Plusieurs témoins, parmi les premiers à avoir constaté le corps "tuméfié" de la petite Inass Touloub, à l'été 1987 en bordure de l'autoroute A10, ont raconté leur choc et leur panique au procès des parents, 39 ans après les faits.
Le 11 août 1987, Frédéric Laujon, alors employé saisonnier de l'exploitant Cofiroute et âgé de 21 ans, a été le premier à découvrir "une couverture bleue" de l'autre côté des glissières de sécurité, lors du fauchage des fossés.
Sous cette couverture, un corps "tuméfié" et des yeux fermés. L'homme a assuré mardi, à la cour d'assises du Loir-et-Cher, avoir immédiatement compris que la fillette était "décédée".
"J'ai été pris de panique. Pour moi, le corps avait été déposé, la tête vers le bas" du fossé, a raconté M. Laujon, devenu enseignant.
Les gendarmes arrivent sur place en "une dizaine de minutes", selon lui.
"Je suis intervenu alors que j’étais tout jeune chef", s'est souvenu Francis Fourcroy, ancien membre de la section de recherches d'Orléans.
- "Choquant" -
"C'était traumatisant de voir un petit bébé comme ça, c'est la seule fois que j'ai vu un enfant dans cet état", a dit M. Fourcroy.
Le corps de la fillette de 4 ans portait des traces de violences, dont des brûlures et des cicatrices, notamment liées à plusieurs morsures humaines.
Pour Rémi Maunier, qui a dirigé la section de recherches pendant un an, "les mots +horrible+ ou +atrocité+ ne sont pas suffisants pour décrire ce que j’ai pu voir".
"Il est exceptionnel de voir un enfant aussi martyrisé. La photo de ce petit cadavre est restée", a-t-il indiqué, avant de revenir sur une importante première phase d'enquête qui n'a donné "aucun résultat".
A court de pistes, la gendarmerie avait lancé le plus grand appel à témoins jamais initié en France pour tenter d'identifier la fillette, qui retrouvera son nom en 2018.
La mère, Halima El Bakhti, âgée de 72 ans, est jugée devant la cour d'assises du Loir-et-Cher à Blois pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, au côté du père, Ahmed Touloub, 74 ans, qui comparaît pour complicité.
ALAIN JOCARD - AFP
M. Touloub, dont l'état de santé doit faire l'objet d'ici vendredi d'une nouvelle expertise complémentaire, a passé une nouvelle journée appuyé sur sa canne, la tête baissée. La présidente de la cour d'assises, Audrey Debeugny, lui a demandé à un moment s'il s'endormait.
"Il est nécessaire que nous soyons tous certains que vous êtes en capacité d'écouter", a-t-elle indiqué. L'accusé a répondu, "pour l'instant j'écoute, mais quand je suis fatigué c'est plus difficile".
- "Très dur" -
Après la déposition des premiers témoins, le septuagénaire a concédé plus tôt dans la journée : "c'est très difficile de dire quelque chose".
"Comprenez-vous pourquoi vous êtes jugé ?", a poursuivi la présidente.
"Oui, Me Frank Berton (son avocat, ndlr) m'a expliqué hier. J'y suis pour rien...", a-t-il ajouté, avant d'être interrompu. Puis, plus tard, "il y a des choses que je n'arrive plus à comprendre".
La mère, de son côté, a confirmé avoir à l'époque dit: "c'est pas possible, ça peut pas être ma fille".
Elle n'a pas commenté les premières photographies du corps de sa fille projetées à l'audience. Elle a toutefois assuré, après le témoignage d'une experte en empreinte génétique, avoir "compris que c'était (sa) fille en arrivant chez le juge" en 2018. Avant, "c'était flou dans ma tête, pour moi ma fille était toujours vivante".
Benoit PEYRUCQ - AFP
Les parents ont été identifiés et interpellés en 2018, plus de trente ans après les faits. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité dans l'un des plus anciens "cold cases" français élucidés grâce à l'ADN.
Le procès doit durer une dizaine de jours.
Par Tom MASSON / Blois (France) (AFP) / © 2026 AFP
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