Les agressions de médecins ont atteint un nouveau record en 2017, selon une étude publiée par le Conseil national de l'ordre des médecins.

C'est un bien triste record qui vient d'être battu. Le nombre d'agressions de médecins a explosé en 2017, dépassant le seuil fatidique des 1 000 incidents répertoriés. Ainsi, ce sont pas moins de 1 035 médecins - en majorité des femmes - qui ont été agressés l'an dernier, si l'on en croit les résultats d'une étude publiée par le Conseil de l'Ordre. Ce chiffre alarmant n'avait jamais été aussi élevé depuis la création de l'Observatoire de la sécurité des médecins, il y a 15 ans, en 2003, une année où "seuls" 638 médecins avaient subi de pareilles agressions. 

"Nous ne sommes pas des représentants d'une institution autoritaire comme l'est la police"

Les praticiens les plus touchés restent les médecins généralistes, qui à eux seuls représentent 61% des victimes. Le Docteur Sylvain Hirsch, qui officie dans la commune de Saint-Ouen-l'Aumône (Seine-Saint-Denis), fait partie de ces médecins pris pour cible. Joint par téléphone, ce dernier a accepté de revenir sur l'une des agressions qu'il a subies.  "Un épisode a dû se finir avec l'intervention de 3 voitures de police dans mon cabinet pour évacuer 3 patientes qui voulaient tout simplement avoir une ordonnance alors qu'elles avaient juste à patienter en salle d'attente. Elles ont refusé d'attendre, la tension est montrée et il y a eu pénétration dans le cabinet alors que j'étais en consultation avec une autre patiente. Devant les menaces, j'ai eu besoin de faire intervenir la police", nous a ainsi raconté ce généraliste qui a vécu ce genre de mésaventure à plusieurs reprises, déposant déjà 4 plaintes pour des faits d'agressions. "Ce qui est d'autant plus traumatisant, c'est que notre vocation est d'aider la population. Nous ne sommes pas des représentants d'une institution autoritaire comme l'est la police. Les policiers sont, dans leur formation, préparés à gérer des situations de crise alors que nous, ce n'est pas du tout dans notre philosophie", a-t-il par ailleurs déploré.

Selon le Docteur Jean-Paul Hamon (Président de la Fédération des médecins de France), le problème est avant tout lié à la progression de la désertification médicale. "Les médecins ont maintenant de plus en plus de mal à dégager des plages de consultations. Les secrétaires nous disent régulièrement qu'elles sont agressées par des patients parce qu'elles ne réussissent pas à trouver des rendez-vous qui leur conviennent", nous a-t-il indiqué.

Un climat pas franchement propice aux consultations sereines pour les médecins généralistes, lesquels se réunissent d'ailleurs dès aujourd'hui - et jusqu'au samedi 7 avril - à Paris, à l'occasion de leur congrès annuel. Nul doute que la problématique de la flambée des agressions sera à l'ordre du jour.

Propos recueillis par Adeline Tavet

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