Jean-François Serres : "Les seniors sont les personnes les plus touchées par l'isolement social"

Jean-François Serres : "Les seniors sont les personnes les plus touchées par l'isolement social"
Jean-François Serres, référent national de l'association MONALISA (Mobilisation Nationale contre l'Isolement des Âgés) © Sud Radio

Jean-François Serres, référent national de l'association MONALISA (Mobilisation Nationale contre l'Isolement des Âgés), était ce jeudi l'invité de Dimitri Pavlenko dans le Grand matin Sud Radio.

Durant l’été, beaucoup de personnes âgées se sentent seules, notamment lorsque la famille, les amis ou encore les voisins partent en vacances. Conséquences, ces seniors souffrent de la solitude alors qu’il existe pourtant des réseaux de solidarité pour leur venir en aide, comme l’association MONALISA (acronyme pour "Mobilisation nationale contre l’isolement des âgés") lancée par l’ex-ministre déléguée Michèle Delaunay, en janvier 2014. Son référent national, Jean-François Serres, nous présente cette association ainsi que son rôle.

Bonjour Jean-François Serres, votre association permet à des bénévoles volontaires d’organiser des solidarités afin de rentre visite à ces personnes âgées car ces dernières se sentent encore plus seules l’été, n’est-ce pas ?

Tout à fait, l’isolement social est devenu la nouvelle forme de misère de nos sociétés développées. 5,5 millions de Français vivent cet isolement social, dont 1,2 millions qui ont plus de 75 ans. Et c’est vrai que l’été, tout le monde part en vacances, les familles se retrouvent et les personnes âgées – avec aussi les questions de canicules - peuvent se retrouver encore plus seules.

C’est quand même une image terrible de la société que ça nous renvoie car on constate que cet isolement intervient souvent passé 60 ans, après le décès du conjoint...

Oui c’est vrai, alors on parle beaucoup des personnes âgées, mais il y a aussi 4,3 millions de non âgés qui sont isolés. C'est par exemple un étudiant sur 4, ou des familles monoparentales, des personnes en situation de précarité. Mais c’est vrai que les personnes âgées sont les plus touchées parce que forcément, avec l’âge, on perd ses relations dans son milieu professionnel, puis dans le couple on finit seul après le décès de son conjoint. Les relations amicales disparaissent aussi peu à peu et c’est le moment où l'on a le moins d’énergie pour reconstruire des relations nouvelles. Donc on peut se retrouver dans un processus d’isolement social qui peut être assez profond.

C’est là que vous intervenez avec le réseau MONALISA, pouvez-nous nous le présenter et nous expliquer son rôle ?

L’idée de cette démarche, lancée en 2014, c’est de dire que partout en France, on pourrait créer des équipes citoyennes qui permettent à des habitants de se regrouper pour reconstruire du lien et créer, au travers de tous projets, des relations renouvelées avec des personnes qui sont dans le quartier, notamment les personnes âgées qui vivent seules et ainsi leur redonner une place dans la communauté.

Comment fait-on pour y adhérer, pour créer un de ces réseaux MONALISA ?

Il y a un site et vous pouvez voir s’il existe déjà des équipes citoyennes dans l’endroit où vous habitez. S’il n’y en a pas encore, vous pouvez aller cogner à la porte de votre mairie et leur dire que vous êtes intéressé par le fait de créer une équipe. La dynamique de cette mobilisation, c’est que les communes, les collectivités territoriales et les associations sont toutes associées pour soutenir les implications des citoyens.

Ces réseaux MONALISA permettent donc aux personnes âgées d’avoir des activités, de rencontrer du monde, mais aussi et surtout de les aider parfois car vous avez constaté que l’isolement social accentue la pauvreté, n'est-ce pas ?

Oui, car pour avoir accès à énormément de biens sociaux, nos relations sont extrêmement utiles. C’est nos relations qui nous ouvrent la porte à l’emploi, aux droits, à l’activité sociale. Lorsque vous n’avez aucune relation, il vous manque les clés d’entrée mais vous perdez aussi l’envie de prendre soin de vous-même et il y a une sorte de dynamique d’empêchement qui fait qu’on se replie sur soi. C’est vrai que l’isolement social est un grand critère de non recours et de renoncement aux soins.

>> Retrouvez l'intégralité du podcast de l'interview :

 

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