté une chaleur écrasante lors de l'étape 8, Tim Merlier et Biniam Girmay se sont empressés de se réfugier à l'intérieur du centre de presse (climatisé) pour y trouver de la fraîcheur. Un nouvel épisode qui relance le débat sur l’organisation des étapes du Tour de France en période de canicule, alors que l'ensemble du peloton en bave depuis plusieurs jours en écrasant les pédales sous une chaleur accablante qui fait souffrir les organismes.
Des étapes plus courtes : une solution viable ?
Le lendemain, la 9e étape du Tour, tracée sur les routes corréziennes, a été raccourcie de 30 kilomètres. Une décision destinée à limiter l’exposition du peloton aux températures extrêmes, mais qui n’a pas été accompagnée d’un changement des horaires de départ.
Résultat : une étape plus courte, mais disputée à vive allure. L’effet supposé de ce parcours escamoté s’est finalement peu fait ressentir, tant l’intensité de l’effort est restée importante pour les coureurs, toujours confrontés à une chaleur accablante.
“Les coureurs doivent effectuer leurs métier dans des conditions plus clémentes”
Depuis le début du Tour de France, les équipes rivalisent pourtant de solutions pour tenter de préserver les organismes. Glaçons glissés sous les casques et dans les maillots, ou encore coudes plongés dans des bacs d’eau glacée : chaque détail compte pour faire baisser la température corporelle mais ces méthodes ne suffisent plus à calmer les inquiétudes du peloton.
Mais ce Système D ne suffit plus et face à la multiplication des épisodes caniculaires, le CPA, le syndicat international des coureurs professionnels, demande une évolution : “Face à la fréquence croissante des vagues de chaleur extrême, le CPA réaffirme que les heures de départ des courses estivales doivent évoluer afin de protéger la santé des athlètes.”
"Les coureurs ne doivent pas être une variable d'ajustement"
“On respecte les équipes, on respecte les organisateurs, le public. Parce que c'est important, ça fait partie prépondérante de notre métier. Mais par contre, il n'est pas question qu'on soit une valeur d'ajustement et qu'on se retrouve en difficulté à cause de la situation estivale” explique Pascal Chanteur, ancien président du syndicat des Coureurs et Consultant Sud Radio.
Pour lui, une réflexion doit être engagée rapidement : “Pour 2027, on doit être en capacité d'anticiper, et non de réagir. Aujourd'hui, on réclame des changements pour que les coureurs puisse effectuer leur métier sous des conditions plus clémentes” ajoute l’ancien coureur.
Pogacar prêt à bouleverser le calendrier cycliste
Le constat est également partagé par Tadej Pogacar. Le leader de l’équipe UAE-Emirates-XRG va même plus loin : “C'est un vaste sujet de discussion, mais si j'avais le pouvoir de tout modifier, je changerais tous les calendriers, et je n'organiserais pas de courses en juillet et en août dans les régions chaudes”, a tranché le leader de l'équipe UAE-Emirates-XRG en conférence de presse ce dimanche.
Une proposition radicale, mais qui s’appuie sur une réalité : à partir de la fin du mois d’octobre, l’actualité du cyclisme professionnel ralentit très fortement jusqu’à la mi-janvier. Une redistribution des courses sur l’ensemble de l’année pourrait ainsi permettre d’éviter les périodes les plus exposées aux fortes chaleurs.
Des départs d'étapes dès 8h ?
En attendant une éventuelle révolution du calendrier, le champion du monde se dit prêt à changer complètement ses habitudes : “Il faudrait donc commencer à 8 ou 9 heures, voire plus tôt encore. Je pense que le corps peut s'adapter à cela aussi : se réveiller à 5 heures du matin et disputer une étape à 8 heures c’est possible”
L’idée de départs très matinaux poserait évidemment de nombreuses questions, notamment pour les organisateurs, les diffuseurs et le public. Mais dans un contexte où les vagues de chaleur deviennent de plus en plus fréquentes, le Tour de France pourrait être contraint de revoir ses habitudes.