La mère d'élève qui a menacé lundi la directrice et une enseignante d'une école maternelle de Nice était en situation irrégulière, assignée à résidence et fichée pour radicalisation islamiste, mais les motifs de la violente attaque restaient inconnus mardi.
Dans l'école Clément Roassal, située dans un vaste ensemble scolaire d'un quartier métissé près du centre de Nice, l'agression, qui ne s'est pas déroulée devant les enfants, n'a pas empêché l'école de rouvrir mardi. La directrice comme l'enseignante étaient présentes.
"Elles sont naturellement choquées, mais j'ai été formidablement ému par leur courage, par leur présence, même si elles ont subi un traumatisme incontestable", a déclaré à la presse le maire de Nice, Éric Ciotti (UDR), venu assister à l'arrivée des enfants à 08H00.
La femme de 36 ans, interpellée lundi et encore en garde à vue mardi, est mère de deux élèves de l'école. Elle a la double nationalité tunisienne et italienne, a expliqué le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.
"Elle a fait l'objet d'une interdiction administrative de territoire depuis 2019, après avoir été reconduite en Tunisie, notamment pour des agressions" et des "propos à l'encontre de fonctionnaires de police", a-t-il expliqué.
Mais "elle a de nouveau été interpellée en France en 2023". Elle "pointait au commissariat" régulièrement et était actuellement sous le coup d'une IAT (interdiction administrative de territoire). Mais "elle bénéficie d'un certain nombre de protections, puisqu'elle est parent d'un enfant français", a-t-il souligné.
Selon une source proche du dossier confirmant une information du quotidien Nice Matin, elle est fichée pour radicalisation islamiste. Elle est inscrite au fichier de suivi des signalements pour radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), a précisé la même source.
Dans un communiqué lundi soir, le procureur de Nice, Damien Martinelli, n'avait pas évoqué de propos liés à la religion pendant l'agression, seulement "des accusations sur des faits d'agressions sexuelles dont un de ses enfants aurait été victime".
La femme s'est présentée lundi vers 09H00 à l'accueil de l'école en demandant un entretien en urgence avec la directrice. Armée d'un couteau et d'une arme à feu, elle est restée une heure dans le bureau de cette dernière, selon le récit du procureur.
- "Protection" et "accompagnement" -
La femme a frappé la directrice et a actionné son arme pointée sur elle, sans qu'aucun coup ne parte, en précisant avoir deux balles dans son chargeur. Une enseignante croisée à la sortie du bureau a subi elle aussi une gifle et une menace avec l'arme.
Lundi en fin de journée, le procureur avait annoncé que l'arme n'avait pas été retrouvée, mais mardi devant les députés, M. Nuñez a déclaré que l'arme était "heureusement factice", même si son usage pouvait faire "penser que c'était une arme réelle".
Repartie de l'école, la femme a été suivie grâce aux caméras de surveillance et interpellée peu après à son domicile dans une rue proche.
Une enquête a été ouverte pour tentative de meurtre d'une personne chargée d'une mission de service public et confiée à la police judiciaire de Nice.
"Une fois de plus, nous sommes face à l'impuissance, face au laxisme, face à l'incompétence d'un gouvernement qui n'a pas su aujourd'hui faire respecter ses propres décisions et qui a fait de notre pays une passoire en laissant entrer des gens qui présentent des menaces pour nos concitoyens", a dénoncé M. Ciotti à l'Assemblée nationale mardi après-midi.
Lundi à la sortie de l'école, des parents avaient fait part à l'AFP de leur émotion, évoquant la gentillesse de la directrice et de l'enseignante touchées.
Une mère était en larmes à l'idée que l'on puisse entrer armé dans l'école, mais chaque jour, des dizaines de parents et accompagnants entrent et sortent par la petite porte métallique verte de l'établissement pour aller déposer ou rechercher les enfants.
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé qu'il se rendrait à Nice "en fin de semaine", assurant que les victimes recevront ", dans la durée, la protection et l'accompagnement dont elles ont besoin".
Ces dernières semaines, deux parents d'élèves ont été condamnés à des peines de prison ferme pour avoir menacé de mort des enseignants, près de Toulouse et Bordeaux.
Par Fanny CARRIER avec Sylvie MALIGORNE / Nice (AFP) / © 2026 AFP