Jacques Cardoze : Qui selon vous est responsable de la montée du racisme et de la violence plus généralement en France ?
Antoine Léaument : « Déjà, avant de vous répondre, je veux dire mon soutien à la famille de Pengo Bossio Wangi qui a été assassiné. Dire mon soutien aux personnes qui ont été victimes puisqu'il y a plusieurs blessés, notamment une jeune fille, Ramatou, qui a 12 ans et qui est encore je crois à l'hôpital, et donc je pense qu'il faut d'abord entourer de soutien et d'affection les personnes qui sont des proches, qui sont des victimes. Et dire aussi notre soutien à toutes les personnes qui à travers elles se sentent visées parce que là en ce moment, pour beaucoup de nos compatriotes, c'est une souffrance de vivre cet épisode, c'est une souffrance extrêmement forte.
Et malheureusement je trouve qu'il n'y a pas l'élan de solidarité nationale qu'il faudrait auprès de nos compatriotes, et je le dis pour répondre à votre question aussi parce qu'au lendemain de cet attentat, eh bien il y avait des gens qui ont recommencé des propos racistes contre la ville de Trappes, par exemple Mme Edwige Diaz qui est une des responsables du Rassemblement national qui a dit la chose suivante : "Trappes, c'est une République islamique en miniature." Une République islamique en miniature quand on fait face à un attentat raciste, islamophobe et négrophobe ! »
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« Dans mon idéologie, il n'y a jamais la déshumanisation de l'autre »
Est-ce que les critiques que vous faites à l'endroit du RN ne valent pas également pour LFI dans ce que le Premier ministre hier a décrit comme un climat de violence général ?
« Je trouve que c'est une honte ce qu'a fait le Premier ministre, et honnêtement je dois dire que ça provoque beaucoup de colère. Parce que le mécanisme qui est derrière le racisme, c'est celui de la déshumanisation. C'est celui qui consiste à considérer qu'un être humain n'est plus son semblable et de le mettre tellement à distance qu'on serait prêt à commettre le type d'acte qui a été commis par cette personne à Trappes. Mais précisément, je trouve que c'est absolument scandaleux. Je veux dire, moi dans mon idéologie, il n'y a jamais la déshumanisation de l'autre. Jamais. »
🔴@ALeaument : "C'est une honte ce qu'a fait @SebLecornu. Nous n'avons jamais appelé à la violence. Ce n'est pas la même chose entre un attentat terroriste et une bagarre de rue !" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJRBVG https://t.co/9PS1qtBWMw
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« Ce n'est pas la même chose, un attentat terroriste et une bagarre de rue »
Mais donc vous estimez que la mort de Quentin Deranque n'est pas l'égale de celle de Pengo Bossio Wangi ?
« Je trouve que la mort d'une personne n'est jamais une chose qui est positive pour un pays. Mais je trouve que ce n'est pas la même chose, un attentat terroriste et une bagarre de rue qui a d'ailleurs été provoquée — il y a maintenant des éléments qui sont assez confondants contre les personnes qui l'ont provoquée —, qui a été provoquée par des groupuscules d'extrême droite qui par ailleurs ont libre cours dans notre pays. Je veux dire, il y avait des interdictions de manifestation. À Lyon, il y a eu des groupes nazis qui ont manifesté. C'est à Lyon que ça s'était passé cette histoire-là.
Il y a des groupes nazis qui se baladent à Lyon tranquillement et le ministre de l'Intérieur ne fait absolument rien pour les empêcher d'agir. Qu'est-ce que ça veut dire un groupe nazi ? Ça veut dire des gens qui précisément vont s'en prendre à des individus en raison de leur couleur de peau, de leur origine ou de leur religion réelle ou supposée. Pardon, mais moi je considère que c'est un danger sécuritaire majeur. Et par ailleurs, j'avais interpellé à plusieurs reprises à l'Assemblée nationale sur les dangers terroristes qui pèsent sur notre pays et notamment sur la menace terroriste d'extrême droite. »
« M. Lecornu devrait s'interroger sur ce que lui-même a fait dans sa politique »
Sébastien Lecornu dit aussi que vous faites le jeu de l'extrême droite, tout ça sous le recel politicien. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
« Que c'est une honte de dire ça. Et à cette heure, M. Lecornu devrait précisément s'interroger sur ce que lui-même a fait dans sa politique qui encourage le discours de l'extrême droite. Quand on reprend des mesures qui viennent de l'extrême droite, par exemple les lois sur l'immigration qui sont directement inspirées du programme de l'extrême droite en ce moment. »
Comment est-ce que vous ne vous servez pas de Trappes à des fins électorales en ce moment ?
« C'est une honte de dire ça. Je vous dis juste : il y a un attentat terroriste. Il y a des gens qui sont visés à la sortie d'une mosquée parce que cette personne est allée faire le tour d'une mosquée en visant des gens un vendredi, donc en essayant d'aller à un moment donné où il y a du monde, en pensant qu'il arrivait à l'heure de la sortie de la prière. C'est pour ça que c'est un attentat islamophobe, c'est viser des personnes musulmanes. Et il a dit que c'était pour venger les commerçants qui ont été attaqués le 17 octobre. C'est littéralement ce que disait M. Zemmour. M. Zemmour, il avait parlé de hordes de barbares maghrébins et africains et il stigmatisait la racaille arabo-musulmane. Ça, ce sont des propos d'Éric Zemmour.
« Il y a des attentats réguliers dans notre pays »
J'ai déposé d'ailleurs un article 40 du code de procédure pénale pour signaler ses propos au procureur de la République. Je veux dire, il y a des gens dans notre pays qui ne cessent d'inciter à la haine contre les individus en raison de leur couleur de peau. Je vais vous dire : ce n'est absolument pas un sujet d'élection là, ce qui se passe. C'est un sujet de concorde et d'unité nationale. C'est un sujet de savoir si la République est possible pour nos compatriotes qui sont directement visés et qui se sentent directement visés à l'heure actuelle dans notre pays.
Ce n'est pas nouveau. En fait, le président de la République a commis une faute à mon sens en disant que c'était la première fois que des gens étaient visés en raison de leur religion. Ce n'est pas la première fois, il y a eu des attentats antisémites dans notre pays, il y a eu des attentats réguliers dans notre pays, et précisément ils ont toujours un même problème. »
Vous êtes d'accord pour dire, Antoine Léaument, que la classe politique a une responsabilité dans ce qu'elle dit, dans ce qu'elle véhicule ? Les mots peuvent contenir aussi de la violence.
« Bien sûr, bien sûr. Je suis d'accord pour dire ça. »
« Utiliser nos bulletins de vote plutôt que la violence »
La France insoumise n'en est pas responsable ?
« Alors moi, j'aimerais qu'on me dise une fois où La France insoumise a incité d'une manière ou d'une autre à la violence. Jamais. Ça n'arrive jamais. Et précisément quand il y a des violences dans la société — parce qu'elles existent, ces violences dans la société —, ce que nous disons nous, c'est qu'il faut les régler de manière démocratique. C'est les régler par le scrutin. En l'occurrence, il y a l'élection présidentielle qui arrive bientôt, mais utiliser nos bulletins de vote plutôt que la violence pour régler les problèmes. C'est par ailleurs ce que ne comprend pas le gouvernement à l'heure actuelle en pensant qu'en tapant très fort sur les gens, il va finir par régler le problème social qui est posé dans notre pays. »
🔴@ALeaument : "Dites moi une fois où la @FranceInsoumise a incité à la violence ? Jamais !" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJS9Le https://t.co/iKMrWajcJH
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« Je n'ai pas à assumer des propos qui ne sont pas les miens »
À l'instant, vous vous interrogiez sur le fait que LFI puisse ou non véhiculer de la violence. Je cite une phrase qui est entendue dans des manifestations : « CNews/BFM assassins ». Vous assumez cette phrase ?
« Déjà, ce ne sont pas mes propos à moi. Ce sont des propos qui sont dits dans des manifestations et donc replaçons-les dans leur contexte, ce ne sont pas les miens. Et maintenant, je dis que je les entends, je comprends ce qu'il y a derrière. »
Ce n'est pas ma question. Ma question c'est : est-ce que vous les assumez ?
