Dans les cinq plus grandes villes de France, les enjeux politiques des municipales rejoignent le débat national: dispersion des votes, question des alliances à gauche après les multiples polémiques qui ont visé LFI, montée de l'extrême droite.
A Paris, le risque d'une quinquangulaire
Qui pour succéder à Anne Hidalgo? Son ancien premier adjoint, le socialiste Emmanuel Grégoire, allié aux écologistes et aux communistes, semble faire la course en tête dans plusieurs sondages, devant la prétendante de droite, l'ancienne ministre Rachida Dati (LR). Mais la capitale pourrait être le théâtre d'une configuration beaucoup plus complexe que ce duel: cinq candidats au total semblent en mesure de se qualifier pour le second tour, rebattant de fait les cartes selon les éventuels désistements ou fusions de liste.
Des personnes devant des panneaux électoraux pour les élections municipales à Paris, le 9 mars 2026
Ludovic MARIN - AFP
A gauche, Sophia Chikirou pour La France Insoumise a déjà annoncé qu'elle ne s'allierait pas à la liste d'union de la gauche. Au centre, Pierre-Yves Bournazel, soutenu par Horizons et Renaissance, maintient le suspense sur sa décision. Et à l'extrême droite, Sarah Knafo (Reconquête) se voit bien fusionner avec la liste de Rachida Dati, qui s'y refuse.
De quoi augurer un résultat très serré, vers la continuité à gauche ou la bascule à droite, qui a perdu Paris il y a 25 ans.
A Marseille, le match RN/gauche
Des employés de la préfecture des Bouches-du-Rhône préparent les professions de foi des candidats à la mairie de Marseille qui seront envoyées aux électeurs, le 7 mars 2026, à Marseille
MIGUEL MEDINA - AFP
La question du positionnement à Marseille de LFI s'annonce suffisamment cruciale pour que, déjà, le maire sortant Benoît Payan, qui mène une liste d'union des gauches hors LFI, ait demandé le désistement de son candidat, Sébastien Delogu, s'il arrivait derrière lui au premier tour.
Plusieurs sondages placent Benoît Payan en tête du scrutin, au coude-à-coude avec le candidat du Rassemblement national, Franck Allisio. Bien derrière, mais en capacité de se maintenir au second tour, le député LFI se retrouve en faiseur de roi. Les Insoumis appellent partout où droite et extrême droite peuvent l'emporter à des "fusions techniques", sans soutien, avec la liste de gauche la mieux placée.
La peur pour la gauche d'abandonner la 2e ville de France à l'extrême droite sera-t-elle plus forte que la volonté de rupture avec LFI ?
Quant à la candidate du centre et de la droite Martine Vassal, elle assure qu'elle se maintiendra au second tour.
A Lyon, les écolos en mauvaise posture
La plus grande ville conquise par les écologistes en 2020 est en passe de rebasculer à droite. L'irruption surprise de Jean-Michel Aulas, connu de tous pour avoir présidé l'OL pendant 36 ans, a rebattu les cartes. Fort du soutien du centre et de la droite, ce novice en politique est donné largement favori dans tous les sondages (entre 42 et 47% au premier tour) malgré une campagne semée d'approximations et un débat télévisé raté.
En face, le sortant, Gregory Doucet, crédité autour de 30%, a souhaité laisser une porte ouverte à LFI, très critiquée pour avoir défendu le groupe antifasciste La Jeune Garde impliqué dans le meurtre mi-février du militant d'extrême droite radicale Quentin Deranque.
Tout en condamnant les déformations dans la prononciation de patronymes juifs de Jean-Luc Mélenchon, il s'est dit prêt à s'allier avec Anaïs Belouassa‑Cherifi, pour qui la "priorité, c'est que M. Aulas ne devienne pas maire de Lyon".
A Toulouse, la question des alliances à gauche
Encore une fois, les sondages laissent à penser que la gauche ne pourra détrôner le maire sortant de la ville rose Jean-Luc Moudenc (centre/droite), en tête dans les sondages de premier tour, que par le biais d'une alliance de second tour avec les Insoumis.
Un piéton passe devant les panneaux électoraux à Toulouse, le 10 mars 2026
Lionel BONAVENTURE - AFP
Mais la présidente de l'Occitanie, Carole Delga à l'image d'une frange importante du PS, a déjà prévenu que si le candidat d'union de la gauche François Briançon, donné 2e, acceptait le ralliement du député LFI François Piquemal, cela constituerait "un déshonneur". Pour elle, seul le risque d'une victoire du Rassemblement national pourrait justifier un retrait "mais sans fusion".
A Nice, Ciotti en passe de relever son pari ?
Deux ans après son ralliement au RN alors qu'il présidait Les Républicains, Éric Ciotti est en passe de relever son pari: conquérir la cinquième ville de France. A la tête de son nouveau parti, l'UDR, il est annoncé dans plusieurs sondages avec une avance d'au moins 10 points sur son rival et ennemi, le maire sortant Christian Estrosi (Horizons) soutenu par le centre et la droite.
De quoi offrir un trophée à l'extrême droite tout en en privant le candidat à la présidentielle Édouard Philippe qui a créé Horizons.
Par Lucile MALANDAIN / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP