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L’opinion d’Elisabeth Lévy : « La haine des Juifs ne se cache plus »

OPINION SUD RADIO – Elisabeth Lévy est revenue sur les accusations d’antisémitisme contre le directeur du théâtre parisien La Scala, après ses propos contre Donald Trump et Benyamin Netanyahou.

L’opinion d’Elisabeth Lévy : « La haine des Juifs ne se cache plus »
(Photo by Philip Dulian / dpa Picture-Alliance via AFP)

Soyez libres avec Elisabeth. Le directeur du théâtre parisien La Scala, accusé d'antisémitisme. 

« Alors pas par moi, parce que je ne veux pas banaliser cette accusation et la lancer à la légère. Il faut d'abord rappeler ce qui s'est passé. C'était le 8 juin, plusieurs classes de première d'Île-de-France, dont une d'une école qui s'appelle l'Alliance Israélite, ont participé à un travail théâtral sur le thème iranien « Femmes, scènes, liberté ». 

Accueillant les élèves pour la représentation conclusive, où chaque lycée présentait sa pièce, le directeur du théâtre Frédéric Biessy, un enfant chéri de la gauche culturelle parisienne, tout ça c'est un pléonasme, explique que le théâtre c'est le dernier rempart de la liberté d'expression face à l'extrême droite. Et au passage, il fustige, « cet abruti de Trump et ces non moins tarés de Netanyahou et Poutine ».

"Ce sont des excuses hypocrites et honteuses"

Alors, ça provoque le malaise d'une partie de la salle et l'enthousiasme bruyant de l'autre qui applaudit. Bon, finalement, les classes jouent quand même leurs scènes, mais dans les coulisses ensuite, des élèves juifs, sont pris à partie sur le thème : « On va vous génocider, barrez-vous », etc. Donc beaucoup, beaucoup pleurent, sont un peu quand même très tristes. Ce qui aurait dû être une joyeuse après-midi de rencontre dans l'amour du théâtre, eh bien, ça laisse évidemment un goût amer.

Fureur des associations juives, c'est compréhensible. Et finalement, Frédéric Biessy présente ses excuses. « Les propos politiques n'ont pas leur place devant des classes de premières, je regrette de les avoir tenus, c'était au nom de la liberté d'expression, mais mon intention n'a jamais été de viser une religion où une communauté ». Pour pas mal de commentateurs, ce sont des excuses hypocrites et honteuses.

"On a le droit de critiquer ou de détester Israël"

Eh bien, moi, je crois qu'il est sincère. En tous les cas, je lui fais crédit d'être sincère, simplement, il ne comprend pas du tout, il ne comprend pas ce qui se passe, il ne comprend pas que ses propos ont ouvert la voie aux insultes des élèves, ont été une sorte de permis. Alors, pourquoi ? D'abord, il faut d'abord faire un préalable, on a le droit de critiquer ou de détester Israël, moi, je suis une libérale, on a même le droit de lui préférer ceux qu'il souhaite ouvertement, sa destruction, le Hamas, le Hezbollah, l'Iran.

En revanche, le terme « génocide » me semble tout à fait mensonger, ne pas correspondre à la situation. Mais enfin bon, dans le milieu de Biessy, traiter Trump et Netanyahou de tarés, de génocidaires, ça n'est pas une opinion qu'on pourrait défendre, c'est une vérité, la seule possible. L'ennui, c'est que quand une autorité morale ou culturelle, dit ça, ça fait tilt chez des gamins qui entendent toute la journée « Israël génocide » et comme « juif égale Israël », tout juif est génocidaire et donc nazi. 

"Contre les nazis, tout est permis"

Et contre les nazis, tout est permis, la haine est même un devoir moral. Donc, involontairement, je crois que c'est involontaire, Frédéric Biessy tisse un fil qui va de l'anti-israélisme chic des milieux progressistes à l'antisémitisme de cours d’école. Et c'est ça qui me frappe dans cette affaire. Moi, quand j'étais collégienne, s'il y avait des antisémites, ils se cachaient. Personne ne l'assumait.

La nouveauté, c'est que cette haine des juifs ne se cache plus à les tendances du collège à l'université et des abrutis disent fièrement à une ado qui est venue pour jouer Antigone qu'on va la génocider. Alors, éduquer, ce n'est pas endoctriner, c’est apprendre aux élèves à penser par eux-mêmes et parfois contre eux-mêmes. Encore faut-il en être soi-même capable. La faute de Frédéric Biessy, ce n'est pas l'antisémitisme, c'est ce conformisme d’atmosphère. »

Retrouvez Soyez Libre dans le Grand Matin Sud Radio au micro de Patrick Roger

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