Pour Yves Bigot, journaliste et biographe de la star, cet engagement ne fut ni tardif ni opportuniste. De la dénonciation des abattages à la protection des phoques, en passant par la défense de l’environnement, Bardot a contribué à faire changer le regard porté sur la condition animale.
"C'est la seule photo dont Brigitte Bardot voulait qu'on se souvienne"
Bien avant la création de sa fondation, Brigitte Bardot avait déjà fait de la protection animale l’un des fils rouges de sa vie. Un engagement dont Yves Bigot, auteur de Brigitte Bardot : la femme la plus belle et la plus scandaleuse au monde, situe les racines dès les débuts de sa carrière.
On se souvient tous de la photo de Brigitte Bardot avec des bébés phoques. "C’est, en tous les cas, la photo d’elle dont elle dit qu’elle est la seule dont elle voudrait que l’on se souvienne : celle où elle tient ce bébé phoque dans ses bras, sur la banquise", assure au micro de Sud Radio Yves Bigot, jouenaliste, biographe et auteur de Brigitte Bardot : la femme la plus belle et la plus scandaleuse au monde (Éditions Points).
"C’est, en tous les cas, à ce moment-là que l’ensemble des Français découvrent la force de son engagement. Mais c’est quelque chose qui remonte à son enfance. Dès le premier cachet qu’elle avait touché pour 'Le Trou normand', film qu’elle avait tourné avec Bourvil en 1952, quand elle était juste une petite comédienne inconnue… On lui avait demandé ce qu’elle ferait avec son cachet. Elle avait répondu : 'Moi, ce qui serait mon rêve, c’est d’avoir assez d’argent pour pouvoir monter une ferme dans laquelle les animaux pourraient venir mourir de vieillesse'", poursuit Yves Bigot.
Un combat d’abord tourné en dérision
Aujourd’hui largement admise, la défense du bien-être animal était loin de bénéficier du même écho lorsque Bardot commença à prendre publiquement position. Sa reconversion militante suscita même sarcasmes et soupçons. "Elle était totalement moquée. On disait : 'Voilà, elle n’est plus comédienne, elle n’a plus rien à faire, elle fait ça pour faire parler d’elle'. Alors que, s’il y a quelqu’un qui n’a jamais eu besoin de faire parler d’elle et qui ne voulait pas qu’on parle d’elle, c’était Brigitte Bardot. Elle a failli mourir de sa notoriété, tant elle était pourchassée par les paparazzis. Elle ne pouvait pas faire un pas, elle ne pouvait quasiment plus vivre", raconte Yves Bigot à l'antenne de Sud Radio.
Sa célébrité lui donne pourtant une caisse de résonance sans équivalent. En s’exposant sur des sujets alors peu présents dans les médias, elle contribue à installer la souffrance animale dans le débat public.
Une vision élargie à l’environnement
Son engagement ne se limite pas au sort réservé aux animaux domestiques ou d’élevage. Yves Bigot souligne également une dimension moins connue de son militantisme : la protection des milieux naturels.
"C'est très peu dit — son engagement pour l’environnement. Là aussi, elle a été une pionnière, parce que cela va évidemment avec la défense du monde animal. Pour que les animaux puissent vivre, il faut qu’ils aient un environnement dans lequel ils puissent le faire. On l’a vu encore avec les incendies il y a seulement quelques semaines : les animaux, non seulement étaient brûlés, mais, après, ils n’avaient plus de lieu où se réfugier, plus de quoi se nourrir etc. C’était quelque chose qu’elle avait en tête. Et cet engagement, elle l’a vraiment eu pendant… Rétrospectivement, on voit que, pendant sa carrière, quand elle était une superstar mondiale du cinéma, déjà, elle se battait pour ce combat. Elle était allée dans 'Cinq colonnes à la une' pour lutter contre les abattages. Elle avait également participé à une émission qui est restée célèbre, face à quasiment l’ensemble des intellectuels français, qui se moquaient un peu d’elle, parce que c’était 'la comédienne qui venait un peu avec sa lubie' etc. Et elle les a tous mis d’équerre. Elle n’a été rejointe dans ce combat qu’à partir du milieu des années 1980. Et puis, aujourd’hui, par des groupes comme L214, qui luttent contre les mauvaises conditions notamment dans les abattoirs", raconte Yves Bigot à l'antenne de Sud Radio.
Quarante ans après la naissance de sa fondation, l’héritage de Brigitte Bardot tient ainsi autant aux actions menées qu’au changement culturel qu’elle a accompagné. En utilisant très tôt sa notoriété pour rendre visibles la souffrance animale et la protection de son habitat, elle a contribué à transformer un combat autrefois marginal en véritable sujet de société.
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