Vaccination : "Nous avons le droit de ne pas tout dire. Et tout autant celui de ne pas tout savoir" analyse Élisabeth Lévy

Le gouvernement veut lever le secret médical dans les écoles pour permettre aux établissements de connaître le statut vaccinal des élèves.

La volonté du gouvernement de lever le secret médical dans les écoles pour connaître le statut de vaccination des élèves suscite beaucoup de réactions. Dont celle d'Élisabeth Lévy qui ne manque de critiquer le choix de l'Exécutif.

Les chefs d’établissement pourront donc avoir accès "aux informations relatives au statut virologique et vaccinal des élèves, ainsi qu’à l’existence de contacts avec des personnes contaminées". Mais c'est assez obscur, on ne précise pas ce que les autorités scolaires feront de ces informations (exclure les non-vaccinés ?). Cela va plus loin que le secret médical stricto sensu, puisque cela concerne aussi les contacts avec des personnes malades.

L’École de la confiance ne fait plus confiance aux parents pour garder chez eux leurs enfants contaminés ? Et on donne aux chefs d‘établissement des infos qui jusque-là n’appartenaient qu’à l’Assurance-maladie. Ainsi bien sûr qu’aux garçons de café, des théâtres etc…

Vous comprenez que cette levée du secret médicale au sujet de la vaccination pour les élèves suscite une levée de boucliers ? 

Oui et non. Oui, parce que je suis très attachée au secret médical, ainsi qu’au secret de la vie privée. La même mesure avait déjà failli être adoptée pour les entreprises. À ce rythme là, demain, on donnera le droit à vos patrons de savoir ce que vous mangez et ce que vous buvez. Et pourquoi s’arrêter au Covid ?

En même temps, il y a une certaine incohérence. D’abord, parce que nous acceptons d’écorner ce secret pour aller au bistrot. Surtout,  nous sommes dans une société qui déteste le secret. Hamon, au sujet des écoutes de Sarkozy disait : quand on n’a rien à cacher, on se moque d’être écouté. Au nom de la fameuse transparence, les mêmes qui protestent aujourd’hui veulent tout savoir de leurs élus. Combien ils gagnent et, comme disait Brassens, avec qui ils couchent et dans quelle position. 

De plus, la plupart des gens renoncent volontairement au secret : ils racontent leurs maladies à la télé, leur vie privée, voire sexuelle sur Facebook et Instagram. Nous avons le droit de ne pas tout dire. Et tout autant celui de ne pas tout savoir. Comme disait Malraux, l'homme est ce qu'il cache : un misérable petit tas de secrets.

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