Le virus Shamonda, connu pour circuler chez des animaux d'élevage, a été détecté pour la première fois chez un être humain, un patient sévèrement immunodéprimé, décédé en France début octobre mais à ce stade, "aucun risque sanitaire" n'est identifié pour l'ensemble de la population.
Ce virus de la famille des orthobunyavirus, circulant depuis des décennies en Afrique et en Asie, était jusqu'ici considéré comme non transmissible à l'être humain.
Cette première détection chez un humain est "un cas exceptionnel survenu chez un patient fortement immunodéprimé", pris en charge à Lyon pour une pathologie grave et "décédé début octobre", selon les ministères de la Santé et de l'Agriculture.
Selon les informations du Progrès, non confirmées par les autorités pour cause de secret médical, c'était un "homme âgé d'une soixantaine d'années" qui "habitait dans l'Ain".
Le patient décédé était un "monsieur hospitalisé à plusieurs reprises pour une maladie très très très grave", sans "défenses immunitaires", dont l'état s'est aggravé lors d'une hospitalisation avec des "symptômes neurologiques", a précisé le Directeur général de la Santé, Grégory Emery, lors d'une conférence de presse jeudi.
Un séquençage génomique a alors permis de détecter la présence du virus Shamonda. Mais l'état de santé du patient "ne peut pas permettre de tirer des conclusions sur la population générale ni même immunodéprimée", selon Grégory Emery.
Pour la contamination, l'hypothèse est celle d'une piqûre d'un moucheron de type culicoïdes dans l'est de la France, territoire où le virus circulait chez l'animal au printemps/été.
L'homme décédé n'était ni "éleveur, ni agriculteur, ni en lien immédiat dans son entourage proche avec des bovins", selon le Directeur général de la Santé.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) est "en contact avec les autorités françaises, qui recueillent actuellement des informations pour mieux comprendre la source d'infection chez le premier patient humain, les voies de transmission possibles et tout risque potentiel pour la santé publique", avait indiqué auparavant sur X son directeur général, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
- Investigations "encore en cours" -
Hormis ce cas particulier, "au regard des connaissances disponibles sur ce virus", aucun risque sanitaire n'est identifié "à ce jour" pour la population générale.
Le Directeur général de la Santé, Grégory Emery, le 23 mai 2024 à Paris
STEPHANE DE SAKUTIN - AFP/Archives
A priori, "aucun élément épidémiologique laisse à penser qu'il passe d'un humain à un humain", a déclaré le Directeur général de la santé, se voulant "rassurant sur la santé des agriculteurs comme de la population générale".
Et "aucune donnée scientifique disponible à ce jour ne documente une transmission du virus Shamonda par la consommation de viande, de lait ou de produits dérivés", selon le site du ministère de l'Agriculture.
Le ministère ajoute que "les produits issus des animaux malades sont toujours exclus de la consommation".
Des investigations cliniques, biologiques et épidémiologiques, associant des expertises en santé humaine, animale et environnementale, sont "encore en cours", indique le gouvernement.
- En Europe depuis l'été -
Transmis aux animaux par des moucherons piqueurs du genre culicoïdes, détecté pour la première fois au Nigeria au milieu des années 1960 et signalé sporadiquement chez les bovins en Afrique de l'Ouest, de l'Est et australe, ainsi qu'au Japon, le virus Shamonda a été identifié pour la première fois cet été en Europe, notamment en France, dans des exploitations bovines.
Le virus Shamonda a été identifié pour la première fois cet été en Europe, notamment en France, dans des exploitations bovines
JOEL SAGET - AFP/Archives
En Europe, c'est une "nouvelle combinaison génétique", très proche "des virus nigérians", mais "on ignore comment le virus a émergé, par quelles voies il a pu circuler", a détaillé lors d'une conférence de presse Jean-Luc Guérin, professeur à l'École nationale vétérinaire de Toulouse.
Le virus détecté chez le patient décédé "n'a pas muté" par rapport à celui identifié chez ces animaux, a précisé le Dr Emery.
Le virus Shamonda s'est, depuis, rapidement répandu en Europe, où 14 pays d'Europe de l'ouest sont touchés, selon le dernier bulletin hebdomadaire de la plateforme de surveillance de l'ESA (épidémiosurveillance en santé animale).
En France, le virus circule dans 52 départements chez les bovins et, dans une moindre mesure, chez les ovins dans deux départements, ainsi que les équins dans un département.
Si elles ont émergé sur la Terre il y a des milliers d'années, les zoonoses, ces maladies infectieuses transmises des animaux aux humains, se sont multipliées ces dernières décennies.
Depuis les années 1940, environ 75% des maladies infectieuses émergentes touchant les humains proviennent ainsi d'animaux.
La hausse de la population et la mondialisation facilitent la circulation des agents pathogènes, la déforestation et l'urbanisation favorisent le contact entre animaux et humains, ce qui contribue au passage de maladies.
Par Isabelle CORTES / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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