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"Une icône de lumière et de délicatesse" : l'hommage de Maud Koffler à Nathalie Baye

Par maud koffler

OPINION SUD RADIO - La disparition de Nathalie Baye ne marque pas seulement la fin d’une immense carrière, mais l’effacement d’une certaine idée du cinéma français, faite de pudeur, de justesse et de lumière. Maud Koffler, journaliste pour Sud Radio, rend hommage à une actrice rare, dont le regard et la voix continuent d’habiter notre mémoire collective.

Georges BENDRIHEM - AFP

Vivre dans un monde sans Rochefort, sans Brasseur, sans Marielle, sans Bellemare, sans Galabru, sans Belmondo, sans Delon, sans Bardot, sans Baye, en leur cherchant obstinément des remplaçants comme s'il suffisait de trouver une lampe pour éclairer la nuit un soir d'éclipse, c'est oublier que des soirs de pleine Lune ont existé.

Nathalie Baye est morte à 77 ans, emportée par la maladie à corps de Lewy, un presque trop joli nom pour cette immonde pathologie qui nous confisque aujourd'hui l'un des plus beaux regards et l'une des plus belles dictions du cinéma français. Née d'une Nuit américaine, disparue dans une nuit parisienne, Nathalie Baye était une icône de lumière et de délicatesse.

Elle était d'abord apparue dans l'œil de Truffaut, puis dans ceux de Godard et de Spielberg. Premier film en 72, premier César moins de 10 ans plus tard pour son second rôle dans Sauve qui peut (la vie), avec Jacques Dutronc. En 1982, elle soulève un second César grâce à Une étrange affaire, de Pierre Granier-Deferre. En 1983, Nathalie Baye se couvre de lauriers avec le César de la meilleure actrice pour son rôle de prostituée dans La Balance de Bob Swaim, dont elle partage l'affiche avec son compagnon de l'époque, Philippe Léotard.

Le quatrième graal arrive en 2005 grâce au film de Xavier Beauvois, Le Petit Lieutenant. Trois ans plus tôt, elle tourne Arrête moi si tu peux, de Steven Spielberg, aux côtés de Leonardo DiCaprio. Son ascension fulgurante la propulse devant les plus prestigieuses caméras. Elle tournera ensuite quelques "nanars", le lot de tout acteur, ce qui lui vaudra d'ailleurs cette tendresse de Bertrand Tavernier : « il y a des acteurs qui peuvent faire tous les métiers ». Des Césars aux navets.

"Elle était de ces célébrités qui n'apparaissent que pour la gloire du cinéma"

La disparition de Nathalie Baye ébranle le cinéma français par ce qu'elle jouait et par ce qu'elle était. Des bras de Johnny dans la vraie vie à ceux de Bacri dans la fiction, elle ne surjouait ni ne dévoilait la démesure de ses sentiments. Femme discrète, actrice étincellante, elle était de ces célébrités qui n'apparaissent que pour la gloire du cinéma. Il y a 2 ans, dans Paris Match, elle évoquait l'impudeur de ses congénères : « Je suis beaucoup moins forte que j'en ai l'air, mais j'ai envie de me montrer solide - c'est une forme d'élégance. Je suis toujours un peu agacée par les gens qu'on interviewe, tous des gens privilégiés, qui se plaignent de leur situation, de leurs problèmes. C'est indécent. »

Nathalie Baye était une icône, et comme toute icône, elle quitte ce monde en laissant derrière elle une fresque d'images, de souvenirs, de regards et de silences admirables… Nathalie Baye brillait de mille feux et s'est éteinte au firmament. Merci d'avoir habité le cinéma français. Merci pour la grâce.

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