Tenant du titre, le navigateur Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild) a décidé d'arrêter sa Route du Rhum mardi après la découverte d'une grave avarie de foil, qui a signé la fin de ses rêves de doublé, mais pas des ambitions de son équipe pour l'avenir.
A la barre d'un nouvel Ultim révolutionnaire mais pas encore totalement fiabilisé, le skipper a décidé en milieu de journée et en concertation avec son écurie de rentrer à Lorient (Morbihan) son port d'attache, qu'il devrait rallier ce week-end.
Malgré un début de course prudent et des difficultés en manoeuvres, il avait réussi à revenir lundi dans le quatuor de tête, composé également du leader Tom Laperche (SVR Lazartigue), d'Armel Le Cléac'h (Banque Populaire) et de Thomas Coville (Sodebo), grâce aux performances du voilier en vitesse pure.
Mais peu avant 5h00 mardi, Caudrelier s'est rendu compte que le bateau avançait au ralenti et n'était plus capable de décoller "malgré des conditions propices au vol", a relaté son équipe dans un communiqué.
Après inspection, il a réalisé que le foil bâbord était "sérieusement endommagé" et que des parties s'étaient arrachées, sectionnant même une partie de l'hydraulique connectée à la pièce.
L'avarie est irréparable seul en mer ou en escale sur le parcours, selon son écurie. "Ce que nous pouvons aujourd'hui préciser est que son origine n'est pas consécutive à un choc avec un objet extérieur", a déclaré Cyril Dardashti, directeur de l'écurie Gitana.
- "Début de vie" -
Caudrelier s'alignait sur le Rhum sept mois après le baptême du nouveau Maxi Edmond de Rothschild, fruit de plusieurs années de travail et imaginé comme le maxi-trimaran du futur par le bureau d'études de Gitana et l'architecte Guillaume Verdier.
Ses appendices en Y, inspirés de ceux utilisés sur la Coupe de l'America, doivent permettre au voilier d'être plus puissant dans des conditions variées et ses safrans en U permettent normalement de le rendre plus maniable à haute vitesse.
Mais de l'avis de tous les marins interrogés par l'AFP ces derniers temps, fiabiliser complètement une telle machine de pointe prend largement plus d'un an. "Ce n'est pas en six mois que tu fiabilises un bateau comme ça", assurait par exemple à l'AFP quelques semaines avant le départ Anthony Marchand, concurrent sur Actual.
"Mais je ne sais pas si c'est très grave car c'est un développement qui n'est pas que pour la Route du Rhum, c'est une vision du futur de la course au large", confiait le marin, victime lui aussi d'une avarie (safran) sur ce début de Route du Rhum.
Gitana tentait donc un pari, après moins de 10.000 milles parcourus, dont une grande partie avec un seul foil sur les deux installés pendant la course, et très peu de répétition en solitaire pour Caudrelier.
"C'est forcément une grande déception (...) mais cela fait aussi partie de la vie de nos projets qui demandent un engagement quotidien et une grande persévérance. Gitana 18 n'est qu'au tout début de sa vie maritime", a avancé Dardashti.
L'équipe souhaitait également engranger un maximum d'expérience pour le voilier à l'approche d'un nouveau tour du monde entre Ultim au début de l'année 2028.
Son grand frère, baptisé Gitana 17, avait initié l'ère du vol océanique en multicoque en 2017, avant de quasiment tout écraser en course pendant des années. Le 18e du nom, est lui aussi appelé à s'illustrer, mais il faudra attendre encore un peu.
AFP / Saint-Malo (France) (AFP) / © 2026 AFP