Son addiction aux paris sportifs a "failli tout gâcher" dans sa vie mais grâce à un numéro déniché sur internet, il a pu "trouver de l'aide": Karim, 27 ans, fonctionnaire et footballeur amateur, est suivi par une psychologue d'Addictions France depuis trois mois.
"Beaucoup de personnes n'arrivent pas à en parler, à voir un psy: c'est encore tabou", raconte-t-il à l'AFP, sous couvert d'anonymat. "Mais c'est un cercle vicieux, quand tu es dedans c'est impossible d'en sortir seul".
Quelque 600.000 joueurs - qu'ils fassent des paris sportifs, jouent au poker, à la loterie, au PMU...- ont une forte probabilité de tomber dans une pratique excessive en France, estime le gendarme des jeux d'argent, l'Autorité nationale des jeux (ANJ). Cela concerne 15% des parieurs, soit trois fois plus que pour les autres jeux d'argent.
Amateur de foot, pratiquant en club en région parisienne, Karim (prénom modifié) a commencé à parier lycéen, "à 15 ans, avec des copains majeurs qui misaient" pour lui, des petites sommes, "persuadé de pouvoir gagner" grâce à ses connaissances sportives.
Mais il parie de plus en plus, alterne périodes d'abstinence et grosses rechutes, accumule les pertes... jusqu'à ce que sa compagne l'apprenne: "J'ai failli tout perdre... mais on a beaucoup discuté". Le soutien familial, la préparation de son mariage et la création d'une chaîne TikTok sur le foot aideront aussi.
"Mais aujourd'hui le pari est partout, c'est malsain" et notamment parmi les sponsors de l'équipe de France, regrette ce passionné de ballon rond.
A l'occasion du Mondial-2026, les parieurs en ligne avaient, au terme de la phase de groupes, déjà misé 650 millions d'euros en France, soit davantage que le montant global engagé lors de l'édition précédente en 2022, selon l'ANJ.
"Les jeunes se réunissent pour regarder les matches et le pari sportif procure de l'adrénaline supplémentaire: l'ambiance festive brouille la réalité du jeu", dit à l'AFP Anne Coti, référente jeux au sein de l'agence sanitaire nationale Santé publique France (SpF).
Si "certains arrêteront de parier" après le Mondial, "d'autres auront renforcé leurs difficultés avec le jeu", explique cette spécialiste de l'addiction, qui forme les écoutants du service d'aide à distance Joueurs-info-service.fr (joignables 7 jours sur 7 de 8h à 2h au 09.74.75.13.13 ou par internet).
- "Illusion de l'expertise"-
Le jeu excessif se caractérise par une perte de contrôle: l'incapacité à s'arrêter de jouer ou à freiner malgré des impacts financiers, psychologiques, familiaux, sociaux...
L'an dernier, la moitié des 4.850 demandes d'aide liées aux jeux d'argent traitées par Joueurs info service ont porté sur les paris sportifs -suivent les jeux de casino (35%), de grattage (16%) et le poker (8%).
L'entretien téléphonique anonyme permet d'atteindre des joueurs, dans neuf cas sur dix des hommes, souvent jeunes, qui "ne parlent de leurs difficultés ni à leurs proches, ni à leur généraliste", constate Mme Coti. "Certains se demandent: je joue tout le week-end... Est-ce que je suis addict ?"
D'autres "commencent à avoir des problèmes financiers, dans leur couple: verbaliser leurs difficulté, c'est déjà un pas énorme", ajoute-t-elle. Certains vivent "des angoisses terribles", d'autres "nous sollicitent en disant qu'ils n'ont pas vraiment envie d'arrêter, mais que leur entourage a découvert leurs dettes...", décrit Mme Coti.
Les écoutants fournissent - aussi à la famille, aux amis, à l'employeur inquiets-, des "pistes concrètes: à quelle structure spécialisée s'adresser, comment constituer un dossier de surendettement avec une assistante sociale..."
Pour lutter contre un mécanisme très ancré, l'illusion de l'expertise -le joueur croit "maîtriser l'issue de son pari, grâce à ses connaissances sportives"-, des thérapies courtes sont très efficaces, dit la professionnelle. Aussi, des jeunes de milieux modestes, particulièrement ciblés par le marketing des opérateurs sportifs, peuvent avoir l'illusion d'aider leur famille par leurs gains.
"Alors qu'il y a trois phases", rappelle Mme Coti: "le premier gros gain est inévitablement suivi par une série de pertes, alors on joue de plus en plus pour +se refaire+: là les difficultés sociales, financières, s'accumulent: c'est la phase du désespoir".
Par Rébecca FRASQUET / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP