Après les artisans, les agriculteurs, les pêcheurs, les routiers, les pompiers, les aides à domicile, etc (liste non exaustive), c'est au tour des compagnies aériennes d'être frappées de plein fouet par la hausse des prix du carburant liée à la guerre au Moyen-Orient. Au point de se demander si vous pourrrez partir en vacances ? À quel prix ? Thomas Juin, président de l’Union des aéroports français (UAF), livre son éclairage au micro de Sud Radio.
« Moins d’approvisionnement, c’est mécaniquement une hausse des prix »
Votre facture pourrait en effet vite décoller… et certains avions, eux, pourraient bien rester au sol. Avec la crise au Moyen-Orient, le secteur aérien entre dans une zone de turbulences. Pour Thomas Juin : « C’est entièrement lié à cette situation. La crise au Moyen-Orient, et notamment les tensions autour du détroit d’Ormuz, provoquent une raréfaction des importations de kérosène. Cette zone représente près de 50 % des importations européennes. Moins d’approvisionnement, c’est mécaniquement une hausse des prix. »
Le problème qui se profile derrière cette situation, c’est la dépendance européenne aux énergies fossiles des pays du Golfe. « L’Europe raffine beaucoup moins qu’avant. Résultat : nous sommes aujourd’hui très dépendants des importations », explique le président de l’Union des aéroports français.
Tout dépend de la durée et de la réaction européenne
Si cette raréfaction du kérosène entraîne une hausse des prix, elle pourrait bientôt se traduire par une pénurie, mettant en danger le secteur aéronautique européen. Concernant une éventuelle pénurie, Thomas Juin précise : « Aujourd’hui, il n’y a pas de pénurie immédiate ni de restriction dans les aéroports, mais nous manquons de visibilité. Tout dépendra de deux facteurs : la durée des tensions au Moyen-Orient et la capacité de l’Europe à s’approvisionner ailleurs. Si la situation dure, le risque existe clairement. »
Vols annulés ou hausse du prix des billets
Alors, concrètement, que va-t-il se passer pour les compagnies aériennes et pour les passagers ? « D’abord, une hausse des prix des billets, surtout sur les longs courriers, avec des surcharges carburant », explique-t-il dans un premier temps. « Ensuite, et c’est peut-être le plus préoccupant, certaines compagnies pourraient réduire leur offre. Le carburant représentait environ 25 % du coût d’un vol avant la crise ; aujourd’hui, on approche des 40 %. Certaines lignes deviennent moins rentables, donc des vols peuvent être supprimés », déplore-t-il.
Cet été, le risque de voir son vol annulé est donc accru. « Certaines compagnies ont déjà commencé à ajuster leur programmation », confirme Thomas Juin.
Un conseil : « réserver au plus vite ! »
Si les « stocks sont pleins » pour le moment, il est impossible de prédire l’issue du conflit, et donc le réapprovisionnement en kérosène une fois les réserves épuisées. Le conseil de Thomas Juin aux passagers, afin de limiter les dépenses inutiles, est le suivant : « Réserver au plus vite ! D’une part, pour éviter les hausses de prix à venir ; d’autre part, parce qu’en cas d’annulation, les billets sont remboursés. C’est aujourd’hui la meilleure stratégie. »