« Mais ce ne sont pas les miens ! Donc je n'ai pas à les assumer. Je n'ai pas à assumer des propos qui ne sont pas les miens. Je vous dis : j'essaie de comprendre quelle est la logique qui est derrière. La logique me semble-t-il qui est derrière, c'est que quand on invite des gens comme Éric Zemmour, comme Edwige Diaz, comme M. Chenu qui lui aussi a mis toute la ville de Trappes en disant que c'étaient des djihadistes carrément — alors là vraiment la totale —, quand on tient ces propos-là et quand on invite ce type de personnes sans leur donner la contradiction, sans leur dire "vous ne pouvez pas dire ça", quand il y a des propos racistes qui sont tenus à l'antenne, moi c'est ça : c'est la responsabilité individuelle, morale, personnelle des journalistes que j'interroge dans ce type de situation.
Quand il y a quelqu'un qui tient des propos racistes à une antenne, pardon, mais le devoir des personnes qui sont républicaines, c'est de dire : "Vous n'avez pas le droit de dire ça. Vous ne pouvez pas dire ça. Vous ne pouvez pas stigmatiser la ville de Trappes en entier en considérant que l'intégralité des habitants serait je ne sais quoi, des djihadistes ou des violents." »
« Ne pas vouloir parler à une chaîne de télévision qui invite des racistes, on a le droit »
Vous vous rendez bien compte que la conséquence, c'est pour un certain nombre de journalistes de ne pas pouvoir faire leur travail sur le terrain.
« Il y a un lien entre une ligne éditoriale qui invite des racistes à la télévision au lendemain d'un attentat. Ça, il y a un lien entre le fait que les gens soient très en colère contre les médias quand oui, ils invitent des racistes à la télévision après un attentat raciste. »
Mais Jean-Luc Mélenchon lui-même a dit : « Je ne parle pas à des racistes », à propos de BFM. Il a eu raison ?
« Et j'ai trouvé que c'était super. Non, attendez. Ne pas vouloir parler à une chaîne de télévision qui invite des racistes, on a le droit. Mais j'ai le droit ! Enfin je veux dire, pardon, je trouve que c'est un scandale. Personnellement, on est très très calmes, vraiment, on est d'un niveau de calme absolu quand on voit qu'il y a un attentat raciste, négrophobe, islamophobe et que le lendemain matin, même le soir même, BFM voulait inviter Éric Zemmour ! Le soir même de l'attentat de Trappes, BFM TV avait prévu comme invité Éric Zemmour.
Éric Zemmour qui parle de grand remplacement, qui parle de hordes de barbares maghrébins et africains et qui stigmatise une racaille arabo-musulmane ! Pardon, mais réfléchissons deux minutes : c'est quoi l'objectif de tenir des propos comme ça, si ce n'est d'inciter à la haine et d'inciter à la violence ? Ça, ce sont des propos qui incitent directement à la violence contre les personnes qui sont perçues comme noires, comme arabes ou comme musulmanes. C'est de l'incitation à la haine en fait. »
🔴"CNews, BFM, assassins" scandés dans les manifestations 🗣️@ALeaument : "Je comprends la logique qu'il y a derrière" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJS9Le https://t.co/4mMh6s20AD
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« L’Arcome ne fait pas son travail dans ce pays »
J'entends vos arguments, mais vous n'êtes pas l'Arcom. Si LFI est au pouvoir, ça restera le travail de l'Arcom ou pas ?
« Pardon, mais moi j'aimerais bien que l'Arcom fasse son travail un jour aussi. L'Arcom ne fait pas son travail dans ce pays, l'Arcom n'a pas fait respecter la loi. L'Arcom a redonné la possibilité d'émettre à CNews alors que CNews est une chaîne qui a été de nombreuses fois condamnée par l'Arcom. Au bout d'un moment, ça commence à bien faire ! Est-ce que les citoyens de notre pays qui n'ont pas ma couleur de peau et qui sont perçus comme musulmans ont le droit de vivre dignement ? Est-ce qu'ils ont le droit d'être respectés par les institutions publiques ? La question est posée quand l'Arcom ne fait pas ce qu'elle doit faire pour faire respecter la loi. »
Vous demandez la fermeture de CNews, de BFM TV également ?
« Moi, la fermeture de CNews, oui ! Je trouve que CNews n'aurait pas dû récupérer une autorisation d'émettre au moment où il y avait l'attribution des chaînes TNT. Mais par ailleurs, ce n'est pas nouveau, je l'ai déjà dit publiquement et je trouve que BFM est sur une très mauvaise pente, particulièrement depuis qu'ils ont embauché quelqu'un qui venait de CNews qui est Mme Sonia Mabrouk, et je trouve qu me semblent sur une mauvaise pente, je ne vais pas vous dire le contraire. Et je trouve que dans notre pays d'une manière générale, il y a une pente qui est prise de considérer que oui, on peut inviter des gens racistes à la télévision, que ce n'est pas grave, que ce n'est pas un problème. »
🔴 @JLMelenchon refuse de parler à BFM 🗣️ @ALeaument : "J'ai trouvé ça super ce qu'a fait Jean-Luc Mélenchon. L'@Arcom_fr ne fait pas son travail dans ce pays !" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJRBVG https://t.co/4nWpYCSFM1
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« LFI est bien moins représentée dans les médias que le RN »
Il y a une règle d'égalité parfaite du temps de parole quand c'est l'élection présidentielle.
« Je ne vous ai pas dit qu'il ne fallait pas respecter cette règle-là. Je vous ai dit : il y a des choix éditoriaux qui sont faits, et pardon, mais non, il n'y a pas une égalité du temps de parole. Par exemple, La France insoumise est bien moins représentée dans les médias que le Rassemblement national. Bien moins.»
Ça peut dépendre aussi des périodes et des médias...
« Ça dépend des périodes et des médias. Évidemment, quand il y a des sujets qui nous concernent très directement, on est plus invités. Mais sur le long terme, le Rassemblement national est très invité dans les médias. Je signale qu'en Belgique par exemple, il y a ce qu'on appelle le cordon sanitaire médiatique contre les forces d'extrême droite. Et pardon, mais en Belgique il y a moins de votes précisément pour cette extrême droite. »
🔴 @ALeaument : "Je trouve que BFM est sur une très mauvaise pente depuis qu'ils ont embauché @SoMabrouk" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJS9Le https://t.co/8De6C56vdr
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« Les médias sont libres quand ils sont pluralistes »
Antoine Léaument, vous souhaitez faire le tri des médias. Tout ce qui n'est pas LFI sera interdit à l'antenne ?
« Non, bien sûr que non ! Il y a une liberté qui existe dans notre pays. Par contre, nous ce qu'on veut, c'est qu'il y ait une règle pour qu'un propriétaire de média puisse contrôler un seul média. Parce que le vrai problème dans notre pays, c'est que 90 % des médias sont contrôlés par 9 milliardaires. Enfin, on dirait que ce n'est pas un problème, mais le pluralisme... C'est totalement le même sujet ! Par exemple, Bolloré : Le JDD, Europe 1, CNews, un institut de sondage (l'Institut CSA).
Donc il peut commander un sondage avec le JDD qui est ensuite commenté sur CNews et Europe 1. Bon, je ne sais pas, on peut peut-être se questionner sur l'état des médias dans notre pays. Les médias sont libres quand ils sont pluralistes. Donc moi je vous dis : abonnez-vous aux médias qui sont des médias critiques, il y en a plein aussi dans notre pays, aidez les médias alternatifs parce que ça c'est une manière de faire respecter le pluralisme. »
Vous assumez que Raphaël Glucksmann ne puisse plus se retrouver sur un rassemblement sans être pris à partie ? Il est souvent lui aussi la cible de militants de LFI.
« Non, ça c'est ce qu'il dit lui. Mais nous, je le redis, nous on a des adversaires qu'à droite et à l'extrême droite. Et j'invite nos militantes et nos militants à consacrer leur énergie pour essayer de convaincre les gens qui seraient de droite, d'extrême droite et surtout les abstentionnistes. Et je dis à toutes celles et ceux qui veulent nous rejoindre dans la lutte : c'est facile, vous allez sur melenchon2027.fr et vous pouvez avoir toutes les informations de la campagne. »
💥Colère lycéenne et volonté de supprimer Parcoursup 🗣️@ALeaument : "C'est pas si cher de créer 250 000 places. Je souhaite qu'il y ait le moins possible de sélection à l'université !" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJRBVG https://t.co/sSzqgjtAtz
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Parcoursup : « C'est une richesse que de former des cerveaux dans notre pays »
Vous voulez abolir Parcoursup. Pourquoi au final accepter les fameuses 2 500 places à l'université ?
« Exactement parce qu'il y avait une promesse républicaine avant qui était : quand on a le bac, on a le droit d'accéder aux études supérieures et aux études universitaires. Aujourd'hui, cette promesse, elle n'est pas respectée et je pense que c'est une richesse que de former des cerveaux dans notre pays, de former à des études supérieures, de faire en sorte que les jeunes puissent aller le plus loin possible dans leurs études, y compris, je le dis, en garantissant avec une garantie d'autonomie pour les étudiants les revenus pour qu'ils puissent justement ne faire que se concentrer sur leurs études. Ce n'est pas si cher que ça en fait de créer les 2 500 places. C'est entre 2 et 3 milliards d'euros. »
Mais pour quel projet de société ? Vous savez très bien que tout le monde ne peut pas accéder à tout.
« Ce n'est pas vrai. Moi je ne pense pas, non, je ne pense vraiment pas. Et par ailleurs, il y a beaucoup de gens aussi qui reprennent des études — d'ailleurs je leur envoie un petit mot de courage —, il y a beaucoup de gens qui reprennent des études après avoir dû entrer dans le monde du travail parce qu'ils n'avaient plus le choix sur des questions financières. »
« Je souhaite qu'il y ait le moins possible de sélection à l'université »
On est bien d'accord qu'un nul en maths, il ne peut pas devenir médecin. On ne peut pas ne serait-ce que le laisser espérer qu'il puisse devenir médecin.
« Il n'y a pas que la médecine comme études supérieures ! Il peut peut-être devenir juriste, il peut peut-être devenir avocat, il peut peut-être devenir écrivain, il peut peut-être devenir historien, il peut peut-être devenir prof de lettres ou je ne sais pas, d'histoire. »
Mais comment vous faites ? Vous ne souhaitez pas qu'il y ait de sélection à l'entrée de l'université, c'est ça ?
« Non, je souhaite qu'il y ait le moins possible de sélection à l'université. Il y en a une qui peut exister par réalité matérielle, c'est-à-dire les universités ont des places qui sont limitées en fonction des endroits, mais le but d'un pays qui voudrait grandir, y compris par sa connaissance, eh bien c'est de faire en sorte que chacun puisse accéder à des études. »
Parcoursup : « Ce n'est pas de la démagogie »
Ce n'est pas un peu démagogique de dire ça, de considérer que tout le monde peut tout faire à 18-19 ans alors qu'on sait très bien qu'au final la sélection se fera ?
« Non, je ne crois pas que ce soit de la démagogie. C'est une question de : qu'est-ce qu'on veut comme société ? Qu'est-ce qu'on a envie de faire comme société ? Je rappelle que nous, dans notre programme, on propose aussi de porter l'enseignement obligatoire jusqu'à 18 ans précisément pour essayer d'accompagner les gens le plus possible jusqu'à l'entrée dans ces études supérieures. Parce qu'il y a beaucoup de gens aussi — et c'est un problème par exemple dans mon département de l'Essonne —, des gens qui se retrouvent sans affectation, mais sans affectation à l'université, ce qu'on appelle les sans-fac.
Moi j'ai le cas d'une personne qui voulait devenir avocate, qui avait 18 de moyenne, qui a eu un bac avec mention et qui se retrouve aujourd'hui caissière pendant un an au supermarché parce qu'elle n'avait pas de place à l'université ! Alors que franchement, 18 de moyenne ça va quoi, on peut considérer qu'elle aurait dû passer l'étape Parcoursup. »
🔴LFI et la conception de la propriété privée 🗣️@ALeaument : "Nous n'allons pas prendre vos maisons. L'enjeu c'est le bâti vide et les très grands propriétaires" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJS9Le https://t.co/2wZ5v7YVD4
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« Nous proposons de réquisitionner ces logements vides »
Jean-Luc Mélenchon a déclaré que la conception actuelle de la propriété privée n'était plus supportable. Cela signifie-t-il qu'il souhaiterait pouvoir réquisitionner n'importe quel logement dès lors qu'une personne possède plusieurs biens immobiliers ?
« Alors, je réponds à cette question et je pose d'abord la question du mal-logement en France. Oui, il y a un problème de mal-logement en France. Il y a des personnes qui sont sans abri dans notre pays, autour de 300 000 personnes, y compris des enfants. Or, dans notre pays, il y a du bâti qui n'est pas utilisé et ce que nous proposons de faire, c'est en particulier de réquisitionner ces logements vides ou ce bâti vide pour pouvoir loger les personnes.
Maintenant, nous n'allons pas prendre votre maison que vous avez achetée en faisant un emprunt, qui d'ailleurs pour l'instant appartient encore souvent à la banque puisqu'il y a l'emprunt qui est en cours et qu'il faut rembourser. Ce n'est pas ça l'enjeu. L'enjeu, c'est les très très grands propriétaires. C'est les logements vides, et c'est d'ailleurs plutôt la fortune mobilière que la fortune immobilière. »
« Un héritage maximum à 12 millions d'euros »
Et quand vous dites les très grands propriétaires, c'est-à-dire comment vous pensez vous y prendre ?
« Il y a des gens qui détiennent des dizaines et des dizaines de logements dont certains sont vides. Je considère que c'est un problème. »
Donc la solution, ce serait la réquisition de ces logements vides ?
« Dans ce type de situation, oui. Mais je précise d'abord que la question est posée sur l'héritage puisque nous, ce que nous proposons, c'est de mettre en place un héritage maximum à 12 millions d'euros. Franchement, ça va pour commencer dans la vie.
Avec un appartement et une résidence secondaire, on ne va pas se faire récupérer la résidence secondaire par LFI ?
« Non, il y a un système qui existe à l'heure actuelle sur l'héritage qui, à partir de 150 000 €, vous êtes imposed. Nous, ce qu'on propose, c'est que ceux qui à l'heure actuelle utilisent le système de donation pour contourner l'imposition de l'héritage ne puissent plus le faire. Mais je disais simplement pour expliquer mobilier et immobilier, le vrai problème c'est la fortune financière.
Il faut savoir que les milliardaires de notre pays ont une fortune qui est essentiellement financière, et que sous Macron, elle est passée de 600 milliards d'euros à 1 200 milliards d'euros. Ça veut dire que pour les milliardaires de notre pays, il y a eu un multiplié par deux sur la richesse. J'interroge vos auditeurs, est-ce qu'ils ont vu leur fortune être multipliée par deux ? »
Affaire Mbappé : « La Chine est un grand pays »
Kylian Mbappé a présenté ses excuses à la Chine après une polémique sur Mao Zedong qui a entraîné la rupture de plusieurs partenariats commerciaux. Selon vous, a-t-il eu raison de s’excuser ?
« C'est sa décision à lui et il fait ce qu'il veut. Moi, je n'ai pas à commenter ça spécifiquement. Ce que je voudrais dire, c'est que peut-être que cette polémique permet d'avoir un œil sur la Chine, qui est un grand pays et qui est un pays qui souvent est un peu méprisé par nos dirigeants à nous, qui est mis à distance, qui est regardé d'une manière un peu brutale, en disant de toute façon en gros c'est un pays où il n'y a que des dictateurs. C'est comme ça que c'est présenté, la Chine. »
🇨🇳 Kylian Mbappé et la polémique Mao Zedong 🗣️@ALeaument : "Oui la Chine est un pays autoritaire. Mais quelle est la différence avec la France ? Est-on encore en démocratie lorsqu'on ne peut pas aller manifester librement ?" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJS9Le https://t.co/uwe649Rzt1
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« Il y a eu un enfermement dans une doctrine américaine vis-à-vis de la Chine »
Mao n'était pas un dictateur ?
« Je vous réponds sur la situation actuelle vis-à-vis de la Chine parce que moi c'est ça qui m'intéresse. La situation actuelle de la relation entre la France et la Chine, je la trouve mauvaise. Il faut le savoir, vis-à-vis des Chinois, on a des relations communes depuis assez longtemps et il y avait jusqu'à assez récemment une forme de relation qui était un peu particulière entre la Chine et la France et qui était plutôt positive. Il y a eu un enfermement dans une doctrine américaine qui est une doctrine d'affrontement vis-à-vis de la Chine. Je ne suis pas en train de vous dire qu'il faut avoir un œil totalement béat devant la Chine. »
Ce ne serait pas un partenaire, un allié pour LFI si Mélenchon était élu ?
« C'est précisément ce que je voulais dire : ce qu'il faut, c'est essayer de normaliser les relations avec la Chine, mais d'une manière générale avec un certain nombre de pays du monde, et arrêter de s'enfermer dans une logique qui est d'être à la ramasse des États-Unis d'Amérique. Nous, ce que nous souhaitons avec La France insoumise, c'est d'avoir une France qui est une France indépendante et au service de la paix, c'est-à-dire refuser les logiques de bloc, avoir des discussions et des échanges avec tout le monde et d'abord défendre les intérêts de notre peuple et de notre pays. »
🇨🇳 Kylian Mbappé au coeur d'une polémique autour de Mao Zedong 🗣️@ALeaument : "La Chine est un pays un peu méprisé. Nos relations communes sont mauvaises, il faut essayer de les normaliser" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJS9Le https://t.co/7TaqISRbYn
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Mao Zedong est-il un dictateur ? « Je préfère ne pas répondre »
Mao Zedong était un dictateur ou pas ?
« Je vous ai dit que je voulais venir sur la question de la relation avec la Chine. Et pour ma part, je préfère ne pas répondre à cette question-là, parce que si je vous réponds positivement, je mets en place de mauvaises relations avec la Chine, et si je vous réponds négativement, vous allez me faire une polémique sur ce sujet. »
La France insoumise n'a pas changé d'avis : pour vous, la Chine n'est pas une dictature ?
« Non, je ne vous ai pas dit ça. Je vous ai dit que de toute façon la Chine a un régime qui est un régime qui n'est pas celui que nous souhaitons mettre en place. C'est un régime plutôt autoritaire avec un parti unique. »
La France est-elle davantage un régime autoritaire que la Chine aujourd'hui ?
« Je ne vous ai pas dit ça. Ce n'est pas vrai. Et par contre, je trouve qu'il y a une question qui est posée sur la nature du régime de la France : est-on encore en démocratie quand on ne peut pas aller manifester librement, quand plutôt que d'assurer la sécurité des manifestants, on se prend des coups de matraque et des gaz ? »
Au contraire, en France on n'a pas de camps où on interne des minorités musulmanes par exemple.
« Non, mais il y a des camps dans lesquels on interne des personnes qui sont étrangères. Ça s'appelle les centres de rétention administrative et où on peut aller sans procès. »
Vous avez deux millions de la minorité musulmane des Ouïghours qui sont détenus dans des camps aujourd'hui en Chine.
« Donald Trump est dirigeant raciste »
C'est un fait et c'est le signe d'un régime qui n'est peut-être pas très démocratique, et on ne vous entend pas le dénoncer.
« On va être clairs : c'est que vous nous entendez mal, parce que d'une manière générale ce que nous souhaitons, ce ne sont pas des régimes autoritaires. Nous, ce qu'on propose, c'est une 6e République dans laquelle les citoyens puissent avoir le référendum d'initiative citoyenne, c'est-à-dire davantage de pouvoir. Je ne suis pas en train de vous dire que le régime chinois serait le modèle que nous voudrions mettre en place dans notre pays. Évidemment que non ! Bien sûr que non ! Mais ce que je voudrais, c'est qu'on puisse avoir des relations internationales qui sont des relations internationales normales avec l'ensemble des pays.
On ne peut pas dire du mal de la Chine et avoir des discussions en mode "Youpi c'est super" avec les États-Unis où il y a Donald Trump qui est dirigeant des États-Unis d'Amérique, qui est un raciste, qui est quelqu'un qui met en place une politique autoritaire. Il faut être capable dans les relations internationales de défendre les intérêts de notre pays. Donc ce que je vous dis, c'est qu'il faut cesser d'être dans la logique "À bas les Chinois et vive les États-Unis d'Amérique".
« Il n'y a pas de gentils dans le monde »
Il n'y a pas de gentils dans le monde, il y a des intérêts qui sont en cause sur la sphère internationale. Nous, ce que nous disons avec La France insoumise, c'est qu'il faut que la France soit indépendante, soit souveraine et qu'elle défende les intérêts de son pays et de son peuple d'abord et avant tout, non pas dans une logique nationaliste, mais dans une logique de mettre la France au service de l'humanité commune, notamment pour lutter contre le changement climatique. »
Je retiens que vous n'avez pas employé le terme de dictateur, mais vous lui préférez régime autoritaire.
« J'ai dit régime autoritaire. Mais si on qualifie de dictateur tout le monde, alors on peut y aller à fond les ballons, mais moi je préfère regarder la nature exacte des régimes. En l'occurrence, je considère que c'est un régime autoritaire, oui. »